Journal de la Femme à Abattre



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Paris, septembre 2009

Je suis allée au Lavomatic avenue de Choisy au carrefour Tolbiac pour la première fois depuis des lustres. Je voulais laver mes serviettes de toilette en tissu éponge et la dernière fois que je les avais données à laver je n'avais pas aimé leur blancheur imparfaite ni la façon dont elles étaient pliées. Et comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même je me suis trimballée avec mon petit linge de maison. Il était 19h30 quand je suis arrivée. Le grand Noir de service était à 4 pattes au fond de l'établissement, et quand je me suis approchée j'ai vu qu'il était en train de frotter par terre et il avait bloqué l'accès à toutes les machines de grande capacité. Mais je n'en avais pas besoin, une petite machine me suffisait alors j'ai mis mon linge et c'est parti. J'ai vu que le programme que j'avais choisi se déroulait un 40mn. J'étais étonnée parfois de voir que la machine s'arrêtait et ne repartait pas pendant un temps considérable. Une heure plus tard le lavage n'était toujours pas fini. Pendant ce temps les clients entraient et sortaient, pliaient leur linge et bavardaient au téléphone. Puis ils sont tous partis et il ne restait que moi et à 20h45, un quart d'heure avant la fermeture, le grand Noir a éteint toutes les lumières et c'est dans l'obscurité que j'ai plié et emballé mon linge, à la lueur des lumières de l'avenue. mais j'étais de bonne humeur et je ne me suis pas offusquée, je pensais que c'était normal bien qu'un peu dur et j'ai dit au revoir poliment. C'est seulement après être rentrée chez moi et réalisé que j'étais restée à la laverie une heure et demie que cet épisode m'a paru étrange. Je crois que le type débranchait ma machine dans l'arrière boutique au moment où la machine s'arrêtait dans le déroulement normal du programme. Ainsi au lieu de rester arrêtée vingt ou trente secondes elle le restait une minute ou plus, et c'est ainsi que mon programme de 40 minutes a dépassé l'heure.

Vendredi 4 septembre Je me suis levée et ai fait mon café en pensant qu'aujourd'hui était la fin du délai accordé par les avocats de ma mère pour que je restitue à l'amiable la somme qui, selon eux, m'a été versée en trop par erreur. Que va-t'il se passer maintenant? suis-je en train de me demander. A cet instant précis on frappe à la porte. Deux policiers de la PJ sont venus me chercher pour que je fasse une déposition. L'homme a dit que j'avais appelé Me Brane le 13 août, ce qui était exact, et avais dit à l'avocat que j'avais des infos au sujet de l'affaire du colis piégé. Laissant entendre que Me Brane avait fait suivre mon message à la police. Il m'a montré un document officiel nommant la femme qui est morte et l'enquête se rattachant à cet homicide volontaire, me donnant ordre de témoigner mais je n'ai pas eu de copie personnelle.

L'homme était un peu plus petit que moi, les cheveux blanchis et les yeux bleus. La femme avait la jeune quarantaine tout au plus, grande comme moi et mince, vêtue de jeans avec de hautes bottes par-dessus le pantalon. Les cheveux longs et raides, bruns (une perruque peut-être car je n'ai jamais vu la racine de ses cheveux), allongeaient encore sa silhouette.

Ils m'ont tous deux montré leur badge avec une médaille en relief, qui avait l'air tout à fait authentique mais sans photo pour prouver qu'ils en étaient les détenteurs légitimes, cependant je trouvais que quelque chose clochait. Je me demandais pourquoi je n'avais pas reçu une convocation soit dans mon courrier soit par huissier. Au lieu de cela ils venaient sans préavis et voulaient que, toutes affaires cessantes, je les suive et aille faire une déposition à la maison Poulaga (comme disait le héros de San Antonio). Je m'étais levée depuis peu et étais en train de boire mon café à 11 heures du mat. Je trouvais ça un peu raide et n'étant pas encore pleinement réveillée j'étais d'assez mauvaise humeur. Mais ils on tellement insisté que, d'abord je leur ai ouvert. Aussitôt l'homme m'a demandé si j'avais "un petit bar", et si du raphia orange me disait quelquechose.

Il fallait que je m'habille mais je n'avais pas encore fait ma toilette et mon café refroidissait. J'étais mal à l'aise de les savoir debout dans mon appart alors j'ai voulu leur offrir des chaises mais ils ont voulu rester debout. Je me suis lavé les dents et le visage dans la cuisine comme d'hab. Le flic a fait une réflexion à ce sujet, et quand j'ai mis de l'huile d'olive sur ma peau il a encore dit quelquechose. Puis je suis allée m'habiller dans ma chambre. La femme restait à la porte comme si elle avait peur que je fasse quelquechose d'interdit et j'ai rouspété car je devais me dénuder. Elle est restée à la porte sans me regarder. J'étais prête et on est descendus, lui devant, elle derrière. Ils étaient garés à l'angle Pte 'Ivry et leur voiture ne portait aucune marque officielle. J'ai demandé à avoir la preuve que c'était bien une voiture de police et ils m'ont montré au revers du pare-soleil un signe qui disait "police" et le flic m'a montré le gyrophare dont il n'avait pas besoin pour l'instant.

Chemin faisant il a voulu faire la causette mais plusieurs fois il a dit des choses de la même façon que ma mère. Par exemple il a dit que "je devrais m'aérer". Je ne crois pas que ce soit l'expression courante. Est-ce qu'on ne dit pas "prendre l'air"? Après qu'il ait dit plus de deux fois quelquechose comme ma mère l'aurait dit j'ai décidé de ne plus participer à la causette. Il était justement en train de me conseiller d'aller un peu dans les jardins publics pour m'aérer (pour me faire descendre plus facilement sans doute). J'ai répondu que quand je veux m'aérer j'ouvre la fenêtre, et ai déclaré que je ne dirai plus rien avant de faire ma déposition.

Quand nous sommes arrivés à St Michel j'ai vu sur un des bâtiments de l'Ile de la Cité, un panneau qui occupait toute la façade. J'ai demandé ce que c'était; le flic a dit que c'était la gendarmerie qui faisait une opération de communication. Le panneau était une photo qui montrait plusieurs flics, ou plutôt, des gendarmes, et les deux seules personnes qui n'en étaient pas étaient une femme avec un objet en filet au crochet (comme j'étais justement en train d'en faire chez moi) et à l'extrème gauche un pompier de New York vu presque de dos. Mais je n'ai pas fait très attention car justement, les opérations de communication me laissent indifférente.

J'ai pu voir l'intérieur du saint des saints. Nous sommes montés à pied (car il n'y a pas d'ascenseur) jusqu'au 6ème étage. L'escalier de pierre (travertin?)était aussi ancien que le bâtiment derrière le Palais de Justice sur l'Ile de la Cité. Il était probablement impossible d'installer un ascenseur sans nuire à l'aspect ni ruiner le caractère de l'édifice historique, je me suis donc coltinée les 6 étages. Les marches étaient usées mais pas très hautes et l'escalier était assez large pour permettre aux policiers de se croiser sans problème. D'ailleurs c'était l'heure du déjeuner et plusieurs groupes de policiers ou employés admin en civil sont descendus alors que nous montions, et plusieurs se sont arrêtés pour faire la bise à ma compagne. L'homme nous avait faussé compagnie, je ne savais pas pourquoi.

Au 5ème étage il y avait un sas de sécurité et nous l'avons passé et sommes montées au 6ème là où se trouve la section anti-terroriste. Il m'a peut être fallu 12 ou 15 minutes pour monter les 6 étages. En face de l'escalier il y avait une inscription annonçant qu'on était à la brigade anti-terroriste. Le bureau du grand chef était juste en face avec la porte ouverte et était occupé par une femme, assise au buureau. Tiens donc, la brigade anti-terroriste a une femme pour chef. Je me suis demandé quel pouvait bien avoir été son parcours professionnel pour qu'elle atteigne ce poste à son âge car elle avait 45-50 ans à vue de nez. Mince alors, ce n'est pas tous les jours qu'on met les pieds (et les béquilles) dans un tel endroit quand on est civil.

Du côté des bureaux il y avait des passages étroits car le milieu était évidé, je suppose pour laisser passer la lumière des verrières aux étages inférieurs. Et ces vides étaient tous bloqués par des filets à larges mailles carrées pour empêcher les chutes volontaires ou involontaires.

Ma déposition a été très, très pénible. Je pensais que ce serait l'homme qui m'auditionnerait car il avait l'air d'avoir plus d'expérience, et après tout ce n'était pas une histoire de viol donc la présence féminine n'était pas un soulagement. J'étais même agacée que pour une affaire aussi colossale on n'ait pas confié l'audition à un détective qui a déjà tout vu ou presque. Non, une meuf assez conne et pas jolie, comme si le témoignage d'une femme ne mérite pas mieux rien qu'à cause de son sexe.

Conne j'ai dit, car la femme ne me laissait pas aller au bout de mes pensées et m'interrompait sans cesse et il a fallu faire un gros effort de concentration pour ne pas perdre le fil de ma pensée. Je devais parfois faire une digression pour expliquer, et alors elle réagissait comme une imbécile "Mais quel rapport avec l'attentat du bd Malesherbes?"

A la fin du récit elle a relu car elle avait tapé et imprimé ce que je disais, mais elle avait changé bcp de choses et on avait l'impression que j'étais un peu attardée mentale, vu la façon dont elle m'attribuait certaines déclarations de son crû à elle. J'étais scandalisée. "Mais je n'ai jamais dit ça!"

On a fait une 2ème version. J'avais bien dit que la femme qui était venue avec les gendarmes quand j'avais fait venir chez moi "les forces de l'ordre" à cause du colis suspect en janvier dernier, s'était bidonnée pendant toute l'intervention, oui, elle se tordait littéralement de rire, les genoux pliés, les bras croisés sur le ventre comme si elle avait des crampes à force de rire, jusqu'au moment où ils sont repartis. Eh bien cette meuf, au lieu d'écrire cela, a écrit que la femme "n'a pas eu une réaction très sympa quand elle a vu ce que le colis contenait", ce qui est complètement débile, comme si elle pouvait m'en vouloir de l'avoir fait déplacer pour ce qui n'était pas une bombe. J'étais abasourdie qu'elle ait pu changer à ce point la substance de mes propos. Je lui ai dit à nouveau ce qui s'était passé et elle a refusé de changer ce qu'lle avait écrit, et je n'ai pas eu d'autre solution que lui demander de supprimer la phrase car si elle restait, cela ne ferait aucun doute dans l'esprit du lecteur que j'étais attardée mentale.

L'homme était revenu après qu'on ait commencé et il était dans le bureau du fond mais la porte étant ouverte entre les deux bureaux il entendait tout. De temps en temps il sortait et me disait qu'il était temps que je finisse, car il voulait me raccompagner. A son tour il a interrompu à plusieurs reprises et finalement, agacée, je lui ai demandé ce qui était le plus important, que je fasse une déposition complète et détaillée ou qu'on respecte son horaire? Il na rien répondu. "Si vous ne pouvez pas attendre je rentrerai chez moi par mes propres moyens" ai-je alors dit.

Un autre détail que la meuf a bousillé, c'était le lien logique entre les attentats dont j'ai été victime et le faux appel dont le flic était allé faire une copie. Elle a bousillé mon explication, la faisant se terminer par un non-sequitur qui disait à peu près "J'ai été victime d'attentats et je pense que dans le cas de cette affaire, c'est la même chose" bref, elle avait complètement détruit le lien logique et une fois de plus je faisais figure d'attardée mentale.

A un moment le flic est venu à côté de moi et il m'a demandé de lui écrire sur un post-it l'adresse de mon site web. Je l'ai donc fait. J'ai aussi voulu parler de la lettre que m'avait envoyé le cabinet d'avocats de ma mère le mois dernier mais quand j'ai fouillé mon sac elle n'y était plus, pourtant je savais bien que je l'y avais mise.

A la lecture de la 3ème version je n'étais pas satisfaite mais j'étais épuisée mentalement et j'avais faim et soif. La femme m'a posé quelques questions qui semblaient de routine "Avez-vous été traitée pour des problèmes psychologiques?" J'en suis restée coite car je ne voyais pas en quoi cela concernait l'affaire et je trouvais que c'était une atteinte à ma vie privée de vouloir connaître mon histoire médicale. Comme je ne disais rien, la femme a dit d'un ton un peu précipité, comme si c'était moi qui parlais "Oui mais c'était il y a longtemps, et ça n'a pas de rapport." Un peu comme si elle avait l'habitude de poser cette question et d'y répondre elle même d'une façon "favorable" à la personne qui dépose, et comme si le fait de mentir à ce sujet dans ces circonstances était tout à fait anodin.

J'ai signé les 3 pages. Le flic m'a raccompagnée et en chemin il m'a demandé si mes problèmes de genoux étaient opérables. Je lui ai dit que oui (enfin, c'est ce que je crois, je n'ai pas d'avis médical, étant empêchée de me faire soigner) mais que je ne pourrai pas me faire soigner tant que toutes les personnes responsables ne seront pas mises hors d'état de nuire. Ainsi je le mettais au fait que je suis consciente du rapport qui existe entre l'affaire de l'attentat du bd Malesherbes et ceux dont j'ai personnellement été victime, car tout au début quand il était chez moi il avait dit que c'était honorable de ma part de "faire un geste citoyen" comme si j'étais un témoin non concerné par l'affaire, alors qu'au contraire, l'affaire était la conséquence des attentats contre moi. colis piégé...suite

Mercredi 9 Vais faire des provisions à Monoprix vers 19H. Rencontre le chef de chantier de Mr Hung au RDC. Les portes d'accès à la cave sont ouverte et lumière allumée. Lui demande ce qu'ils font la-dedans. Il me dit qu'un wc était bouché, comme s'il répondait à la question que je me posais quand qq jours + tôt deux hommes se sont rués la-bas quand je prenais mon courrier. Je dis au chef de chantier qu'il y a de l'eau qui goutte de mon plafond dans ma sdb depuis plusieurs jours (en fait depuis le 6 août) et lui demande d'avertir Mr. Hung. Achete plusieurs kg de spaghettis, sucre, baril lessive etc. grosses provisions afin de m'éviter le transport de ces choses dans les mois à venir.

Pendant que je remplis le formulaire de livraison suis distraite par la caissière qui me parle. Au retour je vois dans l'entrée de l'immeuble que la vieille porte d'accès au réduit poubelles a été remplacée par une porte en métal peinte en rouge avec une poignée neuve et une serrure. La porte est maintenant fermée à clef. Il y a une poubelle dans l'entrée.

Le lendemain matin tel. à Monoprix pour m'assurer que l'adresse est correcte car il me semble que la caissière a fait exprès de me parler au moment où je remplisssais le formulaire. Elle l'est. Je suis donc certaine qu'ils ne me referont pas le coup comme la dernière fois. Livraison à midi par jh aimable qui se gare devant ma fenêtre salle de séjour et que je vois sortir deux grands sacs Monoprix. Il me demande où je veux qu'il dépose le tout. Lui dis dans l'entrée. Il me doit aussi 1euro pour le caddy. je lui dis de le garder et lui donne 2euros de pb.


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