Journal de la Femme à Abattre



[ACCUEIL] - [SOMMAIRE] - [MES PHOTOS FLICKR] - [CONTACT] - [LIENS] - [<--] - [-->]

Paris, avril 2017

Deux événements ont marqué le mois d'avril. D'abord j'ai reçu une longue lettre de Tracy dans laquelle il poursuit le récit résumé de sa vie et me parle des problèmes courants qu'il a avec le personnel. J'avais décidé de laisser tomber notre correspondance mais j'ai vu qu'il avait confiance en moi, s'adressant à moi avec sincérité, et j'ai remarqué aussi que sa signature est devenue lisible, alors que quand nous avons commencé notre échange épistolaire il attendait d'être exécuté d'un mois à l'autre et il barrait son nom deux fois comme pour s'éliminer lui-même, une fois de droite à gauche avec une fioriture du T et une fois de gauche à droite avec le retour du Y. Son humeur semble aller d'un extrême à l'autre, de la colère à la bonne humeur et il continue à ne pas chercher ce qu'il peut faire et à être aveugle à sa propre responsabilité. Par exemple au début de l'année il a fait un séjour au « trou » pour avoir enfreint quelque règlement interne, mais comme un gamin il dit que c'est le personnel qui a commencé en le taquinant sur des sujets sensibles.

Par ailleurs j'ai poursuivi mes recherches sur l'immeuble où je vis qui avait été acheté en usufruit par mes grands parents et en nue propriété par mon père. Le bien consistait en deux corps de bâtiment, l'un avec entrée au 32 avenue de Choisy, l'autre avec entrée au 34bis sur la rue qui fait l'angle, la rue de la Pointe d'Ivry. Au rez-de-chaussée sur l'avenue il y avait un boucher à gauche et à l'angle un bar-café à l'ancienne, tenu par une vieille Marilyn fumeuse de Gauloises. Quand j'ai vécu dans cet immeuble dans les années 70 je me souviens que la cour était au rez-de-chaussée et c'était là que se trouvaient les grandes poubelles. On y accédait par une porte qui aujourd'hui donne sur le réduit à poubelles et la cour se trouve maintenant au 1er étage et divisée par deux avec un muret surmonté de hauts barreaux en fer, depuis 1987 quand la Ville de Paris a acquis l'autre bâtiment. Ce qu'il y a sous cette cour surélevée c'est l'ancienne arrière-boutique du boucher agrandie de la surface de la cour et qui sert maintenant au salon de beauté-coiffure Anny de la famille Phung. Autrefois le boucher après la fermeture du magasin pouvait rentrer dans l'immeuble par une porte qui a été supprimée, juste à gauche de la porte d'accès au sous-sol. La vieille Madeleine elle aussi n'avait qu'à pousser la porte vitrée par laquelle, de derrière le comptoir, elle surveillait les allées et venues dans l'immeuble. Son appartement était au premier.

Mais dans la succession de mon père, l'immeuble a été représenté comme ne consistant que des étages au-dessus, c'est-à-dire 12 appartements en tout, dont 5 que ma mère, avec toutes les caves du sous-sol, s'est attribué immédiatement avec une arrogance stupéfiante. Il ne restait plus que sept appartements, un pour chaque enfant, tous de surfaces et d'états différents, c'est pourquoi après qu'on m'ait refusé de vendre l'immeuble sous prétexte qu'il devait rester dans la famille, on m'en a attribué un de force car j'avais dit, dès l'ouverture de la succession, que je ne souhaitais pas être propriétaire d'un appartement. Et quand je suis revenue en France en 2002, non seulement j'ai été forcée d'accepter un appartement, j'ai aussi été forcée d'y emménager! J'ai fait des démarches auprès de la Publicité Foncière (autrefois Conservatoire des Hypothèques) et j'ai obtenu un document faisant état de la propriété des douze appartements mais pas des autres lots dont j'ai parlé précédemment. J'ai aussi obtenu par voie électronique les actes de vente de 1969 et de 1987. Mais les autres lots n'ont pas fait l'objet d'un acte de vente et ne sont pas enregistrés: les deux commerces, les caves et le premier étage, nada!

J'ai reçu ces derniers documents le 26 et les ai relus le 27 et une sorte d'obsession m'est venue en tête, je pensais que quelqu'un frappait à la porte, un ennemi. Malgré les incidents précédents où cette pensée s'était avérée prémonitoire, je me suis dit « Bah! Ce n'est sans doute rien. » Et le vendredi 28 vers 11 heures du matin quelqu'un a frappé. J'avais mal dormi et j'étais en retard sur mon rythme normal. J'étais encore en robe de chambre et la cuisine n'était pas en ordre. Je demande qui est là. Une voix d'homme me répond:
« Je suis mandaté par le syndic pour faire des prélèvements d'eau pour vérifier la teneur en plomb.
—Ça m'embête... Vous voulez juste prendre de l'eau du robinet? Je peux vous en donner si vous voulez..
—C'est-à-dire, j'ai un tube, pour faire l'analyse en laboratoire... » Je ne voyais pas ce qui l'empêcherait de verser dans son tube à essai l'eau que je lui tendais par la porte. Je ne voulais pas le laisser entrer car je n'étais pas en tenue pour être vue. Il y eut un silence. Finalement il dit. « Écoutez, ça ne fait rien, je vais demander à quelqu'un d'autre. » En effet, pourquoi s'était-il adressé à moi alors qu'il aurait pu tout simplement demander de l'eau au restaurant ou au salon de coiffure? Pourquoi était-il monté au deuxième étage et m'avait-il demandé à moi personnellement?

Après son départ j'ai compris que ce que j'avais pris pour une obsession sans importance était bien, en réalité, une prémonition, car c'est bien connu dans le Milieu et parmi ceux qui s'y intéressent par nécessité comme moi ou par curiosité, qu'un « empoisonnement au plomb » (« lead poisoning » en anglais), est un euphémisme qui signifie une mort par balles. Il en avait rajouté une couche en parlant de son tube. Ah oui, il était venu avec un tube. Je me suis frappé le front. Pendant toute la durée de l'échange je n'avais pas compris, mais la mention du syndic aussitôt après que j'aie reçu les documents avait l'air de tout sauf un hasard et je m'étais méfiée. Heureusement que j'avais mal dormi sinon je lui aurais peut-être ouvert!

Voilà pour les deux événements majeurs. À part ça j'ai essayé de mettre de l'ordre dans mes affaires. J'ai accumulé une grande quantité de matériel dont je ne me sers plus: des pelotes de coton à crocheter de toutes les couleurs que je voulais utiliser pour faire du tissage aux tablettes et qui remplissent une grosse malle en osier, des tissus de laine de luxe que j'avais acquis pour faire des bérets et qui remplissent une valise, de la laine à tricoter qui est empilée dans des cartons sur ma commode, des vêtements auxquels je suis attachée affectivement et aussi parce qu'ils sont de bonne qualité, surtout mes tailleurs Bancroft et Talbot, et un de Dolce & Gabbana qui sont de taille 40 ou 42, bien trop petits pour moi! Si je faisais le vide de tout ce dont je ne me sers plus l'appartement serait beaucoup moins encombré.

J'ai mis en vente sur ebay du coton à tisser/crocheter et des chaussures. J'avais une paire de ballerines neuves dans leur boîte d'origine et je l'ai vendue pour 69 euros. Je l'avais commandée à LL Bean qui me l'avait expédiée à Paris. C'est toujours ça! Mais comme pour les vêtements j'ai aussi plusieurs paires de chaussures achetées à New York dont j'ai du mal à me débarrasser car je les aime bien. Et aussi des chemises d'homme en coton de Banana Republic au temps où les vêtements de cette marque étaient encore de bonne qualité.

J'ai fini par faire plus ou moins la paix avec les souris. Je trouve les souriceaux si adorables! Il y a deux races: les souris gris foncé et les souris gris clair. Les gris clair sont plus intelligentes et sont des grimpeuses. Elles grimpent les cordons électriques pour monter sur la table et elles escaladent les rideaux. J'avais installé une baguette plate sur la table, qui touchait le rideau, et une de ces souris a compris qu'elle pouvait atteindre la table par le rideau. Je l'ai vue descendre du rideau, marcher sur la baguette, traverser la table et descendre par le cordon électrique de la lampe en quinze secondes et je savais que cela lui plaisait beaucoup. Chaque fois qu'elles contournent les obstacles que je mets sur leur passage elles ont l'air content comme si elles me disaient: « Tu vois, j'y suis quand même arrivée! »

Évidemment la baguette avec laquelle j'ai fait un pont n'était pas un obstacle mais un passage. Cependant j'ai placé des obstacles pour empêcher les souris de passer derrière certains meubles. Avec des bouteilles en plastique pour liquide vaisselle ou des canettes, il est possible de récupérer le matériel qui une fois plié en deux et placé dans la fente, se dépliera pour remplir tout l'espace et donc empêcher les souris de passer car le matériel étant lisse elles ne peuvent pas le grignoter pour le détruire et se frayer un passage. Balayer leurs crottes est une tâche quotidienne mais comme elles sont très rigolottes je ne me plains pas. Je leur donne des cacahuètes, et je les concasse un peu dans un mortier pour les plus jeunes qui ont du mal à s'emparer d'une demi-cacahuète qui a l'air énorme dans leurs petits bras. Je cache parfois des noisettes ou des noix ou de petits morceaux de Parmesan. Elles sentent ces friandises cachées parmi les cacahuètes et les cherchent, surtout les clairettes qui fouillent le plat avec leur museau. Quand je tarde à mettre la nourriture à leur disposition, une clairette s'approche de moi et me regarde un long moment sans bouger comme pour se rappeler à mon bon souvenir.

De temps en temps j'en trouve une morte. C'est toujours un souriceau, pas une adulte. Je vois de temps en temps comment les adultes poursuivent les jeunes et leur font la peau, et j'entends les cris de détresse ou de douleur des petites quand elles sont mordues. Alors je ne m'étonne pas d'en trouver une morte de temps en temps. C'est comme ça je crois, que les souris empêchent la surpopulation. C'est pourquoi j'ai laissé un espace étroit derrière un meuble qui peut servir de refuge aux souriceaux car il est trop étroit pour les adultes. Elles sont si jolies et si bien faites malgré leur taille minuscule et si amusantes à regarder que les contraintes valent la peine si on ne laisse pas l'invasion tourner à la catastrophe.

Ce mois-ci j'ai aussi soigné davantage mes préparations culinaires et fait plusieurs gâteaux. J'ai fait pour la première fois un gâteau au chocolat qui était ok sans plus, et essayé une recette de brownies qui était très réussie. Maintenant j'ai moins de difficulté qu'avant, j'ai pris le rythme. Je prépare d'abord le moule et je monte les blancs en neige et zeste le citron s'il en faut, et seulement une fois ceci fait j'allume le four et tout le reste s'enchaîne sans prendre trop de temps et sans interruption. J'ai essayé une recette de cookies au beurre de cacahuètes et pépites de chololat. Les pépites au rayon pâtisserie coûtaient 4€ les 100 grammes alors qu'au rayon chocolat une tablette de 100 grammes de Lindt extra-fondant ne coûte qu'un euro! Alors bien sûr j'ai acheté la tablette et j'ai coupé les carreaux en plus petits carreaux. Quelle différence cela fait-il quand le chocolat a fondu dans le four? En fait l'extra-fondant rend inutile de réchauffer les cookies avant de les manger car le chocolat est déjà onctueux à température ambiante, alors que les pépites si chères n'offrent aucune garantie de qualité.

J'ai également pratiqué la calligraphie, entre autres recopié en italique à la plume plusieurs recettes, ainsi que l'adresse de Tracy sur l'enveloppe de la lettre que je lui ai écrite.

Lu et écouté des textes de Neville Goddard. L'essentiel de son enseignement c'est de ressentir les émotions de l'état où l'on désire se trouver comme s'il était déjà réalisé, et ainsi on crée une sorte d'appel d'air qui va amener l'état désiré à se matérialiser.


[ACCUEIL] - [SOMMAIRE] - [MES PHOTOS FLICKR] - [CONTACT] - [LIENS] - [<--] - [-->]