HOMICIDE DE MARINE BOISSERANC

RAPPORT D'ENQUÊTE BASÉE SUR LA VIDÉO DE LA SÉRIE "NON-ÉLUCIDÉ"
VERSION 3

par Brigitte Picart (kamo@runbox.com)

'

I- LES FAIBLESSES DE L'HISTOIRE D'ÉRIC BOISSERANC

L'histoire que raconte EB aux enquêteurs comporte des faiblesses en trois points-clefs. Deux d'entre eux déterminent le choix des actes qui vont suivre, il s'agit du rendez-vous avec le garagiste à 17H, et le fait qu'EB ait cru que sa fille s'était suicidée et était encore en vie. Le troisième point concerne l'explication des empreintes de pas ensanglantées.

1- LE RENDEZ-VOUS AVEC UN GARAGISTE

Une vieille moto lui fait écourter sa journée de travail d'une heure ou plus: dans l'Heure du Crime sur RTL EB dit qu'il voulait faire réparer cette moto pour que ses fils puissent jouer avec. Cela ne semble pas justifier qu'un homme de son âge, avec ses responsabilités, coupe court à sa journée de travail pour être à la maison à 17H. Sa présence n'était pas nécessaire. Il aurait pu demander à Loïs de se charger de la tâche.

De plus si le garagiste est venu enlever la moto, on n'entend plus parler de lui alors qu'il a dû arriver en plein drame familial et, au minimum, être confronté aux gendarmes soupçonneux. Qu'en est-il vraiment du garagiste et de la moto? Ce rendez-vous existait-il vraiment ou bien EB s'est-il dit que personne ne s'y intéresserait et aurait-il tout inventé? On veut savoir car ce rendez-vous est le motif du retour d'EB à 17H.

Au passage, il est bon de remarquer que comme EB était de retour plus tôt que d'habitude, il lui incombait d'avertir Marine de sa présence afin qu'elle ne s'inquiète pas du bruit. EB ne considère que de sa propre inquiétude ("Je ne me suis pas inquiété spécialement" à 04:22.)

2- LE SUICIDE DE MARINE

Rappelons que dans le reportage on entend parler de suicide à deux reprises mais seulement par ouï-dire, à 06:07 et à 06:56, le Dr Micolle répétant ce qu'EB lui aurait dit. En droit le ouï-dire n'a pas grande valeur probante, cependant EB serait bien en peine de nier qu'il ait dit croire à un suicide (et que sa fille était encore en vie) car de cette "fausse impression" découle l'appel au Dr Micolle et non aux urgences pour une transfusion éventuelle. Les indices qu'il s'agissait d'un homicide et non d'un suicide sont: absence d'arme blanche au côté de la victime, absence de note de suicide, emplacement du corps et méthode de mise à mort, présence d'empreintes de pas dans le sang n'appartenant pas à Marine, projections de sang sur deux murs d'angle. Et c'est justement parce que ces indices infirment la théorie du suicide qu'EB n'en parle jamais: la seule chose dont il parle c'est la mare de sang.

3- LES EMPREINTES DE PAS ENSANGLANTÉES

Dans le 1er scenario nous n'avions pas tenu compte de la coagulation du sang, ce qui en invalide certaines parties. En effet quand les deux médecins sont venus au domicile Boisseranc le sang répandu aurait déjà coagulé ou formé un caillot entouré de sérum car ce phénomène se produit dans l'heure qui suit l'effusion de sang (source). Donc si les trois hommes après 17H avaient piétiné dans du sang coagulé ou dans un caillot et du sérum, les traces de pas auraient eu une couleur et une texture très différentes de la trace de pas unique attribuée au "tueur introuvable". Or le reportage est muet sur ce point, ce qui mène à conclure que toutes les traces de pas ont été faites avec du sang frais, ce qui indique sans équivoque possible la présence des trois hommes au moment du crime. Le fait qu'ils aient présenté aux enquêteurs des chaussures vierges de toute éclaboussure sanglante n'y change rien. Chacun des trois hommes pouvait très bien, en prévision de l'examen des empreintes de pas, avoir acheté à l'avance deux paires de chaussures identiques.

Mais même sans avoir recours à l'hématologie, on peut attribuer le crime aux trois hommes simplement parce qu'il n'y a aucune explication innocente à leurs multiples traces de pas dans le sang de la victime. Les médecins diplômés de l'état n'ont-ils pas reçu une formation sur le protocole à suivre dans ces circonstances, qui exclut de contaminer la scène d'un crime possible et spécialement, de ne pas piétiner par-dessus d'éventuelles empreintes de pas et dans le sang de la victime? Quel acte médical les deux médecins ont-ils exécuté qui explique leurs traces de pas dans le sang?

Ces traces de pas en revanche permettent facilement d'imaginer que la victime s'est débattue avec l'énergie du désespoir, qu'elle a donné des coups de pied et qu'elle a ainsi forcé ses agresseurs à piétiner pour garder ou reprendre leur équilibre.

Mais la preuve la plus flagrante de leur culpabilité, c'est l'existence de la fausse empreinte. A elle seule elle les condamne. Et nous savons qu'elle est fausse parce qu'elle est unique. Si elle avait été faite par un tueur inconnu il y en aurait eu d'autres, même partielles, mais la preuve qu'il n'y en avait pas d'autres est que EB a cru à un suicide (aux dires du dr Micolle). Même s'il ment en disant cela, il révèle quand même qu'il n'y avait pas les empreintes d'un tueur inconnu dans le sang de Marine sinon EB n'aurait pas pu prétendre croire au suicide. De plus à deux reprises EB dit que Marine gisait "dans une mare de sang" mais jamais qu'il y avait des empreintes de pas dans le sang ou autour. De même le dr Micolle quand il dit "écoute, je ne pense pas que ce soit un suicide..." parce que s'il y avait eu les empreintes d'un tueur inconnu près du corps, cela lui aurait sauté aux yeux et il aurait été affirmatif, pas dubitatif.

S'il y avait réellement eu les empreintes d'un tueur inconnu ils se seraient bien gardés de marcher dessus!

Cette hypothèse d'un assassinat commis à trois est corroborée par les observations du médecin légiste et du procureur de la république à 29:33 car l'absence de blessure défensive et la concentration des coups de couteau sur une surface réduite en haut du thorax, de même que l'emplacement du corps dans le recoin de la salle, indiquent que celui qui a porté si rapidement les coups de couteau était assisté par un ou deux complices qui ont immobilisé la victime dès son entrée dans la salle et l'ont portée jusqu'au recoin. Ce déroulement des faits expliquerait également pourquoi la salle ne présentait aucun désordre attestant d'une lutte.

On peut comprendre l'immobilisation de la victime par trois impératifs majeurs:

  1. Il fallait faire vite car le temps disponible n'était pas long;
  2. EB avait besoin d'un prétexte plausible pour ne pas découvrir le cadavre de sa fille à son retour à 17H, donc il fallait que le corps soit dissimulé. Ainsi en ne voyant pas tout de suite sa fille morte (malgré le sang sur le mur face à lui, un imprévu!) il pouvait sortir sa vieille moto du garage pour préparer ce RV-garagiste qui justifiait son retour précoce au domicile;
  3. il fallait à tout prix éviter que la victime ne griffe le visage ou les mains de ses agresseurs afin que ceux-ci puissent de façon crédible jouer le jeu de l'innocence aux enquêteurs qu'ils savaient devoir rencontrer quelques heures seulement après avoir commis le crime.

Et c'est parce qu'il savait, grâce aux connaissances médicales de ses complices, que les indices biologiques indiqueraient une fourchette de décès nettement antérieur à 16H40, qu'EB a eu recours aux deux faux appels attribués à Marine et au personnage fictif vu vers 16H30 dont parle Mme Bory. On comprend mieux l'insistance, pour ne pas dire la véhémence dont fait preuve l'avocat Portejoie, quand il parle de ces deux appels téléphoniques ainsi à 25:48.

II- UN SCENARIO POSSIBLE, 3ème VERSION

Selon ce scenario, EB serait venu avec les deux médecins avant le retour de Marine. Il aurait garé sa voiture hors de vue et après être entrés, tous trois portant leur paire de chaussures n°1 se seraient cachés dans la salle de séjour. A l'entrée de Marine dans la pièce, deux d'entre eux l'auraient immobilisée et portée jusqu'au recoin et le troisième lui aurait porté les coups de couteau, le tout en un temps très bref. Ils auraient ensuite emballé leur paire n°1 et chaussé leur paire n°2.

Puis EB, emportant les deux téléphones et le couteau aurait ensuite raccompagné les deux médecins à leur cabinet, où les trois hommes auraient pu prendre une douche et changer de vêtements. Puis EB serait allé à son lieu-alibi pour passer les deux appels téléphoniques qui ont servi de repère pour l'heure présumée du crime, l'appel à Pierrick utilisant le service d'Orange Ma Ligne Fixe Étendue. EB a choisi d'appeler Pierrick parce qu'il savait qu'il allait le voir plus tard et il était sûr que le jeune homme mentionnerait cet appel. Et c'est pour éviter que les enquêteurs n'aient l'idée de vérifier d'où était parti l'appel du portable que EB a appelé Pierrick sur le téléphone fixe (par le biais du service délocalisé d'Orange). Ainsi il semblait que c'était Marine qui avait fait les deux appels depuis le domicile.

Pour que tout se déroule selon un horaire avantageux pour les criminels, il fallait que EB rentre chez lui à 17H avant son fils or, comme il avait coutume de rentrer plus tard il a inventé ce rendez-vous avec un garagiste qui devait venir enlever la moto pour la réparer.

Le complot ourdi par les 3 hommes exigeait que EB croie au suicide parce qu'il fallait un prétexte plausible pour que les 2 médecins viennent sur place, afin qu'ils puissent dire que leurs empreintes de pas avaient été faites après 17H alors qu'elles avaient été faites plus tôt lors de l'exécution du crime. Et il fallait que les deux médecins arrivent sur la scène du crime suffisamment tôt après l'heure fictive du décès (16H40) car s'ils arrivaient après que le sang ait eu le temps de coaguler ou de former un caillot, toute leur histoire s'effondrerait. C'est à cause de cet impératif de faire venir les deux médecins qu'EB est aveugle à tous les indices d'un homicide et que ni le Dr Micolle ni le Dr Estanove ne demande la nature de l'urgence médicale. Cette omission d'informer et de s'informer elle aussi les condamne car si les trois hommes avaient été de bonne foi, EB aurait dit au docteur que Marine gisait dans une mare de sang et le docteur lui aurait dit d'appeler le SAMU.

° ° °

Evidemment ce scenario n'est possible que si EB savait que Marine avait l'après-midi libre, mais nous pensons que c'est EB lui-même qui était responsable de l'absence du professeur. Après tout, la séduction est son métier, et il a déjà séduit une de ses clientes, une femme médecin qui l'a épousé et grâce à qui il s'est hissé au rang de la bonne société, ce qui montre qu'il est ambitieux, persuasif et sans scrupule. Alors on peut sans faire d'extravagance logique, supposer qu'EB a fait ce qu'il avait à faire pour que la professeur de comptabilité n'aille pas au lycée l'après-midi du 11 octobre 2005.

III- ÉPILOGUE

Aujourd'hui EB est divorcé et il a gardé la maison. Ses finances lui permettent de s'adonner librement à sa passion pour la navigation de plaisance, comme il le dit à la fin de l'émission "Toute une Histoire".

De son ex-épouse, de ses deux fils nous ne savons rien sauf que, comme le dit Pierrick, l'homicide a fait éclater la famille. Il a jeté un manteau glacial sur la joie de vivre de ces deux jeunes gens, de leur mère et de leurs proches. Quant à Ludovic Pierrefeu, il a eu le malheur d'éprouver un amour sincère pour une jeune femme qui ne faisait que badiner, et c'est ce qui lui a attiré ses ennuis avec la justice. Les docteurs Micolle et Estanove, eux, continuent d'exercer la médecine à Chazay d'Azergues.

'

Paris, le 7 février 2014

* * *
© 2014 Brigitte Picart - Tous droits réservés.

'

Transcription de la bande son de la vidéo
0:59-Le 11 octobre 2005 à Chazay d'Azergues près de Lyon, Éric Boisseranc découvre sa fille Marine 20 ans, poignardée dans le salon de la maison familiale.
01:31-(Criminologue) Les coups sont vraiment le fruit d'une colère et d'une explosion momentanée.
3:13-(Bloch) Une piscine, plusieurs voitures dans la famille, on est dans un milieu aisé, dans un quartier tranquille. Marine était une étudiante posée, à la vie calme, on ne voit rien qui puisse expliquer cette violence. Mais ce n'est qu'une première impression et c'est en faisant le travail d'enquête qu'on se rend compte que la réalité est toujours plus compliquée.
04:04-(voix off) Ce mardi-là Éric Boisseranc [ci-après "EB"] rentre plus tôt que d'habitude... Il a rendez-vous avec le garagiste pour faire réparer la vieille moto qui traîne dans le garage... Il est à peine 17H quand EB franchit le seuil de sa maison.
04:22-(EB) J'étais étonné que la télé soit en route et sans personne. Je me suis pas inquiété spécialement, sachant que ma fille était là puisque la voiture était là... Donc j'ai...
04:30- Je me suis occupé de la moto, je l'ai sortie etc. et en revenant j'ai appelé Marine,
04:44- et c'est là que j'ai vu la... la mare de sang derrière le... le sofa.
04:53- ... et je me suis précipité, j'ai vu Marine allongée... dans une mare de sang, littéralement, j'ai hurlé, j'ai paniqué complet, j'ai cherché le téléphone, j'ai pas trouvé de téléphone, j'ai pris mon portable que j'avais heureusement sous la main.
05:10-(voix off) Dans un réflexe désespéré, EB appelle le Dr Jean-Pierre Micolle, le médecin de famille.
05:22-(Dr Micolle) Je reçois un coup de téléphone d'EB, le père de Marine. Éric hurle dans le téléphone, il me dit "Jean-Pierre, viens vite à la maison! C'est très grave!"
05:38-(Dr Estanove) J'ai pris conscience de l'urgence au ton du Dr Micolle qui partait en courant en me disant "Viens avec moi, il y a quelquechose de grave chez EB." Donc, il y a des tons qui... qui font que... on sait qu'on doit y aller.
06:07-(Dr Micolle) ... je vois Éric en larmes, agité, il me dit "Jean Pierre c'est terrible, Marine s'est suicidée!"
06:22-(EB) Je lui ai dit que j'ai trouvé Marine comme ça dans cet état, est-ce qu'on peut faire quelque chose? Et Jean-Pierre est venu avec moi et il m'a dit d'un signe de tête "On peut plus rien faire".
06:32-(Dr Micolle) Il n'y avait pas de mouvement respiratoire, j'ai dû contrôler son pouls à la carotide et il n'y avait pas de doute, Marine était décédée.
06:49-(EB) J'ai hurlé, tout simplement j'ai hurlé. J'en voulais à la terre entière.
06:56-(Dr Micolle) J'ai dit à Eric écoute, je ne pense pas que ce soit un suicide, ne touche à rien, à mon avis c'est un meurtre.
07:03-(voix off) Le Dr Estanove arrive chez les Boisseranc quelques minutes après. Habitué aux interventions d'urgence avec les sapeurs-pompiers, il n'a aucun doute sur la scène qu'il découvre: il s'agit bien d'une scène de crime.
07:26-(Dr Estanove) Il y avait du sang de partout, y compris contre les murs, le côté gauche de la cheminée et une nappe de sang par terre. Elle ne respirait plus. Je n'ai pas fait plus, j'ai juste regardé.
07:39-(voix off) Les médecins ne peuvent plus rien faire pour Marine. J.G. Estanove décide de prévenir les gendarmes. La brigade la plus proche se trouve à Anse, à 7km du domicile.
08:12- Les gendarmes ne mettront que quelques minutes à arriver sur les lieux. Et tandis qu'ils commencent à les investir, EB sait que le plus dur reste à faire: prévenir ses deux fils et sa femme Muriel.
08:28 (EB) J'ai appelé Muriel un quart d'heure après, en lui demandant de venir, sans lui dire ce qui s'était passé bien sûr.
08:33- (Dr Estanove) Et on est allé attendre sa femme au bout du chemin et il a dû lui annoncer la nouvelle. Donc j'étais présent quand il lui a annoncé la nouvelle et c'était assez pénible.
13:00-(voix off)La brigade de gendarmerie de Anse est sur place à 17H20. Dix minutes plus tard, les gendarmes de Villefranche s/Saône arrivent en renfort.
14:56-(voix off) ... mais sur le plan de travail de la cuisine il y a un bloc Laguiole. Il est normalement prévu pour six couteaux mais il n'en contient plus que cinq.... Personne chez les Boisseranc ne se souvient si le bloc était complet avant le crime.
15:22 (voix off) C'est sur le carrelage du salon, près du corps de Marine, que les enquêteurs vont trouver leur premier indice solide. Par terre ils observent de multiples traces de pas ensanglantées. Ces empreintes vont être comparées avec celles de toutes les personnes qui ont marché dans le salon depuis la découverte du corps de Marine,
15:34 à commencer par celles d'Éric Boisseranc, le père, et des deux médecins qu'il a appelés.
15:45-.... ce travail de discrimination permet d'éliminer toutes les traces de pas... sauf une. Il pourrait s'agir... de l'empreinte du tueur.
18:19-(criminologue) Le seul indice visible c'est effectivement un (sic) trace laissée derrière euh, par une chaussure, c'est une empreinte de chaussure. Est-ce que cette empreinte peut un jour ou l'autre, euuuuuhhhh, euuuuhhhh, orienter les enquêteurs vers l'auteur?
19:26-(Bloch) Marine a été tuée par une arme blanche. Elle a beaucoup saigné. Il y a énormément de sang là où le corps a été retrouvé. Dans un rayon d'un mètre autour. Sur le bord du canapé, sur le carrelage et sur le côté de la cheminée.
20:40-(Poivre) 7H40: Marine quitte la maison de ses parents à Chazay d'Azergues au volant de son Opel Corsa blanche. Elle adresse un dernier mot à son père.
20:55-(EB) Elle m'a dit "Ben papa, à ce soir!" je me souviens toujours de ses paroles...ben voilà, et le soir je l'ai retrouvée allongée là.
21:21-(voix off)... un mardi matin comme les autres, à un détail près: pendant la première heure de cours, Marine et ses camarades apprennent que leur emploi du temps est modifié. Madame Dumas, leur prof de compta chargée du cours de l'après-midi, est absente.
24:23-(Jose Munoz-garagiste ACL) Je reçois un coup de téléphone ... une voix forte comme si un patron disait à son employé "Fais pas ci! Où tu vas?" Un bruit sourd comme si le téléphone était dans la poche. ça engueulait la personne qui était à côté de lui. C'était pas un gamin, c'était la voix d'un homme de 30-40 ans. Après un bruit sourd comme si ça marchait ou ça courait, et puis plus rien.
25:48-(Me Portejoie) L'heure du crime est très claire dans ce dossier. C'est une des rares certitudes que nous avons. Le crime, à mon avis, se déroule à 16H35, 36, 37. Le point culminant, c'est le coup de fil qui est passé, de manière accidentelle à mon avis, par le portable de Marine, à ce garagiste qui prend la communication et qui entend, c'est assez exceptionnel, en direct, l'auteur parler, crier, euh, l'auteur du crime. Là on a cet élément qui me parait un élément primordial, mais difficile à exploiter.
26:35-(voix off)17H00 EB rentre chez lui et découvre le corps de Marine.
26:45 A quelques minutes près il a peut-être croisé sans le savoir l'assassin de Marine.
26:55-(Poivre) C'est très frappant Jean-Marc, cette chronologie des faits. On peut la retracer à la minute près.
(Bloch) Oui, c'est un vrai plus pour l'enquête. Le plus souvent, le légiste donne un créneau probable pour l'heure du décès. Et plus le corps est découvert tard, plus la fourchette est large. Ca peut aller jusqu'à plusieurs heures, voire jusqu'à plusieurs jours! (Poivre) Là on sait que Marine a essayé d'appeler son frère Pierrick à 16H32 avec le téléphone fixe de la maison.
27:22(Bloch) Et ce qui est très intéressant c'est que le n° du portable de Pierrick n'est pas en mémoire dans ce téléphone. Il faut qu'elle compose intégralement les dix chiffres, et on n'a pas le sentiment que c'est le geste de quelqu'un qui serait en danger.
(Poivre) Donc apparemment à 16H32 Marine est libre de ses mouvements, l'agression n'a pas encore eu lieu, et 4 minutes plus tard le portable de Marine appelle le garage ACL. Est-ce qu'il peut s'agir d'un appel de détresse?
29:06 AUTOPSIE(voix off) L'examen révèle douze coups de couteau. L'un des coups a été porté au niveau de la trachée, les autres à travers les vêtements sur la partie haute du thorax à la fois devant et dans le dos.
29:33 (Bernard Marc, médecin légiste) Donner une douzaine de coups de couteau, c'est en l'espace de très peu de temps. Il y a forcément, au moment où les coups commencent à être donnés, une victime qui, lorsqu'elle n'est pas incapacitée, aurait pris la fuite. Ce qu'on sait, c'est que là on est dans un espace clos très peu important donc les coups ont forcément été donnés dans un espace de temps très court.
30:09 (Olivier Etienne, Procureur de la République, Villefranche s/Saône) Le corps de la victime ne présentait pas de trace de violence apparente résultant d'une lutte.
31:59 (Me Portejoie) La personne suspecte serait un homme droitier mesurant entre 1,75 et 1,80m.
33:11 L'arme du crime: Il pourrait s'agir d'un couteau standard, type Opinel ou Laguiole.
(Bloch) Le problème c'est que personne dans la famille Boisseranc ne se souvient s'il manquait déjà un couteau avant les faits.
Recherche des téléphones
38:16-(EB) J'ai essayé de chercher moi aussi, j'ai fait tout le tour de la maison, j'ai cherché dans les moindres fourrés, j'ai élagué une partie du petit bois, enfin du petit taillis qu'est derrière.
40:25-(criminologue) Pourquoi il a pris soin de faire disparaître ces objets? On peut supposer deux raisons: soit il y a des informations qui sont des indications sur les auteurs, l'auteur, soit l'auteur a pas voulu que les téléphones restent dans la maison près de la victime pour éviter qu'elle appelle au secours. Elle était peut être pas encore décédée au moment où lui, il a quitté la maison.
Enquête de voisinage(Voix off) ... elle rentre chez elle lorsque soudain, un véhicule lui coupe la route.
44:10-(Mme Bory) Je roulais vite, j'ai freiné, donc je vois cette personne par le rétroviseur de la voiture. J'ai vu qu'il était tout rouge. La figure était rouge! Il était la bouche toute ... (mime la bouche écartée horizontalement) défigurée quoi! Lui il regardait même pas si quelqu'un venait d'en bas, si quelqu'un venait d'en-haut, hein! Il a coupé la route et il est parti.
44:39-(Voix off) ... son fils de neuf ans qui l'attend devant le portail lui affirme qu'il a vu cette même voiture entrer dans le chemin 1/4 d'heure plus tôt.
44:40-(Mme Bory) Quand ils ont dit que Marine était morte, j'ai dit "cest lui." Moi je dis C'EST LUI!
45:04-(Mme Bory) Un jeune homme, oui, un jeune homme, un jeune homme jeune, assez grand, cheveux chatain clair, visage allongé, donc c'était un bel garçon.
45:25-(Voix off) Arrivée à 16H30, départ à 16H45, le créneau colle parfaitement avec celui des appels téléphoniques.
51:10-(EB) Marine quand elle était petite elle courait partout, c'était la petite sportive, c'était le petit boute-en-train, on lui courait après tout le temps, jolie comme tout et... et... et... ma fille quoi. Avec Lois le dernier, elle était cul et chemise, comme on pourrait dire.
52:27-(EB) Marine n'avait pas de secret pour sa mère. C'est vrai qu'elle se confiait moins à moi, c'est normal. J'avais pas le même rôle. Mais y'avait pas de cachotteries avec Marine. Jamais.
53:23-(Criminologue) Dans sa vie on ne trouve rien de spécifique. Elle a pas fait du mal à quelqu'un, elle était pas dans les réseaux criminels, voire obscurs, il y avait pas de raison particulier (sic) claire pour la tuer. Donc quels sont les autres motifs pour... pour en vouloir autant à une personne?
53:50 Si c'est pas pour des objets matériels ni pour des agressions sexuelles il reste très peu de choses effectivement: des liens affectifs.
1:06:10-(EB) Mais certainement que j'ai été soupçonné! Bah ma femme a été soupçonnée au même titre que moi enfin! Même les garçons, la famille proche, ce qui est logique. Mon emploi du temps a permis de dire que j'étais pas là. On n'en a pas reparlé après, les gendarmes ne m'en ont jamais reparlé.
1:08:25-(Me Portejoie) Cette passion que l'examen découvre, tout cela m'incite à penser que ça émane de quelqu'un qui pouvait avoir pour Marine de vrais sentiments d'affection et de tendresse.
1:28:01-(EB) On y pense en permanence à chaque seconde. C'est la pire des choses qu'on puisse faire à une enfant, à une jeune fille qui n'a rien demandé, je peux vous assurer qu'elle a rien demandé. C'est pas quelque chose qu'on puisse faire sur une impulsion. ça s'est préparé, c'est pas possible, donc il y a quelqu'un qui doit savoir. Donc c'est le moment de parler. Quatre ans après c'est bon, ça va, j'ai assez souffert, ma famille a assez souffert.