Journal de la Femme à Abattre



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Paris, septembre 2013

Lundi 2: Reçois un grand pli de Sophie. Il contient un agrandissement sur papier d'une photo de ma première communion. Mes 4 soeurs sont assises ur la marche de la porte-fenêtre du salon, faisant face au Parmelan. Agnès à ma gauche, Elisabeth à ma droite. Je voulais tendre mes bras vers l'arrière comme pour prendre mon élan dans une attitude de danse car la danse était ma passion. Mais mes soeurs ont cru que je leur tendais la main et elles l'ont saisie, ce qui reflète l'esprit de famille où on nie l'individualité et prone le sacrifice de soi et l'esprit d'équipe, car la première communion étant d'ordre spirituel est nécessairement très individuelle.

De l'attitude gracieuse que j'envisageais, il n'y a plus rien car mon pied droit, au lieu de pointer, est de guingois sur la surface irrégulière de la terrasse. Mes autres soeurs sur la photo sont Sophie à côté d'Agnès et Véronique à côté d'Elisabeth.

Je crois qu'à l'époque j'avais déjà changé de chambre. Quand nous avons emménagé j'étais avec Elisabeth dans la chambre bleue, et Sophie et Véronique partageaient la chambre rose. Agnès avait sa chambre privée. J'ai plusieurs souvenirs de mon séjour avec Elisabeth dans la chambre bleue... à développer dans la partie "mémoires". Merci à Sophie de m'avoir envoyé cette photo.

Mardi 3: La nouvelle affaire criminelle, celle de la disparition d'Allison Benitez et sa mère en juillet dernier, m'a occupée intellectuellement tout le mois d'août si bien que je n'avais pas la tête à finir le travail de couture commencé en juillet. Le journal l'Indépendant qui couvre Perpignan où s'est déroulé la première phase du drame, a accablé Francisco Benitez jour après jour et comme j'étais convaincue de son innocence j'ai écrit de nombreux commentaires aux articles car la majeure partie des lecteurs était entrainée par le ton lourd de sous-entendu des articles et l'instruction à charge alors qu'il n'y avait aucune preuve irréfutable contre lui, et était convaincue de sa culpabilité. J'ai donc agi comme l'avocat du défunt (car il s'est suicidé le 5 août) afin d'empêcher que sa mémoire ne soit souillée, juste pour le principe car je ne le connais pas personnellement. Aujourd'hui j'ai enfin retrouvé le calme mental dont j'avais besoin pour couper et assembler ma jupe-culotte en lin brodé ivoire.

Podologie aviaireJ'ai encore libéré un pigeonneau d'un enchevêtrement de fibres qu'il avait à un pied. C'était le 4ème. Cette fois-ci les fibres n'étaient pas encore resserrées et j'ai pu les enlever d'une seule main en quelques secondes et relâcherle pigeon prestement. Je suis restée debout devant la fenêtre et tous les pigeons qui y étaient m'ont regardée faire. Je leur ai montré le noeud de fibres avant de le jeter à la poubelle. Ils m'ont regardée d'un air grave et intéressé. Je plaisante, mais on peut leur attribuer toutes sortes d'expressions suivant la façon dont ils penchent la tête. Je me demande s'ils comprennent quelquechose. On croit souvent que les animaux sont bêtes, mais parfois ils nous surprennent par leur capacité à comprendre.

Mercredi 4: Téléphoné à la gendarmerie de Chambéry re: Tuerie de Chevaline. Durée environ 30mn. J'ai donné le contexte, y compris mes soupçons que mon père avait fait de la prison entre 1950-55 (ai donné sa date de naissance pour permettre les vérifications) puis les faits qui m'ont menée à pousser fort pour rencontrer C. Berg (le bris d'une dent en juin 2012 et le ras-le-bol avec les béquilles). Je m'en suis bien tirée, j'étais très concentrée et ai parlé sans hésitation ni parasites ni mots pour ne rien dire. A la fin le gendarme m'a demandé mes stats et dit qu'il allait me faire contacter par des confrères parisiens pour mettre tout ça par écrit et signer. Plus tard sur LL j'ai vu qu'il y avait 2 vidéos sur le carnage de Beslan parmi les videos récemment mises en ligne.

Jeudi 5: Anniversaire de la tuerie de Chevaline.

Vendredi 6: Conférence de presse par le proc d'Annecy Eric Maillaud, avec des collègues anglais et un interprète simultané, devant des représentants de la presse des deux pays sinon plus. Tout ça pour dire qu'ils en sont au point zéro, aucun mobile certain, il évoque la possibilité d'espionnage industriel mais aucun indice ne va dans ce sens. Ils en sont à examiner tous les appels téléphoniques ayant borné aux alentours avant le drame, soit des milliers d'appels. Cela aurait été trop beau si la piste d'investigation que j'ai fournie la veille était remontée jusqu'à lui et qu'il avait rompu avec son discours préparé d'avance pour faire un coup de théâtre et annoncer la "breaking news". Il m'écoeure ce type, on dirait qu'il s'épanouit sous la chaleur des éclairages médiatiques et il en profite pour faire le beau, mais question métier il n'y a pas de quoi pavoiser.

Samedi 7: Terminé (enfin!) la jupe-culotte en lin ivoire. Je m'amuse de plus en plus avec les pigeons car je les ai attirés à l'intérieur de ma cuisine avec des graines délicieuses et petit à petit ils se sont enhardis et se perchent un peu partout y compris sur mes bras et mes mains pour picorer. Quand je m'amuse ainsi j'oublie tout et cela me fait du bien. J'écoute aussi souvent une playlist de 6 heures de musique pour piano de Beethoven. Ce ne sont pas les airs archi-connus mais des sonates dont certaines ont été composées alors qu'il était devenu complètement sourd. Cette musique est très avancée avec des rythmes et des harmonies auxquels nous sommes habitués aujourd'hui mais qui à l'époque étaient sans doute totalement inouïs et même aujourd'hui sont époustouflants d'audace et de génie. C'est très réconfortant de ne rien faire d'autre que d'écouter de la musique. Je le fais de plus en plus souvent. On veut tellement être toujours actif, productif, faire plusieurs choses à la fois, que cela nous épuise mentalement, et un bain de musique a un effet restoratif.

Mardi 17: En réponse à l'e-mail de Me Villoteau de vendredi dernier, où elle m'envoie en PJ un projet de déclaration de succession au fisc, je lui réponds ce qui suit:
Maître,
Je vous informe que je n'étais pas signataire de l'acte de partage de Janvier 2002 concernant la succession de mon père. Cet acte, malgré l'absence de ma signature (ou la présence d'une signature imitant la mienne) a été homologué par la Cour d'Appel de Rouen en 2007 (je crois).

Je n'ai jamais vu ni pris connaissance du contenu de cet acte de partage dont j'ai été exclue. Aussi je vous informe formellement par la présente que je compte faire valoir mes droits à la succession de mon père et obtenir des dommages et intérêts et souhaiterais une régularisation à l'amiable en puisant au besoin sur les ressources de la succession de notre mère.

Il est donc necessaire de réserver les biens de ma mère et de mettre ma réclamation au passif de sa succession pour un montant qui reste à déterminer.

Recevez, Maître, mes sincères salutations.
Brigitte Picart

Mercredi 18 elle me répond ceci:

Chère Madame,
Suite à votre mail, je vous rappelle que je ne suis pas chargée du règlement de la succession de votre père. Le partage ayant été homologué par décision judiciaire en 2007, c’est uniquement par le biais de la justice que vous pourrez éventuellement faire valoir vos droits par rapport à vos frères et sœurs. En ce qui concerne la succession de votre mère, il s’agit pour ma part simplement, non pas de procéder à un quelconque partage entre les héritiers, mais simplement de transmettre la propriété des biens selon leur part légale en l’absence de dispositions testamentaires contraires et de déposer la déclaration de succession permettant d’acquitter les droits dans le délai imparti. Il sera toujours temps pour vous de faire valoir vos droits lors du partage des biens de la succession de votre mère. Je vous invite à ce sujet à me transmettre la procuration pour me permettre de régulariser les actes et m’indiquer dès à présent votre souhait quant à l’attribution des biens immobiliers. Restant à votre disposition pour vous rencontrer et en parler de vive voix, Je vous prie de croire, chère Madame, en l’expression de mes sentiments dévoués.

Jeudi 19: N'ayant pas été contactée par la police suite à mon appel du 4 à la gendarmerie de Chambéry, je me suis demandé quelles pouvaient être les déclarations qui les ont fait douter du bien-fondé de ma théorie. J'ai pensé à plusieurs zones qui demandaient des éclaircissement,la première étant la déclaration apparemment contradictoire que mon père aurait été incarcéré entre 1950 et 55 et ma date de naissance de novembre 52. J'ai fait une liste et ai appelé à nouveau aujourd'hui. L'homme qui a pris mon appel n'était pas le même que celui à qui j'avais parlé il y a quinze jours mais il m'a dit qu'e son collègue lui avait fait part de mon appel. Quand j'ai dit que je désirais apporter des précisions à mes déclarations précédentes j'ai commencé par l'incarcération de mon père et ma date de naissance. J'ai senti que c'était pour cela qu'ils ne m'avaient pas rappelée! Ils avaient dû me prendre pour une fantaisiste ou une folle car ils avaient trouvé l'incohérence entre les deux dates.

J'ai expliqué que les 3 enfants nés entre 51 et 55 sont de trois pères différents, aucun d'entre eux n'étant l'homme que ma mère avait épousé. J'ai parlé de ma mère et comment dès notre enfance nos parents nous ont embringués dans leur entreprise criminelle en nous répétant qu'on était criminel de père en fils. Comme j'avais compris qu'ils parlaient d'hérédité génétique je n'étais pas d'accord car j'avais bien conscience quand j'avais un choix moral à faire, que je pouvais faire soit le bien soit le mal. Mais comme j'étais trop jeune pour pouvoir en débattre verbalement, je montrais par mes actes qu'on pouvait faire le bien même avec des parents criminels. Alors mes parents m'ont tendu des pièges pour me forcer à agir contre ma conscience. Ils m'ont privée de toutes sortes de choses dont on a besoin quand on grandit: fournitures scolaires, livres, équipement de gymnastque etc... pour m'obliger à les voler. Aussi ils me privaient de soins dentaires pour que la douleur me force à changer d'attitude, mais j'étais incapable de comprendre cela à l'époque.

Ce que je n'ai pas dit c'est que nous étions scolarisées dans des écoles privées tenues par des religieuses et que nous recevions une éducation catholique, et que mes parents observaient strictement toutes les obligations rituelles du catholicisme.

J'ai aussi dit que notre mère nous entrainait à garder le silence dans des situations de stress très poussé (comme pour nous entrainer à l'épreuve de garde à vue).

J'ai dit que quand j'ai reçu la lettre recommandée de ma mère le 5 septembre 2012 mes tremblements étaient dus à un pressentiment que quelquechose d'horrible allait se passer. De même l'inquiétude dont avait fait preuve Saad al Hilli avant son départ en vacances, le fait qu'il ait demandé à son voisin de garder un oeil sur sa maison, qu'il ait emporté son ordinateur et toutes les précautions qu'il a prises étaient dues à un pressentiment mais qu'il ne se méfiait de personne en particulier, et que toutes recherches en quête d'ennemis professionnels ou privés resteront vaines car il n'y a personne. Cette explication tout-à-fait plausible est en cohérence avec ma théorie du crime.

J'ai dit que je m'identifiais à la fillette qui a été frappée à la tête parce que nous étions du même sexe, mais que si la victime avait été une femme mariée ou une mère de famille je ne me serais pas identifiée à elle. Il m'a demandé si je contactais d'autres postes de police en leur disant que je m'identifiais à la victime dans d'autres affaires et j'ai dit que non, que le cas de Chevaline était le seul.

Je lui ai dit que j'aimerais lui envoyer copie de la LRAR de ma mère et lui ai demandé s'il y avait une adresse e-mail où je pourrais lui envoyer une copie. Il m'en a donné une. Il m'a posé quelques questions sur ma fratrie. Quand je lui ai dit que j'avais six frères et soeurs dont 4 soeurs il a accusé le coup. Je lui ai dit que je n'en savais pas grand chose à part qu'une de mes soeurs vit au Sénégal, une autre en Allemagne, et le reste en France; qu'on m'avait dit que ma mère est morte mais que je ne le crois pas.

Il m'a demandé pourquoi ma famille me mettait sur écoute. J'ai dit que c'était pour connaître mes plans et les faire échouer.

Il m'a demandé si j'étais retraitée, alors j'ai dit que je l'étais mais pas au sens où je touche une retraite car je n'ai pas cotisé, je n'ai pas travaillé toute ma vie active dans la même boîte, ma vie a été très mouvementée, j'ai vécu une vingaine d'années aux USA (New York) où j'étais partie pour apprendre la musique -le jazz-. Que je n'avais pas réussi à faire carrière mais malgré tout je ne regrettais pas. Et qu'actuellement je vivais sur un héritage.

Vendredi 20: J'ai continué le tricot de ce petit châle style Orenbourg. Je commence à être saturée par la répétition des motifs. J'ai mis un coup de collier pour en finir. Encore une dizaine de jours.

Samedi 21: Ménage, lavage des sols, nettoyage à fond de la cuisine. Beaucoup de petites plumes partout et bien sûr quelques fientes séchées au sol à éliminer. J'ai aussi nettoyé le bas de l'encadrement de la fenêtre sali par les pigeons et les vitres (moitié inférieure seulement).

J'ai envoyé les pièces promises à la gendarmerie de Chambéry hier à partir de ma messagerie Orange mais le message n'est pas passé car chaque photo de document pesait presque 2Mo. Je ne m'en suis rendu compte que ce soir et dans un sens cela tombe bien car toute la journée j'ai repensé au texte du message d'accompagnement que j'avais envoyé et de nombreuses améliorations me sont venues à l'esprit. J'ai donc eu une deuxième chance et ai envoyé le message ré-écrit vers 23 heures avec copie de la LRAR du 3/4 septembre 2012 de ma mère avec l'enveloppe, et copie dernière page lettre Sophie où elle parle de Me Brane, de l'attentat bd Malesherbes, et de "la combe d'Ire" (tuerie de Chevaline), ainsi que de l'enveloppe manuscrite.

Mercredi 25: Enfin terminé le corps de mon châle. Je n'ai plus qu'à tricoter la bordure qui longe l'hypothénuse du triangle. J'ai besoin de laisser de côté ce travail quelques jours pour me changer les idées.


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