Journal de la Femme à Abattre



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Paris, juin 2017

Le 2 j'ai envoyé un email depuis ma messagerie Orange à tous mes cohéritiers y compris les enfants d'Agnès et Youri Picart le fils de François car mon frère n'est jamais listé et je ne sais pas sa situation. Sandrine Villoteau, la notaire l'a aussi reçu.

J'avais déjà rédigé deux brouillons mais ils étaient trop véhéments et trop compliqués. Je voulais faire court, simple et calme. Finalement j'ai trouvé le ton que je cherchais.

Ce matin Jeudi 8 je me suis levée à 6 heures et après avoir bu mon café je me suis mise à la calligraphie comme tous les matins depuis quelques jours. J'avais interrompu mes exercices une dizaine de jours car j'attrappais des crampes dans la main qui me faisaient souffrir toute la soirée. Enfin la douleur a disparu et j'ai tenté à nouveau d'écrire en italique. Les premiers jours je peinais, la plume crissait et ce n'était que vers la fin de l'exercice que je trouvais la bonne façon de tenir la plume car comme par magie elle cessait soudain de crisser et elle glissait en silence. Je me suis rendu compte que je commençais la page trop haut par rapport à mon bras, et cela m'empêchait de tenir la plume au bon angle. Ensuite quand j'arrivais au milieu de la page cela devenait plus facile mais ce qu'on ne nous a dit ni dans les tutos sur Youtube ni dans les livres, c'est qu'il ne suffit pas de tenir la plume au bon angle par rapport à la verticale sur le papier, encore faut-il la tenir correctement dans l'espace, c'est-à-dire perpendiculaire au papier, et le placement des doigts, surtout du pouce, peut faire une grande différence. C'est une question de millimètre et quand on sent la plume glisser en silence on sait qu'on tient la plume correctement.

Une jeune souris a élu domicile dans une boîte en vannerie sur une étagère devant mon poste de travail et le bruit de ma plume la réveille alors elle couine et elle sort la tête par le trou qu'elle a rongé à l'arrière de la boîte, comme si elle disait « Arrête ce raffut! Y'a pas moyen de dormir! »

Après avoir copié les noms du calendrier et des citations de Shakespeare au cours des mois passés, je suis en train de copier les versets (est-ce le mot juste?) du Tao. Le livre m'a suivi depuis New York. Je me souviens que quand j'ai été expulsée de mon appartement je l'ai gardé parmi les objets de première nécessité et en dépit de mes errances je ne l'ai pas perdu et je suis très heureuse de l'avoir avec moi car maintenant je le comprends mieux. Autrefois c'était très mystérieux, je me demandais ce que l'auteur voulait dire, mais maintenant cela me parait très simple la plupart du temps.

Après ma séance de calligraphie je me suis lavé les cheveux et je suis sortie faire des courses un peu avant 9H. La cloche de l'église sonna alors que j'étais en chemin. A la caisse du supermarché je faisais la queue quand j'ai vu que rien ne se passait depuis un bon moment. Finalement quelqu'un est venu nous dire que la caisse était en panne et qu'il fallait transférer nos achats sur la caisse voisine. Une employée a fait le transfert. Je me suis retrouvée faisant la queue à l'autre caisse mais un client m'empêchait de me mettre dans la file alors j'ai attendu en retrait. Il y a eu un problème avec le paiement par carte donc un retard supplémentaire et ce n'est qu'après avoir fermé mon sac que j'ai vu un paquet de biscuits pour enfants sur le tapis. J'ai dit que ce n'était pas à moi et la caissière m'a répondu qu'elle l'avait compté dans mes achats donc je l'avais payé et si je voulais me faire rembourser il fallait que j'aille à l'accueil clientèle. Heureusement c'était tout près et j'y suis allée aussitôt. J'ai été remboursée et quand l'opération fut terminée je me rendis compte que mes béquilles n'étaient pas à côté de moi. Je les avais laissées à la caisse dans un endroit où elles ne risquaient pas de tomber, mais j'ai eu un moment de panique car je ne me souvenais pas de les avoir laissées là-bas. Finalement tout est rentré dans l'ordre mais je sais bien que c'est la façon à la con de mes cohéritiers de manifester leur mesquinerie. Trois contretemps en un seul passage à la caisse!

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AVANT

APRÈS
Cette semaine j'ai finalement réparé mon short en lin bleu marine qu'une souris avait rongé pour faire un nid avant de mettre bas. J'ai décousu les bandes brodées et la ceinture pour les conserver et les poser sur la partie neuve, j'ai coupé les jambes neuves, ai cousu dessus les bandes brodées et c'est seulement après que j'ai re-coupé le bord vif avec la courbe d'entre-jambe et la ligne de ceinture pour que tout coïncide bien, et enfin j'ai assemblé les deux jambes et posé la ceinture.

Au lieu d'y passer la journée comme par le passé, je me suis arrêtée avant de me sentir fatiguée car c'est dans un état de fatigue qu'on fait des erreurs qu'il faut défaire. Donc j'ai mis plusieurs jours mais maintenant c'est fini et cela s'est passé sans douleur, le vêtement est encore mieux que le précédent car ce dernier avait l'entre-jambe trop bas et je l'ai remonté de cinq centimètres, ce qui est très bien, et j'ai réussi à joindre chaque bande verticale à chaque bande horizontale sans que le motif soit déformé, et c'est là ma plus grande source de satisfaction.

Le 5 juillet: J'ai aussi fabrqué une paire de shorts et un pantalon. Le short dans un lin beige-rosé que j'avais acheté en solde chez Toto il y a plus de dix ans. Le tissu était difficile à travailler mais après quelques difficultés je suis satisfaite du résultat et très contente d'avoir utilisé du tissu de ma réserve, car je me reprochais souvent d'occuper de l'espace avec beaucoup de tissus qui ne me servaient pas et je me demandais si je ferais mieux de les jeter.

J'ai taillé le pantalon dans un voile de coton de sari, pour pouvoir le porter pendant les jours de canicule que nous avons connus durant le mois. Le tissage est bleu pour la chaîne et rouge pour la trame (ou l'inverse) ce qui donne un aspect violet changeant très joli. Pour donner un peu de rigidité et empêcher que le tissu se froisse trop aux genoux j'ai brodé des rangs verticaux de sashiko (voir photo). L'effet visuel est très réussi et quand j'ai porté le pantalon la première fois par une température proche des 30° j'ai vraiment apprécié sa légèreté. Cependant je m'inquiétais de sa fragilité aux coutures et après l'avoir porté trois fois j'ai vu qu'en effet le tissu peinait au niveau de certaines coutures. Je m'y attendais et j'avais d'abord envisagé de coudre le short en lin à l'intérieur du pantalon mais c'est la difficulté avec le tissu de lin qui m'a fait changer d'idée. Pour renforcer les coutures du pantalon aux endroits de stress j'ai donc appliqué à plat à la machine des bandes de biais et pour le moment cela a l'air de tenir sans difficulté.

J'ai écrit par email à mon neveu Youri pour lui demander des nouvelles de mon frère François dont je suis sans nouvelles depuis plus de dix ans. Il m'a répondu qu'il vit au Togo et qu'il est difficilement joignable, raison pour laquelle c'est lui, Youri, qui reçoit les correspondences concernant la succession. Je lui ai alors demandé ce qui se passait avec la propriété de Laborel dans la Drôme, dont il avait hérité, car à quoi bon posséder plusieurs hectares de terrain en France si mon frère vit au Togo? Cette fois il ne m'a pas répondu.

Je crois qu'en réalité l'adresse de messagerie portant le nom de mon neveu appartient à mon frère, mais qu'il fait ceci pour se cacher de moi car il a pu constater que j'ai compris que c'était lui qui conduisait la voiture dans laquelle le voleur de mon sac à main avait pris la fuite en été 1986 à New York, et que c'est pour rester dans l'ombre que tout le cours de la justice a été perverti, depuis l'arrestation jusqu'à l'audience de condamnation. C'est en effet une succession de trahisons et de lâchetés et de corruption auxquelles il s'est livré, et il n'ose pas se manifester car il a peur que je lui demande des explications et surtout, des réparations.

À propos de salauds, j'ai arrêté de correspondre avec Tracy Beatty car comme je disais précédemment, je ne peux pas le forcer à changer, et comme il ne manifeste aucun repentir au sujet de sa vie de hors-la-loi je n'ai plus rien à lui dire. Tant que je croyais qu'il regrettait son passé, j'avais de l'espoir et c'est ce qui me faisait tenir le coup, mais dans sa dernière lettre j'ai bien vu qu'il n'en était rien, il était même fier. Après tout, et ce n'est pas la première fois que je considère cette hypothèse, il se trouve peut-être bien en prison, peut-être que c'est le seul endroit où il se sent en sécurité, même s'il se plaint de maltraitance. Et même s'il a été condamné à tort pour l'homicide de sa mère, j'ai du mal à trouver encore de la compassion pour lui. Si comme je le crois à l'issue de mon enquête, sa mère et sa fille ont concocté le suicide de la mère assisté de la fille et fait en sorte que Tracy en fasse les frais après avoir pris une assurance vie sur les deux, mère et fils, dont les bénéficiaires sont les deux filles de Tracy, alors Tracy qui aime ses filles même s'il sait qu'elles l'ont trahi pour de l'argent, ne peut pas clamer son innocence sans faire retomber la faute sur sa fille préférée, c'est pourquoi il n'a rien fait depuis plus d'un an que je lui ai montré comment il pouvait se tirer d'affaire. Il est coincé.

J'ai appris au cours de ses missives que sa mère avait quatre ou cinq frères et soeurs, donc il avait une famille proche et ses oncles et ses cousins ont vraiment beaucoup fait pour lui, lui donnant plusieurs chances de s'établir dans son métier d'électricien, grâce auquel il aurait pu, à terme, créer sa propre entreprise. Mais il ne tenait pas en place. Il a eu deux accidents du travail qui l'ont mis à l'arrêt et au lieu de reprendre le travail une fois guéri, il ne supportait pas d'être à l'arrêt, forcé, je suppose, de penser, alors il improvisait une échappée et cela l'entraînait dans des circonstances qui parfois échappaient à son contrôle et prolongeaient son instabilité. Il a fait de nombreux cambriolages et n'a jamais manifesté le moindre sentiment à l'égard de ses victimes. À deux reprises un objet volé lui a causé de sérieux ennuis: une moto quand il avait 16 ans, avec laquelle il a eu un grave accident qui lui a fait perdre un rein, et un couteau avec lequel il a poignardé quelqu'un qui l'avait insulté, ce qui a eu pour effet de lui causer des ennuis avec la justice. Je crois que ses accidents, même s'ils ont l'apparence d'un hasard malheureux, étaient en fait des actes d'auto-punition car il réussissait tellement bien ses cambriolages qu'il n'a jamais été arrêté. Suite à un de ses accidents du travail il a dû se faire remplacer une hanche.

Il a eu me semble-t'il un dernier sursaut de conscience quand, s'aperçevant que beaucoup de monde s'affairait autour de lui à l'hôpital après son accident de moto, il s'est senti honteux d'être dépendant. Mais c'était le mauvais moment pour avoir honte! Il aurait fallu qu'il prenne la résolution, une fois rétabli, de ne plus jamais être un poids pour la société. Au lieu de ça, incapable d'affronter ses pensées, il s'est échappé de l'hôpital après avoir débranché ses perfusions.

Il a échappé à la mort de justesse plusieurs fois, la dernière fois il a reçu une suspension d'exécution une semaine avant la date fixée, mais cela ne l'a jamais fait réfléchir ni changer son comportement. Je crois qu'il essaie de compenser son sentiment d'infériorité dû à son père inconnu, en exagérant artificiellement son ego, c'est pourquoi tout ce qui pourrait menacer son image de soi est écarté, voilà pourquoi il ne peut jamais se reconnaître aucun tort. Mais dans son for intérieur il sait bien la vérité, et la différence entre son identité réelle et l'image qu'il essaie de donner doit le faire souffrir. Moi j'ai essayé de m'adresser à son identité réelle mais il n'a pas accepté. Malgré une certaine affection entre nous il ne s'est jamais ouvert sincèrement.

Pour voler la moto, il avait d'abord fait la connaissance d'un jeune homme qui travaillait dans le magasin et il l'a persuadé de laisser une porte arrière ouverte. J'ai demandé à Tracy comment s'est passée la suite pour ce jeune homme, après que Tracy eût son accident qui a révélé sa possession de la moto volée, mais il n'a pas répondu à cette question.

Vers l'âge de la puberté il a pris conscience de son pouvoir sur les femmes, comment il fallait leur parler et les regarder avec ses beaux yeux bleus pour qu'elles fassent ce qu'il voulait. Et tout bâtard qu'il était il n'a pas fait d'effort pour épargner ce sort à un autre car ayant la formule magique pour séduire, il a couché à droite à gauche sans se soucier des conséquences, et quand une de ses premières conquêtes a fait un voyage pour se faire avorter il était indigné, il a rompu la relation et n'a accepté aucune responsabilité. Ceci dit c'était très imprudent pour les parents de la jeune fille, d'héberger un jeune homme de son âge et de les laisser seuls. Bien sûr c'était les années 70 et la révolution sexuelle battait son plein mais il aurait fallu donner à la jeune fille les moyens de contraception dont elle avait besoin.

En résumé Tracy me fait l'effet d'un specimen caricatural du Consommateur englouti corps et âme par la société de consommation. Un peu comme le jeune homme dans Ascenseur pour l'Échafaud, Tracy est fasciné par les automobiles et les moteurs, le progrès de la technologie et les objets de consommation en général dont il emplissait des sacs et des valises lors de ses cambriolages. Hédoniste pur il ne supportait aucune contrainte même quand il avait pris sur lui des responsabilités. Ainsi jeune marié il trompait sa femme avec des femmes rencontrées au bar du coin quand son travail sur les tours de transmission l'éloignait du bercail. Et être le père de deux jeunes enfants ne l'a pas empêché de continuer à se droguer à la metamphétamine, à laquelle il était accroc. Au fond il est dépressif, c'est pourquoi il prenait des stimulants, mais il n'a jamais voulu aller au fond du problème qui le hante. Ses lettres me donnaient l'impression d'être très superficielles, elles manquaient de profondeur comme le petit bain à la piscine municipale. Il racontait les faits mais jamais ou très rarement ses pensées, ou alors d'une façon conventionnelle (« She broke my heart »).

Il n'a jamais fait preuve d'aucune conscience sociale ni politique. Il aurait pu analyser ses problèmes dans ces contextes plus larges et comprendre que c'était ce courant qui l'avait entraîné. J'ai essayé moi-même de lui faire comprendre que dans les années 60-70 la révolution sexuelle avait eu lieu, et que les femmes au foyer prenaient beaucoup de pilules contre le mal de vivre, des pilules pour maigrir, pour dormir, pour tout, et que la musique populaire et la littérature avaient mentionné cet état de faits. Que la cause de leur mal de vivre était la société de consommation qui les privait des repères avec lesquels elles avaient grandi et les confinait dans des espaces limités comme des poulets de batterie, àù elles n'avaient rien d'autre à faire que consommer. Et qu'à la même époque c''était la coutume pour les hommes d'affaires de boire trois "martinis" à l'apéritif lors des déjeuners d'affaires, c'est-à-dire 150 millilitres de gin.

Tracy ne semble pas avoir compris que sa mauvaise vie est la cause de la situation où il se trouve maintenant, parce qu'il n'a jamais été arrêté pour tous les vols qu'il a faits et il n'a pas reçu un procès juste. Mais ce n'est pas rare que les malfaiteurs finissent par être condamnés pour des méfaits dont ils ne sont pas responsables, et qu'ils clament leur innocence à grands renforts de presse, mais en tout cas justice est faite et ils sont hors d'état de nuire. Seulement dans le cas de Tracy il ne peut clamer son innocence sans faire condamner sa fille, du moins si mon analyse est correcte, c'est pourquoi il est coincé dans le couloir de la mort et il ne fait rien pour s'en sortir. Protéger jusqu'à la mort quelqu'un qui l'a vendu, c'est la récompense de ses années de trahison.

Mais même dans ce cachot il ne reconnait aucune faute de sa part. C'est un de ses plus gros problèmes car alors il n'a aucune chance d'améliorer son sort puisque tout est toujours la faute de quelqu'un d'autre. Ainsi au sujet de son séjour au trou il dit que c'est un maton qui a commencé. Il m'a dit a plusieurs reprises que si on avait autant de compréhension avant les faits qu'après (en Anglais il y a une expression ironique qui dit que la vision du passé est toujours 20/20) personne ne ferait jamais d'erreur. Mais à quoi cela lui a-t'il servi de comprendre le passé? Il n'en a jamais tiré aucune leçon puisqu'il a persisté dans son style de vie et répété les mêmes erreurs avec les mêmes résultats. On dirait qu'il a pensé que son destin était tout tracé. Peut-être qu'à l'école ses camarades le traitaient de bâtard alors il s'est dit autant jouer le jeu à fond. Bastard en anglais cela veut dire bâtard mais aussi salaud. Mais il y a des gens qui refusent un destin tout tracé et s'efforcent de faire leurs preuves pour montrer qu'on a le pouvoir de choisir ses actes. Tracy n'était pas de ceux-là. Il est allé vers la facilité. Il a fait de mauvaises rencontres et il s'est laissé entraîner, puis il a agi de son propre chef. Il n'a apparemment jamais fait acte de courage en résistant à une tendance qui essayait de l'entraîner là où il ne voulait pas aller.

Après avoir reçu sa dernière lettre fin mai, j'ai envoyé un nouvel email à l'Innocence Project pour signaler que Tracy n'avait pas reçu de réponse à sa demande de décembre 2016, mais n'ai pas reçu de réponse non plus, alors je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus: en juillet 2015 après que la date de son exécution ait été fixée, puis après la suspension, javais cherché fébrilement auprès de plusieurs organisations et avocats indépendents quelqu'un qui prendrait son affaire et quand j'eus enfin trouvé, en août 2016, une organisation qui acceptait d'étudier son cas, au lieu de sauter sur sa chance Tracy avait attendu plusieurs mois alors dans ces conditions...

Il dit que la drogue qui sert à mettre à mort les condamnés au Texas est la même qu'il utilisait quand il se shootait, sous-entendu, cela ne lui fera pas une grosse surprise, cela pourrait même être agréable de s'en aller ainsi. Je crois qu'il dit ça pour ne pas avoir l'air complètement vaincu. Toute la mise en scène qui précède est ce qu'il y a de pire à mon sens. J'ai fait ce que j'ai pu. Je ne suis pas la première à essayer de l'aider. Depuis ses ennuis avec la justice des mineurs il a parlé à de nombreuses personnes dont c'était le métier d'aider les repris de justice à repartir sur le bon pied.

J'ai compris que la plupart des livres que je lui ai fait envoyer par Amazon ne l'intéressaient pas. Un des rares qu'il ait gardé était sur les bagnoles européennes.

Au milieu du mois j'ai reçu un courrier d'une agence de recouvrement qui me réclamait un arriéré de cotisation pour une assurance dont j'ignorais l'existence. J'ai téléphoné à la MAIF et j'ai appris qu'en 2007 ma mère avait, sans me prévenir, souscrit une assurance habitation sur mon appartement, et elle avait autorisé le prélèvement automatique pour payer les cotisations. Mais en janvier 2017 le prélèvement avait été rejeté (pour une raison que j'ignore) alors la Cie d'assurance essayait de se faire payer en se tournant vers moi.

J'étais très en colère et mon interlocutrice m'a entendue exprimer avec véhémence mon indignation contre les agissements de ma mère. Je me suis reprise et lui ai dit que ce n'était pas contre elle, l'employée, que j'étais en colère mais contre ma mère. Je lui ai expliqué que de mon côté je m'étais assurée contre les mêmes risques auprès d'un autre assureur et que je ne me sentais pas responsable du non-paiement de ma mère. Elle m'a mise en attente et quand elle est revenue elle m'a demandé d'envoyer la preuve que j'étais assurée ailleurs, afin que la dette ne me soit pas imputée.

J'ai trouvé facilement ce que je cherchais: une confirmation de contrat avec Azur de 2003 et une attestation d'assurance de MMA de 2011 et j'en ai envoyé le cliché en pièce jointe par email à la MAIF.

Pendant le mois j'ai continué à me renseigner sur le bambou qui me semble-t'il offre de grandes promesses en tant que matériau de construction s'il et d'un diamètre suffisant. J'ai cherché des terrains pour en faire pousser mais même si le bambou n'est pas trop exigeant, il lui faut quand même certaines conditions difficiles à concilier: à la fois un terrain assez léger, pas trop acide, un bon drainage mais suffisamment d'eau.

J'ai aussi, comme au mois de mai mais moins intensément, consulté les annonces de vente de maisons. Si je veux une maison prête à m'accueillir, c'est-à-dire qui n'a pa besoin de travaux majeurs tels que toiture, assainissement, électricité etc. ni peinture, les prix commencent aux alentours de 50.000 euros pour une petite maison de deux à trois pièces. Un jardin en plus et c'est plus cher. Dans un village de préférence, pour pouvoir faire ses courses à pieds.

Quand je suis frustrée je pense à auto-construire avec des matériaux écologiques, par exemple la paille avec enduit de terre, ou le béton de chanvre. C'est sûr qu'en construisant on peut mieux répondre à ses besoins propres au lieu de s'adapter à un bâti existant, qui correspondait aux besoins de quelqu'un d'autre dont le style de vie est maintenant dépassé.

Certaines maisons à vendre n'ont aucun caractère, ni rien qui les rende attrayante à part le terrain sur lequel elles sont bâties: elles sont en mauvais état général et elles ne valent pas la peine qu'on les remette à neuf. Il vaudrait mieux les démolir et bâtir à nouveau mais ici en France apparemment on ne démolit pas aussi facilement qu'aux USA ou alors les propriétaires tentent leur chance au cas où... Mais la démolition elle aussi coûte cher.

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Ce compte-rendu ne serait pas complet si je n'évoquais deux problèmes auxquels j'ai été confrontée depuis le début de l'année: la gale et les souris. J'avais des démangeaisons très localisées pendant plusieurs mois. Ayant lu qu'il y avait une épidémie de varicelle et de zona (c'est le même virus mais l'une affecte les jeunes enfants, l'autre les adultes) je croyais que c'était le zona qui me tourmentait. Mais comme la crise se prolongeait, alors que le zona ne devrait durer qu'une dizaine de jours, j'ai repris mes recherches.

J'ai appris en lisant les nouvelles que les réfugiés qui couchent à même la rue sont affectés par la gale et que la maladie est difficile à traiter si les conditions d'hygiène sont mauvaises. En me renseignant davantage j'ai compris que c'était de ça que je souffrais moi aussi. Quelle horreur! Jamais je n'aurais cru pouvoir en être victime. Peut-être à la fin de l'hiver, n'ayant pas pris beaucoup de douches à cause du froid, j'avais trop de peaux mortes sur le corps, car ces bestioles, les acariens, se nourrissent de cellules mortes de l'épiderme.

Quant aux remèdes il y a les classiques délivrés sur ordonnance et très toxiques, et les remèdes naturels. C'est parmi ces derniers que j'ai fait mon choix. Une infusion d'ail frais étalée sur les parties affectées a donné de bons résultats mais l'odeur m'a trop incommodée surtout avec la grosse chaleur. Je me suis alors tournée vers l'huile essentielle de sassafras (aussi appelée tea tree) diluée dans l'huile de neem (aussi appelé margousier ). Ce dernier remède est efficace lui aussi et j'ai ajouté au mélange de l'huile essentielle de citronnelle pour repousser les moustiques, tant qu'à faire!

Le deuxième problème, c'est les souris. J'ai dû changer entièrement mon système de rangement car elles aiment bien la vannerie sur laquelle elles peuvent grimper, et qu'elles peuvent ronger à loisir. J'ai acheté des pièges à ressort et des pièges collants. Cela finit par m'attrister de tuer tous ces petits animaux et à la fin du mois j'ai arrêté (temporairement) d'essayer de les éliminer. Car elles sont très amusantes à regarder. Les souriceaux qui font leur première sortie hors du nid sont instables sur leurs pattes et ne savent pas encore courir correctement. Ils sont si petits que c'est difficile à croire qu'ils sont des mammifères. J'ai installé pour la gent trotte-menu un petit restaurant avec trois bacs hexagonaux, l'un contenant des cacahuètes salées, le second des cacahuètes brisées au pilon, le troisième de l'eau. Il y a aussi un petit bocal qui force les souris à se mettre debout pour boire. Je ne suis pas parvenue à les empêcher de grimper sur ma table alors j'ai décidé de les laisser faire et de rendre l'expédition amusante, ainsi elles peuvent grimper soit le long du rideau et prendre une passerelle que j'ai installée, soit grimper le long du fil de ma lampe de chevet. Il y a la-haut aussi de l'eau et de la nourriture. Elles aiment se cacher dans le bac à feuilles de mon imprimante, dont je me sers rarement, et disposer des mouchoirs froissés et déchiquetés pour masquer l'entrée. Elles sont au niveau de mon œil là-haut et j'ai tout loisir de les observer. Parfois nous sommes face à face, séparées par un vide d'environ 50cm. Je les observe de mon lit et 9 fois sur 10 je les trouve plus intéressantes que ce qu'il y a sur mon écran d'ordinateur.

Je suis donc partagée entre la nuisance et le divertissement car au matin il faut bien que je balaie leurs crottes et que je passe la serpillière au moins trois fois par semaine. L'astuce c'est de les empêcher de grimper, donc d'enlever tout ce qui leur sert de promontoir. J'y arrive petit à petit, mais cela demande un effort mental pour réorganiser mes rangements. Si j'avais une ou deux armoires en plus cela résoudrait le problème mais comme je n'en ai pas assez tout ce qui n'est pas enfermé doit être surélevé sur un socle lisse afin qu'elles ne puissent y grimper. J'en avais super marre de trouver des crottes sur ma machine à coudre et comme elle reposait sur une enceinte je ne comprenais pas comment les souris pouvaient accéder à la machine, et finalement j'ai compris qu'elles grimpaient sur la partie avant recouverte d'un tissu. Mais comme je ne me sers pas de ces enceintes pour écouter de la musique et qu'elles sont tournées de côté j'avais oublié cette face couverte de tissu. J'ai trouvé un bidon d'huile de 25 litres dans la poubelle du resto et cela a résolu mon problème pour de bon.


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