Journal de la Femme à Abattre



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Paris, janvier 2014

Dans les moments où je n'ai pas la pensée occupée par mes activités de tricot et de vente, je sens la main froide et implacable de l'oppression me serrer le coeur. Je regarde les oiseaux picorer sous mes yeux et s'envoler et je reste là coincée avec mes genoux cassés et ma liberté entravée par la surveillance. Je me demande si je verrai un jour se lever sans me sentir la mort dans l'âme. Serai-je un jour délivrée? Mais je ne me laisse pas sombrer dans le desespoir. Je me dis que Dieu a un plan, que je dois lui faire confiance, que ses voies sont impénétrables et que tout s'arrangera à la fin comme il l'aura décidé, mais en attendant, quelle souffrance!

Je pense beaucoup à mon enfance et la considère sous un nouvel éclairage depuis maintenant un an que je sais avec une quasi certitude que mon père était un repris de justice et que ma mère s'est fait faire trois enfants (Sophie, moi et Véronique) par d'autres hommes pendant son incarcération pour camoufler la criminalité de mon père. Cela en dit long aussi sur la moralité de ma mère, pour qu'elle se serve de son corps de cette façon, et quel respect elle a pour le sacrement du mariage et pour la vie humaine si elle a pu instrumentaliser ses propres enfants pour un motif aussi odieux.

Et dire que toute mon enfance je lui demandais "Mais pourquoi avez-vous eu autant d'enfants?" parce que je savais bien que ce n'était ni par amour au sein du couple ni par amour des enfants. Et quand je lui posais cette question ma mère ne répondait jamais, comme si la vérité ne pouvait être révélée. Mais de loin en loin elle me disait, ce qui me causait beaucoup de peine "On ne vous a pas voulus mais quand on a appris que vous étiez en route on vous a accepté de bon coeur." Alors elle mentait quand elle disait "On ne vous a pas voulu." Ils nous voulaient, mais pas pour les bonnes raisons! Et ce n'est pas par accident que ma mère était tombée enceinte.

D'autres fois elle répondait que c'était pour obéir aux injonctions du curé de sa paroisse qui avait dit qu'une femme mariée devait avoir un enfant tous les ans, mais je n'y avais jamais cru car autour de moi les familles nombreuses étaient rares et même ma mère elle-même n'avait que deux frères. Alors, ses parents étaient-ils coupables de ne pas avoir eu assez d'enfants? Je pensais bien que ma mère me mentait là-dessus.

Jeudi 9: A 14H10 j'ai appelé Section de Recherche de Lyon re: Affaire Marine Boisseranc, jeune femme de 20 ans, étudiante en compta, vivant chez ses parents, retrouvée morte de 12 coups de couteau à son domicile le 11 octobre 2005. J'avais visionné le reportage dans la série "Non résolu" durant le week-end et regardé d'autres émissions et lu des articles et forums les jours suivants. J'ai dit au gendarme que je l'appelais au sujet de l'affaire Marine Boisseranc, que je ne connaissais aucune des parties personnellement, que j'habite Paris, et que j'ai vu le reportage sur le meurtre de la jeune femme il y a quelques jours. Il m'a dit qu'il était en charge de ce dossier depuis un an 1/2.

J'ai dit que je m'étais découvert un talent pour détecter le mensonge, que ça ne faisait pas longtemps, et que je croyais avoir trouvé qui avait tué Marine Boisseranc. Il m'a demandé si j'avais déjà résolu d'autres crimes. Je lui ai répondu que oui, j'avais déjà trouvé le coupable dans l'affaire Karine Leroy (Meaux, Seine et Marne, 1994) et l'affaire Picard-Creton, un double homicide survenu à Brest. Il m'a demandé si j'avais fait part de ma découvertes aux autorités et j'ai dit oui, j'ai contacté la gendarmerie pour l'affaire Karine Leroy et l'avocat de la partie civile pour l'affaire Picard-Creton, à qui j'avais envoyé mes observations.

J'ai dit que pour l'affaire Boisseranc, je proposais de visionner le reportage et de signaler les endroits où je détectais le mensonge, et je pourrais même dire comment confondre le coupable. Il m'a dit qu'il était intéressé pour m'entendre et m'a demandé s'il m'arrivait de venir à Lyon. J'ai dit que j'ai grandi dans la région Annecy Chambéry et que j'aimerais visiter à nouveau ces lieux, et que je n'étais pas contre une visite alliant l'utile à l'agréable mais qu'il faudrait venir me chercher à la gare. Il a dit "Oh, pas de souci, la gendarmerie est tout près de Perrache!". Je lui ai dit que je pourrais venir la semaine prochaine car je ne travaille pas. Il a dit qu'il allait contacter sa hiérarchie et me tenir au courant de la suite. Il m'a donné son nom, Adj. Chef Duval. Je lui ai donné mon adresse et tél et e-mail, en insistant pour qu'il me contacte par e-mail.

En fin d'aprem j'ai reçu un e-mail où il me disait avoir contacté la Juge d'Instruction et qu'elle souhaitait que j'envoie mes observations les plus détaillées possibles par e-mail ou par la poste. J'ai répondu que je regrettais de ne pouvir accéder à cette demande, que je me permettais d'insister pour un entretien de vive voix, et l'assurai que je ne lui ferais pas perdre son temps. Duval m'a répondu qu'il ne pouvait passer outre l'ordre du juge d'instruction et que je devais communiquer mes observations par écrit. J'ai fini par accepter en disant que j'allais rédiger un rapport à partir de mes notes et le lui enverrais en fin de semaine prochaine au plus tard.

Après coup j'étais soulagée de m'être présentée d'une façon acceptable. Depuis plusieurs jours j'avais réfléchi à la meilleure façon et n'avais pas trouvé la bonne formule car je voulais éviter de me dé-crédibiliser en apparaissant soit prétentieuse ("experte en psychopathologie") soit paranoïaque ("Je suis née dans une famille de bandits!"), soit mythomane ("J'ai échappé à de multiples tentatives d'assassinat!") Mais j'ai appelé quand même, faisant confiance à ma bonne étoile, et les mots qu'il fallait sont venus tout seuls. En disant que je m'étais découvert un don pour détecter le mensonge, je n'avais pas besoin de références académiques, et en même temps je ne me faisais pas passer pour une voyante. Et n'est-ce pas le rêve de chaque enquêteur de savoir quand on lui ment?

Depuis lundi des travaux ont commencé dans la cage d'escalier. Des ouvriers ont recouvert tout le sol y compris les marches de l'escalier, d'un plastic non glissant fixé par de l'adhésif orange. (Dès que je vois un revêtement en plastic au sol sur mon palier je me méfie.)Un boulot monstre. Et le jour suivant ils ont enlevé le panneau en bois qui longe tous les murs sur 1m de haut dans les parties communes. J'avais remarqué que les environ 5cm d'épaisseur de ce panneau fixé à des tasseaux horizontaux, enlevait de la largeur à l'escalier et cela se sentait et on était sensiblement moins à l'aise en montant ou descendant.

???

Plastic devant ma porte
!!!

plastic dans l'escalier
!?!

dépose du panneau de bois

Solitude bien assumée - un long article sur un sujet presque tabou: ici. Cela fait plaisir que quelqu'un en parle en termes positifs dans la presse pour une fois.

Mardi 14: Depuis vendredi dernier j'ai travaillé de façon intensive sur mon rapport sur l'homicide de Marine Boisseranc. Au lieu d'attendre en me disant que j'avais une semaine devant moi je me suis mise au travail dès vendredi et j'y ai passé tout le week-end. J'ai d'abord écrit sur le "bloc-notes", puis travaillé avec l'éditeur html sur ce site, puis téléchargé le document html sur mon bureau, et enfin mis le document html au format pdf. J'avais bien fait de m'y prendre tôt car la mise en forme m'a posé quelques problèmes. J'étais surexcitée intellectuellement et à 16H50 je l'ai envoyé à Mr Duval chargé de ce dossier à la gendarmerie de Lyon. Je suis très satisfaite car j'ai vraiment bouclé l'affaire sans qu'aucun fait qui auparavant faisait mystère ne soit élucidé.

Vendredi 17: J'ai envoyé une nouvelle version à Mr Duval, rectifiant une omission et une erreur que j'avais trouvées dans mon rapport.

Lundi 20: J'ai trouvé une grande quantité de gravats dans la sdb, tombés du plafond à cause de l'infiltration d'eau qui coule en permanence depuis le mois de mars dernier. Il y avait une grosse pierre, presque aussi grosse qu'un ballon de foot, et en tombant elle a dû heurter la paroi du bac vert clair qui s'est renversé et est tombé dans le wc, entraînant l'étagère dans sa chute. Quand on est assis sur le siège du WC on reçoit de l'eau sur la tête et sur les épaules. Il ne faut pas moins de sept récipients pour recueillir l'eau qui goutte du plafond et dégouline le long du mur et du tuyau. Je n'essaie même plus d'en parler à mon voisin du dessus qui fait mine de ne pas comprendre quand je lui parle. Je ne veux pas déclarer le sinistre à mon assureur car je ne veux pas qu'un expert ni personne ne rentre chez moi.

Mercredi 22: Je me suis rendu compte que dans cette affaire BOISSERANC, le père, d'après le docteur Micolle qui l'a appelé, a dit croire que sa fille s'était suicidée de six coups de couteau dans la poitrine et la gorge alors qu'on n'a jamais retrouvé l'arme du crime, ce qui est étrange pour un suicide. Donc c'est la preuve prima facie ou "formelle" diraient les policiers ici, que le père ment donc qu'il est coupable. Mais je ne vais pas écrire à nouveau à Mr Duval pour lui faire part de cette découverte. Pourtant ce fait n'aurait pas dû échapper aux enquêteurs.

J'ai repris le tricotage de mes chaussettes après une dizaine de jours d'éloignement, et un grand ménage dont la casa avait besoin.

Mardi 28 j'ai envoyé à Mr Duval la 2ème version de mon rapport. J'ai mis sur fond bleu le nouveau texte afin que le lecteur puisse aller droit au but. J'ai terminé mes chaussettes hautes! Elles me vont parfaitement!


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