Rapport d'Enquête sur l'Homicide de Karine Leroy
par Brigitte Picart

Dernière révision le 12 octobre 2014

Voir ici la Synthèse, existe aussi en PDF: Synthèse.pdf

Dans le courant du mois de février 2013 j'ai vu une première fois le reportage de France 5 sur Daily Motion puis j'ai voulu le regarder à nouveau. La soeur jumelle de la victime défunte m'a beaucoup touchée quand, tout à la fin, elle a dit qu'elle était à bout. Elle a dit que la vérité était sans doute à portée de main mais qu'on ne la voyait pas, et j'ai pris cela comme un défi. La frustration du chef de l'enquête, le Capitaine Jeannesson, m'a aussi motivée pour trouver la solution de l'énigme. Ce qui suit est un journal de mes réflexions et démarches.

Le reportage de France 5 laisse dans l'ombre de nombreux éléments de contexte qui aideraient à mieux appréhender la situation, mais après tout il ne s'agit que d'un épisode d'une grande série consacrée aux crimes non résolus et l'objet est davantage de distraire le public que de l'informer en profondeur. Mais je ne peux m'empêcher de me demander...

J'ai essayé de voir sur un plan où se situait la Tour Cheverny où habitaient Karine, Nathalie et leur père (leur mère ayant divorcé et s'étant remariée habite une tour voisine) mais de nombreuses tours ont été démolies depuis et aucun plan n'indique les noms des tours. J'aurais aimé voir quel trajet les élèves suivaient pour se rendre à l'école, en particulier où était ce parking de la tour Anjou qui offrait un raccourci mais que la mère trouvait sinistre et dangereux. En tout cas voici une vue aérienne du quartier de Beauval avant les démolitions, bien reconnaissable avec ses tours en forme d'étoile à trois branches. Dans l'axe est-ouest de la photo on voit l'avenue avec un terre-plein central. Karine devait habiter à droite (sud) car Nathalie dit que la dernière fois qu'elle l'a vue elle était sur le terre-plein, donc elle traversait pour ensuite se diriger vers l'ouest, le bas de la photo.

D'après ce que j'ai compris d'un clip de vidéo de famille, le divorce a dû avoir lieu aux alentours de 1984 car l'enfant que la mère a eu avec son deuxième mari (un Congolais) semble avoir tout juste un an quand les jumelles ont l'air d'avoir onze-douze ans. Quel que soit l'âge des enfants, quand il y a un divorce c'est toujours très traumatisant pour eux mais que la mère délaisse ses filles juste au moment où elles atteignent la puberté c'est très dur. Enfin, "délaisse" est un mot un peu fort puisque la mère vivait juste à côté mais symboliquement et émotionnellement il y a quand même un abandon, d'autant plus que la mère a eu deux enfants avec son deuxième mari, ce qui a dû accentuer chez les jumelles le sentiment d'abandon.

Samedi 9: En fin de semaine je suis arrivée à la conclusion que c'est la mère qui a fait le coup avec l'aide de l'ancien petit ami de la jeune fille. Je pense que ce petit ami, un autre Congolais, avait été recruté par la mère pour qu'il séduise puis étrangle Karine au cours d'ébats sexuels. Rien de plus facile pour la mère que de dire au jeune homme ce qui était sûr de plaire à sa fille puis d'arranger une rencontre au cours d'un dîner chez elle (extrait vidéo). Mais le coup a foiré quand Karine n'a pas aimé la façon de faire du Congolais: en effet, d'après Nathalie Esperet,(1ère Partie @16'43") "... des pratiques sexuelles un peu bizarres. Enfin, imaginez si le garçon, pour avoir une érection, il faut qu'il voie la fille de dos, c'est qu'il y a un problème.... Cette phrase contient la preuve de la culpabilité du jeune homme car si, du vivant de Karine, on a pu croire à une bizarrerie sexuelle qui a motivé la rupture de la relation, on aurait dû après sa mort faire le rapprochement entre la méthode de mise à mort et le fait que, sous prétexte de faire l'amour, le jeune homme se plaçait derrière Karine et qu'il n'avait pas d'érection. S'il avait essayé, à ce moment-là, de l'étrangler en prétextant de faire l'amour, il n'aurait pas agi autrement et si de surcroît l'autopsie a indiqué que le serrage du lien ayant causé la strangulation s'est fait à l'arrière, c'est un indice supplémentaire incriminant le jeune homme.

Son impuissance sexuelle est en soi une preuve de son intention criminelle car à moins d'une lésion physiologique, il ne devrait pas y avoir de problème quand un jeune couple d'amoureux se trouve seul à seule. De plus la position où l'homme se met derrière la femme est très inhabituelle pour des débutants.

Voilà pourquoi sa conduite a été étrange en garde à vue car pour échapper aux accusations d'homicide il a dû accepter d'être classé sexuellement impuissant et "bizarre", ce qui doit être très humiliant pour un jeune homme et peut-être encore plus pour un Africain, et il n'est pas difficile d'imaginer comment les flics l'ont cuisiné avec ça dans l'espoir d'en tirer un aveu. Et il devait être mort de peur que les enquêteurs comprennent qu'il cherchait vraiment non pas à fair l'amour mais à étrangler la jeune fille.

Dimanche 10: vers 21H j'ai appelé les 7 Nathalie Leroy qui vivent dans l'Oise sauf celles qui vivent à Beauvais car un article dit que la jumelle de la morte vit "dans un petit village". Aucune des Nathalies n'était celle que je cherchais.

Lundi 11: je me suis réveillée peu avant 9h et avant même de me faire un thé je me suis dirigée vers le téléphone et ai composé le numéro de la gendarmerie de Meaux. J'ai demandé à parler au Capitaine Jeannesson. On m'a dit qu'il est commandant (il est monté en grade depuis le reportage de 2010) et qu'il est maintenant à Melun. On m'a donné le n° de la gendarmerie de Melun et je l'ai appelé. J'ai demandé à lui parler et ai dit que c'était au sujet de l'affaire Karine Leroy. Il a pris mon appel immédiatement.

Je lui ai dit à peu près ce qui suit: "J'ai été amenée pour des raisons personnelles à élucider quelques énigmes. J'ai appris l'existence de l'affaire Karine Leroy tout récemment car je n'ai pas la télé et depuis le début du mois j'ai regardé 4 ou 5 fois le reportage sur Daily Motion. Et il me semble avoir décelé des indices de préméditation parce que le jour où la j/f a disparu il y avait trois circonstances extraordinaires:

  • la rencontre sportive à son école pour laquelle elle était fortement motivée;
  • le fait que sa soeur soit déjà en vacances;
  • le retard de son amie Farida, et là je ne serais pas surprise si c'était la mère de Karine, parce que je pense que c'est elle qui a fait le coup, si c'était elle qui avait délibérément causé le retard parce que vous comprenez, pour que le coup marche il fallait que Karine soit seule.

Et si c'est la mère qui a fait le coup alors ce doit être pour un motif crapuleux, je veux dire, pour de l'argent, donc elle avait dû prendre une assurance vie sur la tête de sa fille. Et à mon avis elle a eu ce projet même avant de tomber enceinte, et le fait d'avoir des jumelles ne l'a pas dissuadée."
- "Oui mais on peut faire toutes les théories qu'on veut, ce qu'il faut c'est des preuves."
- "Mais s'il y avait une assurance vie, il devait y avoir des papiers. Normalement la personne sur qui repose l'assurance ("l'Assuré") doit donner son accord, mais il y a des assureurs véreux qui ne font pas cette formalité. Et puis il existe un registre national des assurances vie. Alors après la mort de sa fille la mère a dû toucher le gros paquet... et d'ailleurs je pense que le divorce faisait partie du plan, parce que si la mère avait vécu sous le même toit que ses filles et leur père, peut-être que quelqu'un aurait vu les lettres, les papiers d'assurance, alors qu'une fois divorcée elle était sûre que ses papiers étaient à l'abri des regards.

Quelque part elle dit "D'habitude je lui faisais coucou par la fenêtre mais ce matin-là je ne l'ai pas fait et je ne l'ai jamais revue." C'est faux! C'est un mensonge! C'est elle qui était dans la voiture dans laquelle Karine est montée. Elle a dû lui dire quelquechose du genre "J'allais justement faire des courses en ville, eh bien monte, on te déposera!" et Karine est montée.

Dans le reportage, l'amie Nathalie Esperet dit que quand son soutien-gorge la gênait, Karine le mettait dans la poche de son blouson. Or le jour de sa disparition elle portait son blouson mais son soutien-gorge a été retrouvé dans la poche arrière de son jeans. C'est bien la preuve que la piste sexuelle est une fausse piste. En plus, le corps a été retrouvé juste au bout du chemin, à la périphérie du bois..."
- "Comment le savez-vous?"
- "C'est dans le reportage. Il me semble que si Karine était venue au petit bois avec un amoureux pour flirter, ils seraient rentrés davantage dans le bois. Enfin, c'est mon opinion personnelle, tout ce que je vous dis c'est mon opinion personnelle. Ils ne seraient pas restés au bord du bois juste au bout du chemin. L'endroit où le corps a été retrouvé laisse davantage penser que c'estle corps sans vie de Karine qui a été déposé là.

Quand à la plainte que la mère a déposée contre le jeune homme, c'était une ruse. Une de mes soeurs a attaqué ma mère en justice pour me faire croire qu'elles étaient ennemies mais en fait elles étaient complices. La mère a porté plainte contre le jeune homme après que vous ayez déjà épuisé... (référence aux 2 gardes-à-vue) donc ils ne risquaient pas que vous recommenciez à questionner le jeune homme.

"- Mais qui êtes-vous, Madame?"

"- Eh bien, j'allais justement vous proposer de vous envoyer mon CV. Voulez-vous me donner votre n° de fax?" (il me le donne)
- Merci. Je vais vous l'envoyer dans la journée. Je vais quand même vous dire mon nom. Je m'appelle Brigitte Picart, et je suis à Paris. Mon n° de téléphone est le ------.

Sur ce la conversation a pris fin. J'avais déjà essayé la veille d'envoyer des fax de test avec mon imprimante multifonction mais n'y étais pas parvenue. Il ne suffisait pas simplement de brancher la prise de téléphone dans l'imprimante-fax, il fallait aussi paramétrer et c'était trop compliqué pour moi. Alors je me suis inscrite à efax, mon fax n'est pas passé et j'ai dû encore perdre deux heures. Finalement vers 16H j'ai rappelé la gendarmerie de Melun et ai expliqué mon problème à la secrétaire du cdant J. Elle m'a dit "Eh bien envoyez-le lui par email!" et elle m'a donné l'adresse du monsieur.

Je lui ai donc écrit un petit mot d'accompagnement, expliquant que je n'étais pas parvenue à lui envoyer mon CV par fax et que je restais à sa disposition, lui demandant de m'envoyer un email aussi s'il désirait me contacter.

Mardi 12:Le Cdt J m'a envoyé un email à 08:57H disant qu'il n'arrivait pas à ouvrir mon CV puis un autre quelques minutes plus tard disant "c'est bon, j'y suis arrivé". Décidément, problèmes de communication.

Jeudi 28:

Un scénario possible

J'ai continué à penser à cette affaire Karine Leroy. En admettant qu'elle soit montée en voiture comme beaucoup, y compris Nathalie Esperet l'amie de Karine, Nathalie sa soeur jumelle et le Commandant Jeannesson lui-même en sont convaincus, je pense non seulement que c'était à l'invitation de sa mère qui se trouvait dans le véhicule, mais encore je pense que Karine a été étranglée dès qu'elle est montée, c'est-à-dire que l'assassinat a eu lieu en pleine ville sur le chemin de l'école. Et pour que cela soit possible sans que personne ne s'en rende compte, il fallait soit que le véhicule ait des vitres fumées, soit qu'il n'ait pas de vitres du tout à l'arrière, donc que ce soit un véhicule utilitaire, disons un van avec une banquette arrière escamotable,loué pour la circonstance. Ce scenario est en accord avec le fait avéré que Karine n'a fumé qu'une seule cigarette du paquet qu'elle a acheté juste avant de disparaître et qu'on a trouvé sur elle, et avec le fait que ni ses lunettes ni son cartable n'était avec son cadavre.

Donc le van ralentit au niveau de Karine, sa mère l'appelle par la fenêtre, lui propose de l'accompagner au lycée. C'est le beau-père de Karine qui conduit. Karine pressée d'arriver au lycée où vont se dérouler des matchs sportifs auxquels elle entend participer, et mise en retard par sa copine Farida qui n'est pas arrivée au rendez-vous habituel, saute sur l'occasion de ratrapper son retard. Elle monte à l'arrière du van et s'asseoit sur la banquette.

Aussitôt, son ex qui était caché derrière la banquette arrière se redresse et l'étrangle (peut-être après l'avoir mise k.o. avec du chloroforme). Et une fois le crime commis les deux hommes auront, au fin fond d'un parking souterrain proche où la voiture du jeune homme attendait, transféré le cadavre de Karine du van loué à la voiture, puis le mari de Mme Cagnet sera allé à son travail tandis que le jeune homme aura seul transporté le corps de Karine jusqu'au petit bois de Montceaux-les-Meaux, déposé ce corps dans le bois mais juste au bout du chemin et à l'orée du bois car un cadavre pèse très lourd, et le lendemain matin l'un des deux hommes aura rendu le véhicule de location comme si de rien n'était.

* * *

3 avril 2013

La Plainte de Mme Cagnet Reconsidérée


Réflexion faite je pense que la plainte que Mme Cagnet a déposée contre le jeune homme n'a pas le sens que je lui avais donné. C'était plutôt pour tromper la police sur le mode opératoire du jeune homme et ainsi écarter de lui les soupçons, car dans la vidéo Mme Cagnet dit "Il m'a attrappée comme ça"... et elle mime une attaque frontale et manuelle alors que lors de ses ébats prétendument amoureux avec la victime il insistait pour se placer toujours derrière elle et la strangulation de Karine a été faite avec un lien et par derrière, du moins c'est ce que j'ai cru comprendre. Donc Mme Cagnet et le jeune homme avaient peur que la police fasse le rapprochement entre la position sexuelle de l'ex et la strangulation, et comprenne que dans son studio il se mettait derrière Karine non pas pour lui faire l'amour mais pour l'étrangler.

Mais alors on rencontre un problème avec ce que la mère a dit au début car forcément le reportage a été fait APRÈS que cette dame ait porté plainte contre le j/h et qu'il ait été condamné. Alors pourquoi malgré cette condamnation dit-elle au début du reportage: "Moi la maman, je dis non... je le connais depuis qu'il est arrivé en France, il est pour moi comme un fils" etc... autrement dit elle se porte garante de ses bonnes moeurs même après qu'il ait essayé de l'étrangler!

Quelques observations sur le comportement et la psychologie de la mère, Annick Cagnet

  • Dès le début de l'enquête elle s'est elle-même placée au-dessus de tout soupçon de façon que quiconque oserait douter de son innocence ferait figure de bourreau.
  • Ses paroles sont parsemées de références religieuses: elle parle mine de rien de faire-part pour le baptème d'un de ses enfants (début 3ème partie, au sujet de Gouardo), et à deux ou trois reprises elle se place d'emblée au paradis après sa mort, enlevant au bon Dieu lui-même la prérogative de la juger puisqu'elle dit "C'est seulement quand je serai la-haut que j'arrêterai de les embêter!" (1ère Partie); de plus dans le passage (3-5" environ) où son amie Rezika raconte l'attaque de l'ex de Karine sur la mère, elle "cite" le jeune homme "je vais t'envoyer là-haut"... Ainsi elle empêche les enquêteurs de la soupçonner et même s'il est dit que tous les membres de la famille ont été soupçonnés, il semble que la mère soit parvenue à jouir d'un statut spécial qui l'a fait échapper aux soupçons. En fait à plusieurs reprises on entend soit le Capt. J. soit l'amie Nathalie dire que la mère a "orienté" les gendarmes vers tel ou tel individu, ou vers une voyante, et le commentaire semble avoir été écrit sous la dictée de la mère car c'est toujours la version de cette dernière qui est exprimée et jamais mise en doute.
  • Quand une femme divorce et se remarie, elle a trois noms de famille à sa disposition avec lesquels elle peut jouer à sa guise. Dans le reportage on l'appelle du nom de "Cagnet" qui n'est certainement pas le nom de son mari congolais. Cagnet doit être son nom de jeune fille.
  • Les commentaires en voix off semblent avoir été écrits en grande partie sur les déclarations de la mère et sont affirmés comme des faits vérifiés, ce qui n'est pas le cas ainsi dans la 1ère partie: 08'27" (voix off) "Mme Cagnet appelle le lycée et apprend que sa fille ne s'y est pas rendue de la journée." Si elle a commis le crime, elle a dû appeler le lycée après 18H quand Nathalie lui a téléphoné pour demander si elle avait vu Karine. Un des avantages de commettre le crime ce jour-là était précisément que l'absence de Karine du lycée passerait inaperçue toute la journée, donnant aux coupables le temps de tout remettre en ordre après le crime. Donc Mme Cagnet a feint la surprise, mais ce n'est pas le personnel du lycée qui lui a appris que Karine n'y était pas venue ce jour-là.
  • De même dans la 2ème partie à 01'06" (voix off)"A l'annonce de la mort de sa fille, Annick Cagnet s'était évanouie, un malaise dont les séquelles la font encore souffrir aujourd'hui." Elle s'était "évanouie" (rien de plus facile à feindre qu'un évanouissement) et elle souffre encore, 15 ans plus tard, des séquelles de son évanouissement? Quelles séquelles? Un bleu? Comme si c'était ce qu'il y a de plus grave dans toute l'affaire. Elle dit ça pour se donner des airs de victime.
  • Mme Cagnet ne rate pas une occasion de tromper l'auditeur: Ici (2ème partie) elle dit que, n'ayant pas été autorisée à voir le cadavre de sa fille, elle s'imagine qu'elle est encore en vie: 01'24" (Mère) "Pour moi-même, dans ma tête, il fallait que je la voie [pour croire à sa mort]... pour moi, quelquefois je me dis elle est peut-être partie en vacances puis elle reviendra un jour. Voyez, c'est ça que... mais ils ont pas voulu." Ah je vois, elle a joué la fleur fragile ainsi les enquêteurs ont dû marcher sur des oeufs autour d'elle.

Et pourtant malgré toute cette tromperie la vérité se glisse dans les instants qui échappent au contrôle de Mme Cagnet. La fin du reportage en particulier est très riche en information: Dans la minute avant la fin, Mme Cagnet dit "Oh là là, vivement que ça finisse ce truc! J'en ai marre!" De quoi parle-t'elle? De l'enquête car elle a hâte qu'on retrouve le coupable? Non! C'est du reportage qu'elle parle! Elle en a assez de jouer la comédie de la "maman" terrassée par la douleur. Et dans la scène qui suit, où elle prend la photo de sa fille en haut de l'armoire, en disant qu'elle "lui parle et lui fait des bisous tous les soirs", elle est prise en flagrant mensonge car il y a de la poussière sur le verre. Et comme elle ne s'y attendait pas elle improvise: elle frotte le verre avec ses doigts en insistant comme une obsédée au lieu de prendre un chiffon, et de fait elle laisse ses empreintes digitales sur la victime et devant sa photo elle a placé sa propre photo comme si elle avouait sa culpabilité. Car cela ne se fait pas de déparer ainsi la photo d'une défunte et Mme Cagnet a dû y être poussée par cet irrésistible besoin d'avouer dont parlait Theodor Reik dans "The Compulsion to Confess". Comme la scène finale avait été préparée d'avance la caméra filmait en gros plan mais ce qu'elle a filmé était inattendu et peut-être que des contraintes n'ont pas permis à l'équipe de faire une deuxième prise et cette scène a dû faire l'affaire. Et on voit bien quand la mère remet la photo en haut de l'armoire qu'elle n'a pas l'habitude de le faire car elle n'est pas sûre de son geste et attend un peu au cas où la photo retomberait. Enfin, ses derniers mots (où elle s'adresse à sa fille morte) "Pourquoi tu nous as laissés tomber?" est encore une instance où elle blâme la victime comme elle l'a fait précédemment avec beaucoup d'audace en prétendant citer le j/h afin de se dédouaner, "...votre salope de fille" (dans la séquence où elle montre comment il l'a saisie à la gorge). Elle insinue donc que le crime est dû au comportement sexuel de la victime.

On se demande quelles autres informations ont été écartées de la version finale du reportage car pour une heure de programme il en faut bien cinq fois plus de métrage brut.

* * *

La Perversité


Une recherche sur Google avec le mot "perversité" permet de répondre finalement à la question posée au début du reportage: "Quelle est la raison de cet échec?" En effet, ceux et celles qui choisissent la perversité comme stratégie relationnelle parviennent à mystifier les enquêteurs, c'est écrit noir sur blanc: "Nous avons constaté à quel point les personnes les plus retorses savent instrumentaliser les avancées de la recherche psychanalytique pour asseoir encore plus leur pouvoir, se dédouaner de leurs délits ou de leurs crimes, reprendre l'ascendant sur l'autre quand il commence à repérer ou à critiquer leurs manœuvres, le faire passer pour « fou » ou « pervers » avec beaucoup d'aplomb, embrouiller leur entourage, mystifier la police, les experts et les juges lorsqu'il y a procès, etc." Cet extrait vient d'une introduction par un psychanalyste à un livre écrit par un confrère sur la perversité.

Autre référence: le site "Affaires Familiales" est consacrée au syndrome de l'aliénation parentale mais la personalité perverse y est bien définie et analysée: "Les pervers maintiennent une distance affective suffisante pour ne pas s’engager vraiment. L’efficacité de leurs attaques tient au fait que la victime ou l’observateur extérieur n’imaginent pas qu’on puisse être à ce point dépourvu de sollicitude ou de compassion devant la souffrance de l’autre."

Voilà. Tout est dit.

Paris, le 10 avril 2013

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