Journal de la Femme à Abattre



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Paris, juillet 2015

Vendredi 10: Depuis le début du mois j'ai travaillé à la broderie que j'avais commencée en mars dernier. Elle est maintenant terminée, hier j'ai fait l'ourlet, qui demande de la minutie puisqu'il s'agit d'un cercle, et j'ai fait la couture à la main à petits points. C'est seulement vers la fin de l'ouvrage que j'ai commencé à me détendre et à vraiment apprécier la toile de lin que j'avais choisie. Pourtant j'avais un beau métrage de cette toile depuis plusieurs années et je mourais d'envie d'en faire quelque chose. Mais comme c'était mon premier essai de broderie dite "traditionnelle" j'étais un peu tendue, trop tendue pour éprouver du plaisir à toucher cette toile.

Voilà, c'est fini, lavé, repassé, ce n'est pas parfait car le napperon gonfle au milieu au lieu de reposer à plat. Je ferai mieux la prochaine fois! Mais les motifs sont réussis et les deux couleurs aussi. Je rappelle que je me suis servie d'un modèle de bande droite avec un angle, conçue pour border un châle, et que j'ai modifié les motifs pour faire un modèle circulaire.

Il y a en tout cinq points et deux qualités de fil. J'ai longuement réfléchi avant de me décider sur le point le plus adapté pour certaines parties des motifs, et une fois que j'ai choisi le point je me suis mise à l'ouvrage jusqu'à ce que tout ce qui devait être brodé avec ce point soit fini.

Une vague de chaleur s'est installée sur la région. A l'intérieur de mon appartement, la seule tenue supportable était la nudité totale. Je m'arrosais les jambes et les bras à l'eau froide plusieurs fois par jour et prenais une douche presque froide juste avant de me coucher.

J'ai passé de nombreuses heures à étudier le cas de Tracy Beatty, ayant téléchargé la décision de la cour d'appel fédérale du 5ème Circuit, et plus je comprenais plus j'étais horrifiée par la façon dont s'était déroulé le procès.

Le lundi 13 juillet le tribunal a signé l'ordonnance d'exécution de la peine de mort (par injection létale) et ce n'est que le lendemain que je l'ai appris. Cela m'a causé beaucoup de chagrin et j'ai pleuré sur mon oreiller mais je me suis ressaisie car je pensais qu'il y avait moyen de faire valoir que le procès n'avait pas été juste et que les droits de Tracy avaient été violés. Si j'avais bien compris la peine de mort ne tenait qu'aux dires de la mère du prévenu, rapportés par une voisine, et qui seraient la preuve du motif (la vengeance), prouvant ainsi la préméditation! Mais les propos de seconde main ("hearsay") ne sont pas admissibles et pourtant en l'absence de toute autre preuve, ce sont ces propos rapportés qui ont déterminé la condamnation à mort!

La photo de gauche montre Tracy dans sa tunique jaune de prisonnier, marchant vers son siège dans la salle d'audience où la date de son exécution va être fixée. Le lien mène à la vidéo.

J'ai passé le reste du mois à essayer, en vain, de trouver un avocat qui voudrait bien soumettre une nouvelle pétition d'habeas corpus sur la base de preuve récemment découvertes. Tracy de son côté était résigné à mourir, me disant que tout ce qui pouvait être fait l'avait déjà été. Mais je n'y croyais pas, je savais qu'il y avait encore quelque chose à faire.


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