Homicide de Marine Boisseranc

Rapport d'Enquête Basée sur la Vidéo de la Série "Non-Élucidé"

par Brigitte Picart (kamo@runbox.com)

N.B.Les ajouts du 27 janvier 2014 apparaissent sur fond bleu.

I- Analyse de la vidéo

Transcription de la bande son
Observations
0:59-Le 11 octobre 2005 à Chazay d'Azergues près de Lyon, Éric Boisseranc découvre sa fille Marine 20 ans, poignardée dans le salon de la maison familiale. Les narrations dans ce type de reportage, semblent avoir été rédigées sous la dictée d'un proche de la victime, ici le père. Aussi nous devons être méfiants des déclarations fracassantes qui établissent des faits non-vérifiés. L'heure d'arrivée du père, sa "découverte" etc... on nous demande de le croire sur parole.
01:31-(Criminologue) Les coups sont vraiment le fruit d'une colère et d'une explosion momentanée. 12 coups de couteau, ce n'est pas le pire. On a vu des homicides avec 44 coups (Moitoiret) et même 120 ou plus. L'affirmation de la criminologue (au service d'Éric Boisseranc) vise à éloigner les soupçons de son client car elle n'a aucun fondement statistique.
3:13-(Bloch) Une piscine, plusieurs voitures dans la famille, on est dans un milieu aisé, dans un quartier tranquille. Marine était une étudiante posée, à la vie calme, on ne voit rien qui puisse expliquer cette violence. Mais ce n'est qu'une première impression et c'est en faisant le travail d'enquête qu'on se rend compte que la réalité est toujours plus compliquée. En effet, ce n'est qu'une première impression. Sous l'apparence de l'aisance (et attention, il y a piscine et *piscine*!)il y a parfois de graves difficultés financières. Le surendettement qui se resserre comme un étau et menace de faire écrouler la façade d'aisance. EB avait-il des postes de dépense qu'il cachait à son épouse? Avec son emploi du temps flexible de visiteur médical, peut-être avait-il une maîtresse, ou alors il avait fait des placements financiers qui avaient mal tourné et il avait des dettes à éponger. La mort de sa fille lui a-t'elle permis de toucher une prime d'assurance avec laquelle il a pu éponger ses dettes?
04:04-(voix off) Ce mardi-là Éric Boisseranc [ci-après "EB"] rentre plus tôt que d'habitude... Il a rendez-vous avec le garagiste pour faire réparer la vieille moto qui traîne dans le garage... Il est à peine 17H quand EB franchit le seuil de sa maison. Il rentre plus tôt que d'habitude, oui, c'est peut-être la seule vérité qu'il ait dite. On peut se demander de quel garagiste il s'agissait, sûrement pas ACL car les vieilles motos sont une spécialité de connaisseurs et de collectionneurs mais EB n'en parle pas sous cet angle puisque la moto "traînait dans le garage".
04:22-(EB) J'étais étonné que la télé soit en route et sans personne. Je me suis pas inquiété spécialement, sachant que ma fille était là puisque la voiture était là... Donc j'ai...
04:30- Je me suis occupé de la moto, je l'ai sortie etc. et en revenant j'ai appelé Marine,
04:44- et c'est là que j'ai vu la... la mare de sang derrière le... le sofa.
Curieux, il n'avait pas vu le sang sur les murs en regardant la première fois? Et voir la voiture de sa fille lui suffit? Il ne l'appelle pas pour s'assurer que tout va bien et lui annoncer son retour? Et que veut dire son "etc"? Que veut-il dire par "en revenant". A-t'il chargé la moto dans sa voiture personnelle et amené sa moto au garagiste avec qui il avait RV? Qu'a-t'il fait exactement et combien de temps cela lui a-t'il pris?
04:53- ... et je me suis précipité, j'ai vu Marine allongée... dans une mare de sang, littéralement, j'ai hurlé, j'ai paniqué complet, j'ai cherché le téléphone, j'ai pas trouvé de téléphone, j'ai pris mon portable que j'avais heureusement sous la main. Il n'a pas vu qu'elle avait reçu des coups de couteau à la gorge et en haut du thorax? A aucun moment il ne s'est agenouillé auprès de sa fille ni ne l'a appelée pour voir si elle était encore vivante ni serrée contre lui. Et déjà il nous informe de la disparition du téléphone fixe.
05:10-(voix off) Dans un réflexe désespéré, EB appelle le Dr Jean-Pierre Micolle, le médecin de famille. La femme de EB est médecin et ils ont un médecin de famille autre qu'elle? Pourquoi n'a-t'il pas appelé sa femme aussitôt? Cela aurait été plus logique. Cette anomalie donne naissance au soupçon que les deux docteurs aident EB à dissimuler l'évidence du crime.
05:22-(Dr Micolle) Je reçois un coup de téléphone d'EB, le père de Marine. Éric hurle dans le téléphone, il me dit "Jean-Pierre, viens vite à la maison! C'est très grave!" Le Dr ne dit pas à quelle heure EB a appelé mais ensuite il nous parle de la rapidité de son trajet, du feu rouge qu'il a grillé.
Et EB ne donne pas la moindre information sur le problème de santé en question? Noyade, électrocution ou tout autre accident domestique? Et le docteur ne pose aucune question pour savoir s'il doit apporter un équipement spécial. Et le Dr Estanove à qui le Dr Micolle demande de l'accompagner, lui non plus ne pose aucune question sur la nature de l'urgence.
06:07-(Dr Micolle) ... je vois Éric en larmes, agité, il me dit "Jean Pierre c'est terrible, Marine s'est suicidée!" Ce docteur étant suspect on ne peut le croire quand il décrit l'état de EB à son arrivée.
Marine portait la marque de coups de poignard sur la poitrine et au cou, et pour son père cela ressemblait à un suicide? Et le Dr, pourquoi ne parle-t'il pas de l'aspect que présentait Marine? Pourquoi ne mentionne-t'il pas les coups de poignard? La couleur de la peau, la température, la présence ou absence de rigidité cadavérique, autant d'éléments nécessaires à l'établissement du certificat de décès?
06:49-(EB) J'ai hurlé, tout simplement j'ai hurlé. J'en voulais à la terre entière. Mais il n'exprime jamais aucune émotion, il parle toujours de cette voix blanche et monotone qui finit par être exaspérante car on sait que ce n'est pas sa voix naturelle.
06:56-(Dr Micolle) J'ai dit à Eric écoute, je ne pense pas que ce soit un suicide, ne touche à rien, à mon avis c'est un meurtre. Exemple typique de défi au sens commun, signe de dissimulation. Rien ne permettait au père de dire que sa fille s'était suicidée, et le fait que ce soit le médecin qui "annonce" qu'il s'agit d'un meurtre montre un effort du père de se distancier de l'homicide en feignant l'ignorance ou la stupidité et la complicité du docteur pour protéger l'auteur du crime.
07:26-(Dr Estanove) Il y avait du sang de partout, sur les murs, le côté gauche de la cheminée et une nappe de sang par terre. Aucune description de la victime à part qu'elle reposait sur le dos.
14:56-(voix off) ... mais sur le plan de travail de la cuisine il y a un bloc Laguiole. Il est normalement prévu pour six couteaux mais il n'en contient plus que cinq.... Personne chez les Boisseranc ne se souvient si le bloc était complet avant le crime. Très très bizarre, surtout que les Laguiole avaient leur bloc de rangement spécial.
15:22 (voix off) C'est sur le carrelage du salon, près du corps de Marine, que les enquêteurs vont trouver leur premier indice solide. Par terre ils observent de multiples traces de pas ensanglantées. Ces empreintes vont être comparées avec celles de toutes les personnes qui ont marché dans le salon depuis la découverte du corps de Marine,
15:34 à commencer par celles d'Éric Boisseranc, le père
donc si c'est lui qui a tué Marine il est tranquille car on a identifié ses empreintes de pas. Mais rien ne dit que ces empreintes ont été faites après 17H, heure du retour supposé d'EB. Autre défi au sens commun: Et pourquoi les docteurs ont-ils piétiné dans le sang? N'avons-nous pas entendu qu'EB s'est tenu à l'écart du cadavre, qu'il ne l'a jamais touché, et que le Dr Micolle a dit à EB de ne toucher à rien? Alors comment expliquer que les 3 hommes aient piétiné dans le sang?
15:45-.... ce travail de discrimination permet d'éliminer toutes les traces de pas... sauf une. Il pourrait s'agir... de l'empreinte du tueur. sauf si le tueur est le père et qu'il a fabriqué une fausse empreinte avec une chaussure d'une pointure différente de la sienne pour lancer les enquêteurs sur une fausse piste, ce qui fut le cas. Mais n'y avait-il qu'une seule empreinte avec cette chaussure? On dirait que oui, ce qui va dans le sens d'une fausse preuve car si un étranger portait ces chaussures et avait tué Marine, on aurait trouvé plus d'une empreinte, et de plus, celle qu'on nous montre est si parfaite qu'elle crie au faux.
18:19-(criminologue) Le seul indice visible c'est effectivement un (Sic) trace laissée derrière euh, par une chaussure, c'est une empreinte de chaussure. Est-ce que cette empreinte peut un jour ou l'autre, euuuuuhhhh, euuuuhhhh, orienter les enquêteurs vers l'auteur? Vraiment? Pas besoin d'être criminologue pour dire une lapalissade.
19:26-(Bloch) Marine a été tuée par une arme blanche. Elle a beaucoup saigné. Il y a énormément de sang là où le corps a été retrouvé. Dans un rayon d'un mètre autour. Sur le bord du canapé, sur le carrelage et sur le côté de la cheminée. Il ne fait pas mention du mur alors que le Dr Estanove disait qu'il y avait du sang "partout" y compris sur le mur à droite de la porte-fenêtre faisant face au passage entre la cuisine et le séjour, visible à 19:36.
20:40-(Poivre) 7H40: Marine quitte la maison de ses parents à Chazay d'Azergues au volant de son Opel Corsa blanche. Elle adresse un dernier mot à son père.
20:55-(EB) Elle m'a dit "Ben papa, à ce soir!" je me souviens toujours de ses paroles...ben voilà, et le soir je l'ai retrouvée allongée là.
Marine vient de quitter la maison et elle appelle à son père juste pour lui dire "à ce soir"? Incroyable.
21:21-(voix off)... un mardi matin comme les autres, à un détail près: pendant la première heure de cours, Marine et ses camarades apprennent que leur emploi du temps est modifié. Madame Dumas, leur prof de compta chargée du cours de l'après-midi, est absente. Pour quel motif?
24:23-(Jose Munoz-garagiste ACL) Je reçois un coup de téléphone ... une voix forte comme si un patron disait à son employé "Fais pas ci! Où tu vas?" Un bruit sourd comme si le téléphone était dans la poche. ça engueulait la personne qui était à côté de lui. C'était pas un gamin, c'était la voix d'un homme de 30-40 ans. Après un bruit sourd comme si ça marchait ou ça courait, et puis plus rien. Je trouve un peu tiré par les cheveux de dire que la voix était celle d'un homme de "30, 40 ans". Pourquoi pas 45 ou 50? Munoz est-il un complice de EB qui ment pour tirer son client d'affaire?
25:48-(Me Portejoie) L'heure du crime est très claire dans ce dossier. C'est une des rares certitudes que nous avons. Le crime, à mon avis, se déroule à 16H35, 36, 37. Le point culminant, c'est le coup de fil qui est passé, de manière accidentelle à mon avis, par le portable de Marine, à ce garagiste qui prend la communication et qui entend, c'est assez exceptionnel, en direct, l'auteur parler, crier, euh, l'auteur du crime. Là on a cet élément qui me parait un élément primordial, mais difficile à exploiter. Faux car Munoz n'a pas entendu la voix de Marine donc on n'est pas sûr que c'est elle qui a appelé. A noter l'expression rusée et dissimulatrice quand il prononce les derniers mots.
26:35-(voix off)17H00 EB rentre chez lui et découvre le corps de Marine. En fait non, il le découvre environ une heure plus tard, à son retour du garagiste-moto.
26:45 A quelques minutes près il a peut-être croisé sans le savoir l'assassin de Marine. A moins qu'il n'ait menti sur son horaire et qu'il soit lui-même l'assassin.
26:55-(Poivre) C'est très frappant Jean-Marc, cette chronologie des faits. On peut la retracer à la minute près.
(Bloch) Oui, c'est un vrai plus pour l'enquête. Le plus souvent, le légiste donne un créneau probable pour l'heure du décès. Et plus le corps est découvert tard, plus la fourchette est large. Ca peut aller jusqu'à plusieurs heures, voire jusqu'à plusieurs jours! (Poivre) Là on sait que Marine a essayé d'appeler son frère Pierrick à 16H32 avec le téléphone fixe de la maison.
27:22(Bloch) Et ce qui est très intéressant c'est que le n° du portable de Pierrick n'est pas en mémoire dans ce téléphone. Il faut qu'elle compose intégralement les dix chiffres, et on n'a pas le sentiment que c'est le geste de quelqu'un qui serait en danger.
(Poivre) Donc apparemment à 16H32 Marine est libre de ses mouvements, l'agression n'a pas encore eu lieu, et 4 minutes plus tard le portable de Marine appelle le garage ACL. Est-ce qu'il peut s'agir d'un appel de détresse?
Non, on ne sait pas qui a composé le n° de Pierrick sur le tel fixe. Et on ne sait pas non plus qui a appelé ACL sur le portable de Marine.
De plus, pourquoi Marine aurait-elle composé manuellement le n° de Pierrick alors qu'elle devait l'avoir en mémoire sur son portable? Il n'y a pas d'explication logique à cet appel sur le tel fixe, sinon pour donner à EB l'apparence de l'innocence car il dit qu'après avoir découvert le corps de Marine il a cherché le tel fixe mais ne l'a pas trouvé. En effet dans son récit de la découverte du corps de Marine il donne très peu de détails sur la scène qui s'offrait à ses yeux et glisse tout de suite sur le sujet des téléphones (04:53).
29:06 AUTOPSIE(voix off) L'examen révèle douze coups de couteau. L'un des coups a été porté au niveau de la trachée, les autres à travers les vêtements sur la partie haute du thorax à la fois devant et dans le dos. Mais ni EB ni aucun des 2 docteurs arrivés sur la scène du crime n'a fait état de ces blessures pourtant visibles, seulement du sang répandu sous le corps de Marine.
29:33 (Bernard Marc, médecin légiste) Donner une douzaine de coups de couteau, c'est en l'espace de très peu de temps. Il y a forcément, au moment où les coups commencent à être donnés, une victime qui, lorsqu'elle n'est pas incapacitée, aurait pris la fuite. Ce qu'on sait, c'est que là on est dans un espace clos très peu important donc les coups ont forcément été donnés dans un espace de temps très court. Donc la victime a dû être incapacitée.
30:09 (Olivier Etienne, Procureur de la République, Villefranche s/Saône) Le corps de la victime ne présentait pas de trace de violence apparente résultant d'une lutte. Peut-être parce qu'il n'y avait pas seulement un tueur avec un couteau, mais un ou deux complices qui sont tombés sur Marine pour l'immobiliser dès qu'elle est entrée dans la pièce.
31:59 (Me Portejoie) La personne suspecte serait un homme droitier mesurant entre 1,75 et 1,80m. Quelqu'un de la même taille que Ludovic Pierrefeu.
33:11 L'arme du crime: Il pourrait s'agir d'un couteau standard, type Opinel ou Laguiole.
(Bloch) Le problème c'est que personne dans la famille Boisseranc ne se souvient s'il manquait déjà un couteau avant les faits.
Ce fait est très inhabituel. Normalement au moins la maîtresse de maison sait combien elle a de couverts d'autant plus que ces couteaux avaient un bloc de rangement posé sur le comptoir. Est-ce un indice? EB a pu se servir d'un de ces couteaux puis s'en débarrasser et laisser tout le monde dans l'ncertitude, ce qui aide à créer l'impression d'un crime commis sous une impulsion, non un crime prémédité. Cependant à la fin du reportage il se contredit en affirmant qu'il est certain que le crime était prémédité. Il est, en fait, la seule personne qui pouvait à la fois préméditer le crime et se servir du couteau Laguiole.
Recherche des téléphones
38:16-(EB) J'ai essayé de chercher moi aussi, j'ai fait tout le tour de la maison, j'ai cherché dans les moindres fourrés, j'ai élagué une partie du petit bois, enfin du petit taillis qu'est derrière.
Nombreux clignements d'yeux et tête qui bouge de gauche à droite, évitant de regarder dans l'objectif, malaise extrème très visible. En quoi l'élagage des arbres aiderait-il à trouver les appareils téléphoniques? Est-ce une indication qu'EB les a perchés dans un arbre?
40:25-(criminologue) Pourquoi il a pris soin de faire disparaître ces objets? On peut supposer deux raisons: soit il y a des informations qui sont des indications sur les auteurs, l'auteur, soit l'auteur a pas voulu que les téléphones restent dans la maison près de la victime pour éviter qu'elle appelle au secours. Elle était peut être pas encore décédée au moment où lui, il a quitté la maison. En suggérant que la victime n'était pas encore morte quand l'auteur du crime est parti, elle valide la version de EB qui a dit penser que Marine était encore en vie à son retour à 17H.
Enquête de voisinage(Voix off) ... elle rentre chez elle lorsque soudain, un véhicule lui coupe la route.
44:10-(Mme Bory) Je roulais vite, j'ai freiné, donc je vois cette personne par le rétroviseur de la voiture. J'ai vu qu'il était tout rouge. La figure était rouge! Il était la bouche toute ... (mime la bouche écartée horizontalement) défigurée quoi! Lui il regardait même pas si quelqu'un venait d'en bas, si quelqu'un venait d'en-haut, hein! Il a coupé la route et il est parti.
44:39-(Voix off) ... son fils de neuf ans qui l'attend devant le portail lui affirme qu'il a vu cette même voiture entrer dans le chemin 1/4 d'heure plus tôt.
Si elle l'a vu dans son rétroviseur, c'est qu'elle s'était engagée sur son chemin privé donc elle n'a pas été gênée par la conduite de l'individu, il ne lui a pas coupé la route comme le dit la voix off. Pourquoi alors y a-t'elle prêté attention? Et si l'individu s'est éloigné aussi rapidement (vers Charlay) c'est peut-être qu'il avait vu que la voie était libre dans les deux sens et en a profité pour entrer dans la D100E. Dans ces circonstances comment Mme Bory a-t'elle pu donner de lui une description physique aussi détaillée? Quand elle dit que "la figure était rouge", veut-elle dire qu'elle était couverte de sang ou simplement que l'individu était échauffé par un exercice physique? Pourquoi son fils de neuf ans a-t'il prêté attention à l'heure à laquelle il a vu la voiture entrer dans le chemin des Aubépines?
44:40-(Mme Bory) Quand ils ont dit que Marine était morte, j'ai dit "cest lui." Moi je dis C'EST LUI! Et il faudrait qu'on la croie seulement parce qu'elle met tant de conviction dans son discours?
45:04-(Mme Bory) Un jeune homme, oui, un jeune homme, un jeune homme jeune, assez grand, cheveux chatain clair, visage allongé, donc c'était un bel garçon. Elle a vu tout ça dans son rétroviseur en l'espace d'une seconde. Elle a même vu qu'il était grand!
Comment peut-elle dire qu'il avait le "visage allongé, un beau garçon" alors qu'elle vient de dire et mimer une bouche largement distendue à l'horizontale qui le "défigurait"?
45:25-(Voix off) Arrivée à 16H30, départ à 16H45, le créneau colle parfaitement avec celui des appels téléphoniques. Sans doute cela donne de la crédibilité aux appels téléphoniques muets.
51:10-(EB) Marine quand elle était petite elle courait partout, c'était la petite sportive, c'était le petit boute-en-train, on lui courait après tout le temps, jolie comme tout et... et... et... ma fille quoi. Avec Lois le dernier, elle était cul et chemise, comme on pourrait dire. Le père n'exprime aucune émotion, n'a rien de positif à dire sur le caractère de Marine. Il fait preuve d'insensibilité en utilisant l'expression "comme cul et chemise" au sujet du lien entre Marine et Loïs. Mais surtout, son choix de souvenir ("elle courait partout... on lui courait après tout le temps") pourrait aussi bien décrire le crime, la poursuite qui a précédé les coups de couteau, comme s'il essayait de nier sa culpabilité en suggérant "C'était autrefois, il y a vingt ans, rien à voir avec le crime."
52:27-(EB) Marine n'avait pas de secret pour sa mère. C'est vrai qu'elle se confiait moins à moi, c'est normal. J'avais pas le même rôle. Mais y'avait pas de cachotteries avec Marine. Jamais. Veut-il dire qu'il ne cachait jamais rien à Marine?
53:23-(Criminologue) Dans sa vie on ne trouve rien de spécifique. Elle a pas fait du mal à quelqu'un, elle était pas dans les réseaux criminels, voire obscurs, il y avait pas de raison particulier (Sic) claire pour la tuer. Donc quels sont les autres motifs pour... pour en vouloir autant à une personne?
53:50 Si c'est pas pour des objets matériels ni pour des agressions sexuelles il reste très peu de choses effectivement: des liens affectifs.
Elle nie habilement que le motif puisse être matériel ou financier et oriente les soupçons vers l'ex de Marine.
1:06:10-(EB) Mais certainement que j'ai été soupçonné! Bah ma femme a été soupçonnée au même titre que moi enfin! Même les garçons, la famille proche, ce qui est logique. Mon emploi du temps a permis de dire que j'étais pas là. On n'en a pas reparlé après, les gendarmes ne m'en ont jamais reparlé. Il ne supporte pas qu'on dise qu'il a été soupçonné. Aussitôt il dit que chaque membre de la famille l'a été. Mais son alibi n'a pas l'air imparable. Il aurait pu préparer son carnet de rendez-vous en prévision de l'interrogation des gendarmes.
1:08:25-(Me Portejoie) Cette passion que l'examen découvre, tout cela m'incite à penser que ça émane de quelqu'un qui pouvait avoir pour Marine de vrais sentiments d'affection et de tendresse.Il essaie d'orienter les spouçons vers Ludovic Pierrefeu, mais ce jeune homme avait-il la même pointure que la chaussure de l'empreinte? Et possédait-il une paire similaire?
1:28:01-(EB) On y pense en permanence à chaque seconde. C'est la pire des choses qu'on puisse faire à une enfant, à une jeune fille qui n'a rien demandé, je peux vous assurer qu'elle a rien demandé. C'est pas quelque chose qu'on puisse faire sur une impulsion. ça s'est préparé, c'est pas possible, donc il y a quelqu'un qui doit savoir. Donc c'est le moment de parler. Quatre ans après c'est bon, ça va, j'ai assez souffert, ma famille a assez souffert. Est-ce un aveu qui lui a échappé? Il dit "une enfant" comme s'il savait que l'auteur du crime est un parent, car il ne peut s'agir de l'enfant au sens du jeune âge puisque Marine avait vingt ans. D'ailleurs il s'est repris sans trébucher, et a corrigé avec "à une jeune fille".

II- Synthèse

Au cours de la vidéo on observe une série d'actes destinés à tromper les enquêteurs et à protéger l'auteur du crime:
LE JOUR DU CRIME:

1- Fabrication de fausses preuves

2-Destruction de preuves
POUR LE REPORTAGE:

EB a eu recours à une alliée en la personne de la criminologue Mme van der Horst, une femme qui parle mal français, et non seulement avec un fort accent étranger mais encore avec un défaut de prononciation, ce qui rend son audition très pénible et agaçante. Ou pourrait difficilement trouver pire élocution et ce n'est certainement pas un hasard.

Outre ce handicap, la jeunesse de cette personne fait qu'elle ne peut avoir qu'une connaissance livresque de la criminalité, si tant est qu'elle soit réellement criminologue et non pas une actrice, son rôle consistant ici, sous l'apparence de la science et de l'objectivité, à protéger son client en insistant sur l'importance des faux indices, en suggérant des hypothèses qui valident la version des faits donnée par EB et en évitant à EB de trop parler car, comme il le dit dans la série de France 2 Toute une Histoire à 58:08, il a peur de trop parler.

L'avocat de EB Me Portejoie quant à lui, avec l'autorité de sa profession, résume les indices en insistant sur le côté dramatique et exceptionnel de l'appel fait du portable de Marine et autres indices en faisant écho aux deux journalistes non pas de bonne foi comme eux -du moins on l'espère- mais dans le but de tromper le public car il sait qu'EB est coupable.

II-Synthèse (suite)

Au cours de la vidéo on observe également des actes ou omissions illogiques, indicateurs de culpabilité:

  • Marine n'avait aucune raison de se servir du téléphone fixe car elle avait tous les numéros en mémoire sur son portable;
  • en revanche Marine n'avait aucune raison d'avoir le n° du garage ACL en mémoire sur son portable;
  • le fait par EB d'apporter sa moto à un garage qui ne s'occupe pas de motos;
  • absence d'arme blanche au côté de la victime qui justifierait l'hypothèse d'un suicide, ainsi qu'absence de note de suicide, emplacement du corps et méthode de mise à mort: aucune de ces circonstances ne permet de conclure à un suicide, et avant tout, l'absence d'arme au côté du cadavre;
  • le fait par EB de n'avoir pas remarqué le sang sur le mur qui lui faisait face à son arrivée de 17H;
  • le fait par EB et le Dr Micolle de ne jamais mentionner les coups d'arme blanche sur le haut du corps de Marine.

III- Un scenario possibe - 2ème version

Dans le scenario proposé précédemment (1ère version ci-dessous), nous n'avions pas tenu compte de la coagulation du sang, ce qui invalide certaines parties du scenario. En effet quand les deux médecins sont venus au domicile Boisseranc après le retour de EB du garage, le sang répandu aurait déjà formé un caillot entouré de sérum, même si le décès avait eu lieu vers 16H40 car ce phénomène se produit dans l'heure qui suit l'effusion de sang (source). Donc si les trois hommes après 17H avaient piétiné dans du sang coagulé (de 3 à 15mn suivant l'effusion) ou dans un caillot et du sérum, les traces de pas auraient eu une couleur et une texture très différentes de la trace de pas unique attribuée au "tueur introuvable". Or le reportage est muet sur ce point, ce qui mène à conclure que toutes les traces de pas ont été faites avec du sang frais, ce qui indique sans équivoque possible la présence des trois hommes au moment du crime. Le fait qu'ils aient présenté aux enquêteurs des chaussures vierges de toute éclaboussure sanglante n'y change rien. Chacun des trois hommes pouvait très bien, en prévision de l'examen des empreintes de pas, avoir acheté à l'avance deux paires de chaussures identiques.

Cette hypothèse d'un assassinat commis à trois est corroborée par les observations du médecin légiste et du procureur de la république à 29:33 car l'absence de blessure défensive et la concentration des coups de couteau sur une surface réduite en haut du thorax, de même que l'emplacement du corps dans le recoin de la salle, indiquent que celui qui a porté si rapidement les coups de couteau était assisté par un ou deux complices qui ont immobilisé la victime dès son entrée dans la salle et l'ont portée jusqu'au recoin. Ce déroulement des faits expliquerait également que la salle ne présentait aucun désordre attestant d'une lutte.

On peut comprendre l'immobilisation de la victime par deux impératifs majeurs: d'une part EB avait besoin d'un prétexte plausible pour ne pas découvrir le cadavre de sa fille à son retour à 17H, car il avait besoin de gagner du temps pour dissimuler l'heure réelle du décès; d'autre part il fallait à tout prix éviter que la victime ne griffe le visage ou les mains de ses agresseurs afin que ceux-ci puissent de façon crédible jouer le jeu de l'innocence aux enquêteurs qu'ils savaient devoir rencontrer quelques heures seulement après avoir commis le crime.

Selon ce scenario, EB serait venu avec les deux médecins avant le retour de Marine et tous trois, portant leur paire de chaussures n°1 auraient revêtu des combinaisons de protection qu'ils auraient brûlées après le crime dans l'une des deux cheminées. Ils auraient ensuite emballé leur paire n°1 et chaussé leur paire n°2. EB, emportant les deux téléphones et le couteau aurait ensuite raccompagné les deux médecins à leur cabinet, puis il serait allé à son lieu-alibi pour passer les deux appels téléphoniques qui ont servi de repère pour l'heure présumée du crime.

III- Un scenario possibe - 1ère version

EB avait garé sa voiture hors de vue, il était rentré dans la maison avant le retour de Marine et il s'était caché pour pouvoir la surprendre quand elle regarderait la télé, assise sur le sofa.

Alors il a surgi de sa cachette en brandissant le couteau et elle a voulu fuir, elle a couru, il l'a poursuivie, ils ont déplacé des meubles et renversé des objets dans le feu de l'action et finalement il l'a coincée dans le cul-de-sac où on l'a trouvée. Il avait revêtu une combinaison jetable, un masque et des botillons stériles pour ne pas se tacher et pour cacher son visage à sa fille.

Après le meurtre il a enlevé son accoutrement et l'a brûlé dans la cheminée, il a remis de l'ordre dans la salle puis il a déposé une empreinte sanglante parfaite avec la chaussure de sport qu'il avait apportée à cet effet. Ceci fait il a regagné sa voiture en emportant les deux téléphones, le couteau et la chaussure.

Vers 16H30 il était là où son agenda indiquait, assez loin de chez lui pour avoir un alibi incassable, et il a acheté quelquechose dont il a conservé le ticket de caisse en prévision de l'interrogation par les gendarmes.

Ensuite il a appelé Pierrick en utilisant le service d'Orange Ma Ligne Fixe Étendue, qui permet de facturer à sa ligne fixe un appel lancé depuis n'importe quel téléphone, puis il a appelé le garage ACL avec le portable de Marine et simulé une altercation dont on n'entend que la voix mâle, les deux appels qu'on a attribué à Marine et sur lesquels on a établi l'heure probable de l'attaque et du décès, faute de repère physiologique.

Auquel cas l'antenne relais qui a transmis l'appel du portable de Marine à 16H36 était non pas celle qui couvre le domicile Boisseranc, mais celle qui couvre le lieu-alibi où EB se trouvait au même moment. Et c'est pour éviter que les enquêteurs n'aient l'idée de vérifier d'où était parti l'appel du portable que EB a appelé Pierrick sur le téléphone fixe (par le biais du service délocalisé d'Orange). Ainsi il semblait que c'était Marine qui avait fait les deux appels depuis le domicile.

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Il ne fallait pas que les autorités aient connaissance du décès au moins trois heures après l'heure supposée de l'attaque, donc pas avant 19H30, car plus tôt, constatant la rigidité du cadavre, les gendarmes ou le médecin légiste auraient estimé l'heure du décès antérieure à 16H37, invalidant l'alibi d'EB.

EB a donc évité de rentrer dans la maison à son retour à 17H et s'est occupé de sa vieille moto qui "traînait" depuis longtemps dans le garage, l'a chargée dans sa voiture. Il a caché les deux téléphones aux alentours de sa maison ("etc.") et est allé voir le garagiste avec qui, par le plus grand des hasards, il avait rendez-vous ce jour là. Si c'est avec Munoz qu'il avait rendez-vous (quoique pas garagiste-moto) il a pu lui expliquer ce qu'il devrait dire aux gendarmes.

Puis à son retour il a découvert sa fille gisant dans son sang, la gorge et la poitrine transpercées, ce qui chez n'importe qui d'autre aurait déclenché le réflexe d'appeler le SAMU et la gendarmerie. Mais il manquait encore du temps pour être dans la zone sûre, alors EB a feint de croire que sa fille s'était suicidée et était encore en vie. Ainsi il avait un prétexte (complètement invraisemblable) pour ne pas encore prévenir les gendarmes, et aussi pour pouvoir "innocemment" détruire l'évidence du crime.

Les deux docteurs, forcément, étaient complices de EB: ils l'ont aidé à gagner du temps et à corroborer son histoire ("Il a hurlé dans le téléphone... Il était en larmes, agité.") et ils ont piétiné dans le sang de Marine pour couvrir les empreintes qu'EB avait laissées avec ses botillons chirurgicaux. Il fallait bien deux personnes pour donner un air de vraisemblance aux traces de pas. C'est la seule raison pour laquelle ils sont venus à deux. D'après le reportage, c'est seulement parce que le Dr Estanove travaillait avec les services d'urgence qu'on a pensé à appeler les gendarmes. Heureusement qu'il était là!

Mais avant de les appeler, EB et les deux docteurs sont encore allés à l'entrée du chemin des Aubépines pour attendre le retour de l'épouse d'EB et du fils Loïs, ce qui a encore fait gagner du temps à EB, et c'est seulement après tous ces agissements qui défient le sens commun qu'EB a appelé les gendarmes. A l'heure de son appel, que le reportage ne donne pas, plus de trois heures s'étant écoulées (à notre avis) depuis les deux appels muets qui signalent l'heure du crime, le cadavre de Marine aurait déjà été rigide, donc il était impossible de situer précisément l'heure du crime et l'alibi de EB tenait.

Evidemment ce scenario n'est possible que si EB savait que Marine avait l'après-midi libre, mais nous pensons que c'est EB lui-même qui était responsable de l'absence du professeur. Après tout, la séduction est son métier, et il a déjà séduit une de ses clientes, une femme médecin qui l'a épousé et grâce à qui il s'est hissé au rang de la bonne société, ce qui montre qu'il est ambitieux, persuasif et sans scrupule. Alors on peut sans faire d'extravagance logique, supposer qu'EB a fait ce qu'il avait à faire pour que la professeur de comptabilité n'aille pas au lycée l'après-midi du 11 octobre 2005.

ÉPILOGUE

Aujourd'hui EB est divorcé et il a gardé la maison. Ses finances lui permettent de s'adonner librement à sa passion pour la navigation de plaisance, comme il le dit à la fin de l'émission "Toute une Histoire".

De son ex-épouse, de ses deux fils nous ne savons rien sauf que, comme le dit Pierrick, l'homicide a fait éclater la famille. Il a jeté un manteau glacial sur la joie de vivre de ces deux jeunes gens, de leur mère et de leurs proches. Quant à Ludovic Pierrefeu, il a eu le malheur d'éprouver un amour sincère pour une jeune femme qui ne faisait que badiner, et c'est ce qui lui a attiré ses ennuis avec la justice. Les docteurs Micolle et Estanove, eux, continuent d'exercer la médecine à Chazay d'Azergues.

Paris, le 14 janvier 2014

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