Rapport d'Enquête sur l'Homicide de Patricia Bouchon
le 14 février 2011

par Brigitte Picart

Les citations et minutages se réfèrent au reportage de la série Non Élucidé sur YouTube. Le lien ouvre un nouvel onglet.

I- INTRODUCTION

Dans cette affaire l’esprit bute sur plusieurs faits qui défient la logique:
- Qu’est-ce qui a amené la victime à s’engager dans l’impasse obscure (« Il n’y a aucun éclairage sur le chemin » PDA à 17:53), alors qu’elle « ... courait toujours dans les endroits éclairés parce que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’était quelqu’un de monstrueusement peureux » (CB à 30:40), et alors qu’elle était plus proche de la maison aux volets bleu-clair où elle aurait pu se réfugier sans s’éloigner de la route éclairée, maison visible sur les deux liens suivants? Google maps 1 - Google maps 2
- Pourquoi la plus grosse tache de sang donne-t’elle l’impression que le sang a été versé d’un récipient?
- Pourquoi le véhicule qui a été entendu quittant l’impasse lentement, a-t’il roulé sur une plate-bande sur un ou deux mètres?
- Pourquoi l’occupant de la Clio a-t’il gêné la circulation du livreur, qui l’a évité de justesse?
- Comment le tueur savait-il que la victime, après une interruption de 15 jours, reprendrait le jogging ce matin-là, et qui plus est une heure plus tôt que d’habitude?

Nous pensons que la réponse à ces questions se trouve dans un déroulement des faits complètement différent du scénario suggéré par les indices, et que ces indices sont des faux mis en place par le coupable pour berner les enquêteurs afin de rester impuni.

Nous savons que statistiquement, sur dix homicides, neuf ont été commis par un proche. De plus le crime a eu lieu alors que le mari était à Bouloc, non pas pendant un des cinq jours de la semaine qu’il passait à Bourg-en-Bresse. Ceci le rend suspect.

Le mari de la victime, Christian Bouchon (ci-après « CB »), avait un double motif pour tuer son épouse:
- d’une part, il voulait vendre la maison de Bouloc et s’installer ailleurs alors que Patricia voulait y rester,
- d’autre part il avait déjà une liaison avec une autre femme au moment des faits, donc un mobile supplémentaire. Après le décès de son épouse il s’est rapidement mis en couple comme le montre la photo, et installé à Aurillac.

Dans une logique purement financière, se débarrasser de Patricia permettait à CB de vendre la maison et de refaire sa vie avec sa nouvelle compagne sans perdre de temps ni d’argent dans un divorce. Voilà qui répond à l’éternelle question « À qui profite le crime? »

Son alibi pour l’heure présumée de l’homicide est qu’il dormait. Certes on ne peut reprocher à personne de dormir à 4H du matin mais d’autre part, rien ne peut confirmer cet alibi et CB peut mentir. Cependant les enquêteurs, n’ayant trouvé de trace du crime ni au domicile conjugal ni dans l’auto de CB, et les pneus du véhicule ne correspondant pas aux traces laissées sur la plate-bande dans l’impasse, ont écarté CB comme suspect (NE à 31:50). Mais étant donné l’importance du mobile financier du mari, on doit considérer que l’absence d’indice ne signifie pas forcément que CB est innocent: il peut avoir très bien préparé son crime pour ne laisser aucun indice compromettant.

Il est aussi très important de noter que CB n’avait aucune attache à Bouloc. Il n’y venait que le weekend et n’y avait aucun ami. Aussi de ce point de vue, il était plus facile pour lui de commettre le crime que pour un habitant du village qui connait tout le monde et qui devra, après le crime, vivre dans l’ambiance traumatisée et soupçonneuse sans se trahir.

Christian Bouchon est aujourd’hui patron d’une grande surface consacrée au bricolage. Au cours de sa carrière il a travaillé dans plusieurs villes de France et les déménagements assez fréquents font partie de son choix de carrière. C’est un homme intelligent et il a le sens pratique. Il est tout-à-fait capable, dès lors qu’il a décidé de tuer sa femme, d’imaginer un scénario fictif et de semer de faux indices pour que l’enquête s’enlise et ne soit jamais résolue. En tant que chef d’entreprise, il est à l’aise dans les rapports avec ses subalternes, il sait se faire obéir en usant soit de son autorité soit de son charme, et il maîtrise l’art de la manipulation psychologique pour obtenir ce qu’il veut sans avoir à demander. En plus le portrait robot lui ressemble beaucoup. Pour toutes ces raisons il est notre suspect n°1.

Nous allons donc mettre notre théorie du crime à l’épreuve et étudier les indices et ensuite nous proposerons un scenario différent de celui retenu par les enquêteurs.

II - LES INDICES

La scène du crime
  1. Les taches de sang: il y en a deux, une petite et plus loin vers le bout de l’impasse, une grande correspondant à un litre de sang. Ce sang aurait été versé au cours de l’agression supposée et l’altercation entendue par les riverains. Le rapport d’autopsie nous apprend que la victime présente des fractures ouvertes: l’une entre les yeux et l’autre derrière l’oreille droite. On peut imaginer que la victime a reçu la fracture au nez et perdu un peu de sang, qu’elle a continué à fuir son attaquant qui l’a rattrappée et lui a infligé la fracture derrière l’oreille droite, et que cette dernière a saigné abondamment.

    Mais comme le montre le dessin à droite, ni l’une ni l’autre des fractures ouvertes n’a pu être la cause de la grosse tache de sang car le système sanguin ne présente pas de vaisseau suffisamment gros à l’emplacement des lésions pour qu’un litre de sang s’en écoule dans un bref laps de temps. Rappelons que l’un des deux Allemands a entendu l’auto repartir lentement. Certes on n’a pas de durée précise mais en toute logique l’auto est repartie avec le corps de la victime au maximum cinq minutes après que les éclats de voix aient été entendus. Or il est impossible qu’un litre de sang se soit écoulé de l’une ou l’autre plaie dans un temps si court.

    De plus le tueur a poursuivi la victime à pieds, ce qui veut dire qu’il l’a ensuite portée jusqu’à l’auto. Si c’était le cas en réalité, des gouttes de sang s’écoulant des blessures auraient été trouvées au sol or il n’en a été trouvé aucune.

    Qui plus est, aucune éclaboussure de sang faite au moment des coups responsables des deux fractures, n’a été observée par terre.

    Et enfin, aucune goutte à proximité de la grosse tache n’a été trouvée, alors que selon le scénario fictif, la victime est décédée à cet endroit. Mais elle n’a pas pu tomber d’un seul coup comme foudroyée, elle a dû s’affaisser progressivement donc il devrait y avoir des gouttes de sang à proximité de la grosse tache, qui témoignent de ses derniers moments avant qu’elle ne cesse de lutter et s’immobilise à terre.

    Etant donné que les deux taches ne correspondent pas au scénario d’une poursuite et d’une attaque dans l’impasse, nous en concluons que le sang qui a formé ces taches a été versé d’un récipient à une dizaine de centimètres au-dessus du sol. Nous sommes donc en présence d’un faux indice, et si le sang est un faux indice on peut aisément penser que les autres indices sont faux eux aussi.

  2. « ...une boucle d’oreille et son fermoir »(NE à 18:28): Le reportage montre une photo de la victime portant des boucles d’oreilles en forme de petites boules ou perles, plusieurs alignées sur chaque oreille. La perle est montée sur une tige qui traverse le lobe de l’oreille, et une pièce de blocage séparée, ledit fermoir, insérée par l’arrière, empêche la boucle d’oreille de tomber. D’après le journaliste, on dirait que les deux objets étaient ensemble au sol. Il serait intéressant de savoir quelle distance exacte séparait la boucle d’oreille de son fermoir car si les deux pièces étaient ensemble par terre ce serait un indice de faux car lors d’une attaque il est hautement improbable que les deux pièces tombent au sol l’une près de l’autre.
    On notera également qu’une seule des quatre ou cinq boucles est tombée de l’oreille de la victime, et on peut se demander par quel mouvement de lutte présumée ce phénomène a pu se produire, et si le cadavre portait une lésion à l’oreille concernée témoignant d’un coup qui aurait fait tomber le bijou, ou si le fermoir tenait moins solidement que les autres.
  3. La trace de pneu: La présence de cette longue empreinte sur la plate-bande n’a pas d’explication logique dans le scénario d’une attaque dans l’impasse et un départ précipité. En effet au moment où cette empreinte a été faite, le couple d’Allemands a vu l’auto « quitter doucement l’impasse » (NE à 17:33") . Cela veut dire que le conducteur a roulé sur la plate-bande délibérément pour y laisser cette empreinte bien visible. Il ne s’agit pas du tout d’une empreinte laissée par mégarde dans le feu de l’action. L’auteur du crime voulait que les enquêteurs tirent de cet indice des conclusions erronnées: que l’homicide a eu lieu dans l’impasse et que l’auteur du crime, propriétaire d’une Clio, a emporté à bord le corps sans vie de Patricia Bouchon. Tout ceci est faux.
  4. L’altercation: Il s’agit des bribes de ce qui ressemble à une dispute de couple, entendues par les Allemands qui habitent la dernière maison de l’impasse: des éclats de voix, des pleurs, et une voix d’homme qui dit « Excuse-moi, excuse-moi! » Si la femme est Patricia Bouchon, qui est cet homme qui lui dit « Excuse-moi »? Etant donné le caractère et la pathologie de la victime, il est très improbable quelle ait eu un amant.
  5. La joggeuse: Rien ne prouve que la joggeuse était bien Patricia Bouchon. Le témoin qui passait tous les jours à la même heure ne l’avait jamais vue car d’habitude elle courait une heure plus tard. Il ne peut affirmer qu’il l’a reconnue mais les enquêteurs ont pensé à tort que cette joggeuse vue à proximité de l’impasse ne pouvait être que Patricia Bouchon.
  6. La Clio: Si l’homme arrêté au volant de cette voiture à la sortie d’un tournant avait voulu être remarqué à coup sûr, il n’aurait pas pu choisir un meilleur endroit. Cela veut dire qu’il voulait faire croire que l’auteur du crime possédait une Clio, et l’empreinte de pneu trouvée dans l’impasse corrobore cette fausse impression. Nous avons vu quels efforts la gendarmerie a déployés pour retrouver ce véhicule, en vain. La ruse a bien marché!
  7. La victime à moitié deshabillée : Après la découverte du cadavre les enquêteurs, voyant que les vêtements du haut étaient relevés et ceux du bas étaient baissés, ont conclu hâtivement que l’agresseur avait un mobile sexuel.
En résumé, tous les indices trouvés dans l’impasse, de même que la joggeuse courant sur la route et l’automobiliste arrêté dans un tournant au volant d’une Clio et l’état semi-deshabillé de la victime sont de faux indices destinés à tromper les enquêteurs, et cette tromperie a jusqu’à présent été couronnée de succès puisque l’enquête piétine.

Le rapport d’autopsie: (NE à 52:00) Il nous apprend que la victime, outre les fractures ouvertes entre les yeux et derrière l’oreille droite dont nous avons parlé plus haut, présentait aussi des plaies contuses au visage, des lésions aux muscles du cou, au cartilage du larynx, et une fracture des vertèbres cervicales C4 et C5. Pour expliquer la cause du décès, le Dr Marc (NE à 54:12) fait la démonstration de la technique employée appelée en Anglais « rear naked chokehold ou « RNC » (croquis à droite), une technique que l’on trouve dans les arts martiaux et le combat de style commando...« ou dans certaines professions qui sont autour de la sécurité » (NE à 54:30). Cette prise permet de faire perdre connaissance à la victime en arrêtant le flux artériel et veineux. Poussée à l’extrême elle cause à la fois la strangulation et la rupture des vertèbres et de la moelle épinière, lésions constatées sur la victime.

Cependant rien ne prouve que toutes les lésions ont été infligées dans un seul temps ni dans un seul lieu. C’est pourquoi il faut distinguer les lésions internes des lésions externes, les unes étant sèches, les autres sanglantes. Nous pensons que les lésions internes létales causées par la prise dite « RNC » ont été infligées à la victime alors qu’elle dormait dans le lit conjugal à son domicile. Il s’agit des lésions aux muscles du cou, au cartilage du larynx et la rupture fatale de la moelle épinière et des vetèbres cervicales. Comme elles sont sèches, ces lésions n’ont pas laissé de trace sur le lieu du crime.

Sous réserve de confirmation par un médecin légiste, les plaies contuses au visage n’ont pu être causées que post mortem car si la victime avait été vivante il se serait produit immédiatement des œdèmes.

Les autres lésions externes, les fractures au nez et derrière l’oreille, ont aussi été administrées post mortem en extérieur, juste avant le dépôt du corps dans la buse près de Villematier. Ainsi aucune projection de sang ne risquait de salir le domicile et incriminer CB. De même pour ne porter aucune trace du crime sur le corps, CB a frappé le visage de sa femme au moyen d’un objet contondant et non pas avec les mains ou poings comme le dit le reportage.

Quand au gant de latex trouvé dans la gorge de la victime, il présente une énigme et appelle deux observations:
— il nous semble très important de savoir quelle matière ou quel mécanisme l’attachait à la mèche de cheveux. Ce qui reliait les deux pourrait fournir un indice matériel sur l’identité de l’auteur du crime. Au cours de la lutte que nous imaginons dans le scénario de l’impasse, nous n’avons pu visualiser quels mouvements des deux adversaires auraient pu aboutir à ce qu’une mèche des cheveux de la victime s’attache au gant. c’est pourquoi la seule explication plausible que nous avons trouvée est que le gant et la mèche de cheveux étaient en contact dans la poche de l’auteur du crime et se sont collés solidement l’un à l’autre par l’action d’un agent indéterminé et imprévu.
— En outre l’acte de glisser un gant dans la gorge de la victime ne pouvait pas s’accomplir facilement, surtout dans l’obscurité, car pour qu’elle ouvre suffisamment la bouche il eût fallu lui pincer le nez, auquel cas, retenue par un seul bras de son agresseur, elle aurait pu s’échapper.
Ces deux observations nous amènent à conclure que le gant a été glissé dans la gorge de la victime post mortem.

Enfin, nous trouvons étrange que le corps de la victime ne présente aucun signe de lutte sur les membres car les indices trouvés dans l’impasse évoquent une lutte de plusieurs minutes entre un homme et un femme de 45kg pour 1,60m. Avec cette stature elle aurait été facilement jetée à terre, traînée, malmenée, mais pas la moindre égratignure n’en témoigne.

Une prise de sang correspondant aux taches de sang trouvées dans l’impasse, a été faite sur la victime après l’embarquement du cadavre dans la Clio. Il serait intéressant de savoir si la compagne de CB a une formation d’infirmière car alors cette opération lui serait très habituelle et elle aurait pu être déterminante dans l’élaboration du scénario fictif de l’agression dans l’impasse.

On comprend alors pourquoi l’auteur du crime a caché le cadavre: tant qu’il restait introuvable, on attribuait la cause du décès quasi-certain à l’importante hémorrhagie constatée, ce qui validait le scénario de l’attaque dans l’impasse par le conducteur de la Clio. Mais après la découverte du corps et l’autopsie, plusieurs faits troublants jettent le doute sur le scénario d’origine:

  1. la révélation que le décès a été causé par la rupture du rachis, non par l’hémorrhagie;
  2. l’incohérence entre la quantité de sang répandu et l’emplacement peu vascularisé des blessures ouvertes;
  3. et la présence de plaies contuses sur le visage mais pas d’œdèmes, indiquant que les coups au visage ont été portés post mortem.
Pour ces raisons le scénario d’origine devient très incertain et l’évidence de tricherie avec le sang, les blessures et la véritable cause du décès devrait orienter les soupçons vers le mari car ces efforts considérables de tromperie révèlent que l’auteur du crime avait conscience de sa culpabilité. Et qui dit faux indice dit assassinat.

On ne peut s’empêcher de saluer le coup du sort qui a fait qu’un chasseur était à la recherche de son chien quelques semaines après la disparition de la victime car sinon, il aurait pu se passer beaucoup de temps, des années même, avant que des restes très dégradés ne soient découverts. Grâce au chasseur et à la température encore fraîche en cette saison, le corps était encore en état de « parler ». Encore faut-il essayer de comprendre ce qu’il dit. Car les enquêteurs, voyant le corps semi-dénudé de la victime, en ont conclu que le mobile du crime était sexuel et se sont fixés sur cette hypothèse, malgré l’absence d’autres indices de nature sexuelle.

III - UN SCÉNARIO PLAUSIBLE

Vendredi 11 février 2011: Comme d’habitude CB prend l’avion à Bourg-en-Bresse, où il travaille en semaine, et rentre à Toulouse en fin d’après-midi. A Toulouse il prend sa voiture au parking de l’aéroport et rentre à Bouloc.

Dimanche 13 Nicole C., la compagne de CB, fait le voyage Bourg-Toulouse au volant de sa Clio. Dans ses bagages elle a une tenue de jogging identique à celle de Patricia Bouchon et des vêtements de rechange pour CB, y compris des chaussures.

Dans la nuit du dimanche au lundi 14, CB tue sa femme dans le lit conjugal pendant qu’elle dort en lui faisant une prise RNC telle que décrite ci-dessus. C’est un des vigiles de son magasin qui lui a appris à la faire correctement.

Puis il habille la morte de ses vêtements de jogging sans monter le pantalon jusqu’à la taille et sans baisser le pull ni le soutien-gorge sur la poitrine. Il lui enfile une seule de ses chaussures. Cet habillage fait à moitié lui fait gagner du temps car il tremble et ce n’est pas facile d’habiller un corps inerte, surtout quand c’est celui de sa femme qu’on vient de tuer. Il collecte les divers objets qu’on trouvera dans l’impasse: mèches de cheveux, perce-nez, boucle d’oreille etc. et les met dans sa poche.

Sa compagne et complice l’attend en voiture devant la maison et il y dépose le corps de sa femme; puis ils se rendent au lieu de dépôt du corps près de Villematier. Elle fait une prise de sang au cadavre et le recueille dans un bocal. Pour faire des plaies ouvertes il frappe sa femme au visage mais ne parvient pas à faire couler le sang, alors il frappe là où il y a des os, entre les yeux et derrière l’oreille droite. Ces plaies « expliqueront » le sang trouvé dans l’impasse et feront croire, avec les autres objets, que la mort de la victime est survenue à l’issue d’une attaque et tentative de viol chaudement résistées. CB glisse le gant dans la gorge de la victime. Une mèche de cheveux s’est attachée au gant dans sa poche et elle se coince dans les dents du cadavre mais il n’arrive pas à retirer la mèche sans faire sortir le gant alors il abandonne, puis avec l’aide de sa complice il dépose le corps dans la buse. Il semble difficile pour une seule personne de cacher aussi bien le corps. En effet il a fallu qu’un chasseur descende dans le fossé et se penche pour regarder dans la buse pour que le corps soit enfin trouvé car de la route parallèle au fossé, il était invisible. Ce fait nous a alerté sur la probabilité d’un crime commis à deux.

De retour à la voiture CB se met à nu, se sèche et revêt les vêtements de rechange que lui a apportés sa complice. Les vêtements souillés et mouillés repartiront avec la complice.

CB a choisi l’impasse comme lieu fictif du crime parce que qu’elle est près de chez lui, les objets appartenant à Patricia resteront intacts à l’abri de la circulation jusqu’à ce qu’on les trouve, et pour pouvoir laisser une empreinte de pneu dans la plate-bande nue. Ils s’y rendent.

Il verse un peu de sang et dépose des indices à proximité, donnant corps au scénario de la victime échappant à son agresseur après avoir perdu du sang la première fois. Une cinquantaine de mètres plus loin, devant la troisième maison où vivent les Allemands, il (ou elle) verse le reste du sang en une seule fois et parsème quelques autres objets autour, là aussi pour créer l’illusion que la victime, affaiblie par la perte de sang, a succombé à ses blessures à cet endroit.

En simulant une altercation avec sa complice, il attire l’attention des riverains qui se souviendront des éclats de voix en apprenant la disparition de la victime et seront des témoins auditifs.

Pour parfaire la tromperie, CB veut un témoin oculaires de la Clio. Grâce à un repérage préalable, il sait que le livreur passe à proximité de l’impasse entre 4H40 et 4H50, et personne d’autre. C’est pourquoi il a choisi ce moment pour « faire son numéro » avec sa complice: à l’approche du livreur la complice, déguisée en joggeuse, se met à courir sur la route tandis que CB place la Clio de façon à ce que le livreur ne puisse pas manquer de le voir.

Ensuite la complice repart à Bourg-en-Bresse en Clio avec les vêtements du crime et CB, vêtu de propre, rentre à pied chez lui en coupant à travers champ. Il n’y a aucune trace du crime ni sur lui, ni dans sa maison ni dans sa voiture.

IV - LES FAILLES DANS LE SCÉNARIO

  1. On ne comprend pas la logique pour l’auteur du crime, d’emporter le cadavre car ce cadavre saigne et va laisser des traces incriminantes à l’intérieur du véhicule. Ce qu’il peut gagner en cachant le corps, il le perd en ayant l’ADN de la victime dans sa voiture. La seule solution serait de faire disparaître l’auto mais même cette disparition serait suspecte. La preuve en est qu’un habitant de Bouloc, ancien propriétaire d’une Clio, est devenu suspect n°1 quand il n’a pas su dire ce qu’était devenue son auto. Notons au passage que des êtres psychologiquement fragiles peuvent craquer sous la pression dans une ambiance délétère de soupçon et ceci pourrait expliquer le comportement de Mr Dejean après le crime. Le sort de sa Clio reste cependant un mystère.
  2. L’heure à laquelle la joggeuse a été vue: Il fallait qu’elle soit vue, ainsi que l’homme dans la Clio, pour accréditer le scénario de l’impasse et l’heure du crime, mais à l’heure habituelle du passage de Patricia, il n’y avait pas de circulation. C’est pourquoi CB a inventé une explication, ou plutôt, DEUX explications, contradictoires, pour que Patricia fasse son jogging une heure plus tôt que d’habitude le jour de l’attaque:

En effet le 31 octobre 2011, huit mois et demie après le drame, au cours d’une émission de Radio Sud le journaliste Dominique Rizet, spécialiste respecté des affaires criminelles, explique que ce jour-là Patricia Bouchon était sortie faire son jogging une heure plus tôt que d’habitude. Il n’a sans doute pas inventé cette info. C’est ce reportage radio qui a motivé un auditeur d’ouvrir un fil de discussion sur le forum Non Élucidé de France 2. Hélàs, l’émission n’est plus accessible (si elle l'a jamais été!) mais nous avons la chance que l’auditeur ait mentionné l’heure de sortie inhabituelle de la victime sinon cet indice précieux serait à jamais perdu.


Et un an après les faits dans le Figaro CB a fourni une explication différente sur l’heure très matinale du jogging de sa femme: cette fois-ci il dit qu’elle sortait toujours faire son jogging à 4H30. La première explication était peu crédible: en général les secrétaires ne sont pas convoquées aux réunions. Et quand bien même elle l’eût été, pourquoi la réunion aurait-elle eu lieu avant l’heure habituelle d’ouverture du cabinet? C’est pourquoi CB a donné une autre explication mais la deuxième n’est guère convaincante non plus car les cabinets d’avocats n’ouvrent pas à 8 heures, et même les accros au jogging ne sortent pas à 4H30 du matin. Heureusement on peut vérifier les horaires auprès du garagiste qui voyait Patricia passer habituellement, auprès du livreur pour savoir s’il avait déjà vu Patricia courir dans cette tranche horaire, et auprès du cabinet d’avocats où elle travaillait.

Nous comprenons mieux maintenant pourquoi l’émission de radio a été retirée du site: CB ne pouvait pas laisser co-exister deux informations contradictoires sur un point clé du crime, et il a dû intervenir auprès de la station de radio pour empêcher que l’émission soit disponible sur le site. Ce nettoyage de l’information n’a rien d’exceptionnel mais il est plus courant en politique surtout avec les affaires « sensibles » où la vérité est parfois révélée avec candeur quand l’affaire éclate. Puis vient la version officielle et la reprise par les autres médias de la version officielle. C’est pourquoi le reportage de la série Non Élucidé, réalisé en 2013, nous montre au début un réveil qui sonne à 4H30, tandis que la voix de PDA nous dit que c’était l’heure habituelle du jogging de Patricia.

Paris, le 16 février 1er juin 2015

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