Journal de la Femme à Abattre



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Paris, septembre 2017

Le mois a commencé avec des échanges de mail avec mes trois soeurs puis après le retour de Youri en France, un récit de la cérémonie et de l'état de santé de mon frère avant son décès, ainsi qu'une description alarmante de l'état de délabrement de sa maison à Kpalimé au Togo, où il vivait avec sa femme Togolaise et leurs quatre enfants. Comment pouvait-il dire que seuls comptaient pour lui ses enfants, et en même temps ne leur offrir pour domicile qu'une maison qui ne ferme pas et qui n'a pas l'eau courante? A quoi lui a servi d'être malhonnête s'il n'a même pas pu, avec le fruit de ses fredaines, assurer le minimum vital?

Youri nous décrit son état de santé affaibli par des décennies d'abus de cigarettes et d'alcool. Quelle déchéance! Il est loin le frérot adorable et gentil dont je me souviens quand il avait cinq à sept ans. Les clips vidéo que Véronique m'a envoyés sont très courts, il est difficile de se faire une idée du déroulement de la cérémonie. J'ai répondu à Youri en lui parlant des souvenirs de François quand il n'était qu'un petit garçon, avant que mes soeurs et mes parents lui fassent changer de cap. J'ai offert d'aider à mettre ses papiers en ordre puisqu'aussi bien en France qu'au Togo ils sont dans un désordre complet, et de m'occuper des formalités administratives pour faire immigrer la famille en France, sachant que les deux fils Evarist et Firmin sont nés en France.

J'ai aussi dit que je n'accepterai pas qu'on fasse pression pour que j'accepte de vendre la maison d'Emalleville car c'est parce que la fratrie a signé l'acte de partage en mon absence (en janvier 2002) pour que j'en ignore le contenu, que je m'oppose à la vente du bien immobilier. Elisabeth m'a répondu sur un ton impatient qu'elle en a plus qu'assez que je les « bassine » avec mes plaintes que l'appartement où j'habite ne m'appartient pas vraiment. Elle me dit comment elle a fait pour vendre le sien au 3ème ou 4ème étage, que tout s'est passé très simplement, qu'elle a laissé les notaires s'en occuper, son notaire étant l'office de Me Laurent (aujourd'hui retraité) et Gence à Rouen, puisque les papiers sont à cette étude. J'ai répondu que je n'ai signé aucun acte notarié de mutation de propriété, par conséquent il ne peut exister de tel acte à cette étude, et que ce qui a permis à Me Laurent de m'enregistrer comme propriétaire de cet appartement, c'était l'arrêt de la Cour d'Appel de Rouen (avril 2007) qui a homologué l'acte de partage sur lequel je n'avais jamais jeté les yeux, et qui a été obtenu par plusieurs actes de fraude, en conséquence il y a eu escroquerie au jugement, une infraction pénale passible de plusieurs années de prison. Je lui offre de résoudre l'affaire à l'amiable.

J'ai eu le moral plombé par le décès de mon frère. Même s'il était devenu quelqu'un de redoutable (il me faisait l'effet d'un zombie quand je l'ai vu pour la dernière fois en 2002) je reste attachée au petit garçon qu'il était, qui avait bon coeur et bon caractère. Je me souviens pour ma part de la difficulté presque insurmontable de renouer avec l'enfant que j'étais moi-même, avant que mes parents ne me déforment. Pour reconnaître que j'étais née droite et pleine de curiosité et d'amour pour la vie, il m'a fallu accepter que mes parents étaient des êtres malveillants qui m'avaient déformée à dessein, alors la perte de l'illusion d'avoir été aimée m'a presque anéantie, mais c'était nécessaire de l'accepter pour retrouver ma vraie nature, celle avec laquelle j'étais née et qui cherchait à s'exprimer avant que mes parents ne l'étouffent.

J'ai compris le système de ma mère, qui consiste à créer les conditions pour que je fasse quelque chose de répréhensible moralement, et ensuite elle me laissait entendre qu'elle le savait et qu'elle me méprisait, et ainsi j'étais en son pouvoir car j'avais peur qu'elle répète mon méfait. Je voulais que ce secret honteux reste entre nous mais elle ne disait jamais ouvertement ce qu'elle comptait faire, et ainsi j'avais le sentiment d'être obligée de faire ce qu'elle voulait dans l'espoir qu'elle ne dirait rien à personne.

Ainsi quand à 18 ans j'ai été prise en flagrant délit de vol au supermarché, j'ai vécu ensuite dans l'angoisse qu'elle ne répète à mes soeurs cet épisode honteux mais je n'osais pas lui demander de n'en rien dire, car elle aurait su que c'était un point faible et elle en aurait profité pour me tourmenter. Oui c'est horriblement douloureux et difficile de renouer avec l'enfant pur et innocent qu'on était. C'est comme si on avait été enterré vivant et qu'on essayait de sortir de terre, en repoussant le poids de tout ce qui avait été placé sur la tombe. C'est ainsi que j'ai retrouvé ma véritable nature. Le fil directeur, c'était de savoir qu'au départ je n'avais jamais voulu nuire à personne. Ces idées de prendre ce qui ne m'appartenait pas m'avaient été inspirées de l'extérieur. D'abord quand, toute petite fille, je n'avais pas les fournitures scolaires requises, et plus tard, en cédant au chantage à l'amitié d'une camarade de classe qui m'avait séduite en jouant du Bach au piano, et qui exigeait que je l'accompagne et l'imite dans ses expéditions où elle « piquait » des babioles aux Nouvelles Galeries d'Annecy. Heureusement l'arrestation et les poursuites pénales m'ont dissuadée de jamais voler à nouveau. Mais je crois que mes parents voulaient me communiquer le message opposé. En effet je n'avais été condamnée à rien du tout, alors c'était un encouragement à continuer!

Sur le front domestique j'ai continué la calligraphie avec une plume différente. C'est une Bandzug de la marque Brause, avec une pointe coupée en biais, qui est plus facile mais qui produit un tracé un peu trop régulier, où les pleins et les déliés sont moins évidents. L'autre était une Round Hand de Mitchell. Quand on débute il y a tellement de plumes différentes qu'on a du mal à s'y retrouver.

J'ai aussi continué mes expériences de broderie Hitomezachi qui donne de bons résultats, conformes à ce que j'en attendais pour remplir les coeurs des fleurs hexagonales.

J'allais oublier de noter quelque chose d'important: m'étant aperçue que les souris avaient envahi le tiroir supérieur de ma commode (un meuble dont je me sers rarement) j'ai enlevé le tiroir pour le nettoyer. D'abord je l'ai posé verticalement pour qu'il sèche car il y avait des taches humides, et quelques jours plus tard, lasse de voir ce tiroir encombrer l'espace je me suis décidée à laver le fond avec un détergent sérieux. J'ai donc versé de l'ammoniaque dans une cuvette avec de l'eau et j'ai commencé à frotter le fond du tiroir. Il y avait une grosse tache brunâtre que je n'avais jamais remarquée et je m'y suis attaquée énergiquement tout en me demandant ce que cela pouvait bien être. La tache s'est bien éclaircie sous mes frottements vigoureux et l'eau était marron. En prenant un peu de recul j'ai vu qu'il y avait plusieurs trainées qui partaient d'un centre à peu près uni, et soudain j'ai réalisé qu'il s'agissait de l'empreinte sanglante d'une main!

Pendant plusieurs jours je me suis demandé comment cette empreinte avait pu être déposée là, car la main droite était dans le mauvais sens, avec les doigts pointant vers l'ouverture du tiroir. J'ai imaginé plusieus scénarios où le tiroir était sorti de la commode et quelqu'un avait fouillé le tiroir par l'arrière avec une main sanglante, mais ça ne collait pas. J'ai fini par conclure que c'était une paire de gants sanglants superposés qui avait été déposée là. L'emplacement de l'empreinte était vers l'extrémité droite, confirmant que c'était le propriétaire des gants qui les avait déposés dans le tiroir. Donc les gants auraient été déposés alors que le sang était encore frais, c'est-à-dire juste après le crime.

Cette commode ne faisait pas partie du mobilier quand nous habitions à Annecy-le-Vieux. Comme de nombreux autres meubles elle est venue garnir une des nombreuses pièces de la maison d'Emalleville. Ma chambre là-bas était meublée entièrement de meubles que je n'avais jamais vus auparavant: mon lit capitonné de satin brodé vieux rose qui jurait avec le papier peint à dominante orange vif; ma table, une jolie table ancienne, et cette commode. Maintenant je crois me souvenir d'avoir vu cette tache brunâtre quand en 1971 j'ai pris possession de la chambre qu'on m'avait attribuée, mais n'ayant jamais sorti le tiroir je n'avais jamais vu l'empreinte complète, et je ne m'étais jamais demandé ce qu'elle représentait. D'ailleurs je pensais davantage à ce que j'avais mis dans cette commode, qu'à son état à vide. En effet ayant conservé des textes écrits quand j'habitais cette chambre minuscule au-dessus de mes grands parents à Neuilly/Seine, aux alentours de 1972-73 quand j'étais plongée dans la dépression, je les avais placés dans cette commode qui fermait à clef, de même que d'autres écrits et des papiers que je voulais garder, et quelques vêtements aussi.

Pendant mon séjour aux USA j'avais demandé à ma mère un papier qui se trouvait dans cette commode. Je savais que même fermée à clef, elle pouvait facilement être ouverte mais ensuite j'ai eu une crise d'angoisse et j'ai voulu parler confidentiellement à François au téléphone, et lui ai demandé de vider entièrement cette commode et d'en mettre le contenu dans une valise fermant à clef. Il m'avait demandé d'un ton surpris pourquoi je voulais qu'il fasse cela, si j'avais peur que mes affaires privées soient « violées » et il avait accepté de faire ce que je lui demandais.

A mon retour en France la commode était au grenier et tous les tiroirs en étaient sortis. Mon emménagement avenue de Choisy s'est déroulé sans que j'en aie le contrôle car si je l'avais eu, j'aurais pris ma collection de 33-tours (aujourd'hui on appelle ça des « vinyls ») et la valise qui contenait mes papiers, et je n'aurais pas pris l'équipement stéréo volumineux ni les deux cubes pleins de disques 33-tours que Norbert a installés chez moi malgré mes protestations.

La commode a été placée dans ma chambre et un portrait de moi au crayon de couleurs, réalisé en 1968 à Francfort par le père de Théo Geisel d'après une photo, avait été placé par je ne sais qui dans le tiroir du haut juste au-dessus de la tache sanglante, et comme j'avais laissé ce portrait au même endroit je n'avais pas vu la tache pendant quinze ans, de 2002 à 2017.

Ce portrait, ainsi que les meilleurs photos de moi que je m'étais fait faire pour être mannequin et actrice quand j'avais 22-25 ans, faisait partie des papiers que j'avais mis sous clef dans la commode avant de partir aux USA, et que ma mère l'en avait retiré, car lors de ma visite en 1990 une photo de moi, un portrait en noir et blanc, où j'étais particulièrement réussie, où ma beauté, mon intelligence et mon humour transparaissaient, était affiché contre le mur dans la chambre que j'occupais, et je savais très bien que je n'avais jamais donné cette photo à ma mère.

Où alors elle l'avait volée dans mes cartons quand j'avais emménagé rue Sourbelle à Evreux en 1976. Quand j'avais trouvé mes cartons chamboulés elle avait dit que ce devait être Jean Luc, l'homme à tout faire, qui avait fait ça et au ton de sa voix il était évident qu'elle n'allait rien faire. Voler ses photos à une femme qui veut être mannequin ou actrice, c'était voler son outil de travail, mais pas seulement. C'était peut-être aussi une grave atteinte psychologique, comme pour éliminer la preuve de ma beauté, qui pouvait être chez les femmes de ma famille un motif de haine. Au fil des ans ma mère me parlait de temps en temps de cette photo. Elle trônait sur le piano. C'était amer de la savoir là car mon plus cher désir, enfant, était d'apprendre à en jouer, et elle ne l'avait jamais permis, alors le piano était resté un rêve inaccessible. Que ma photo soit placée sur l'instrument n'était pas une consolation.

Voilà tout ce que je sais au sujet de l'empreinte sanglante. Encore faut-il s'assurer que le sang, si c'en est, est bien du sang humain car sinon il n'y a pas eu de crime.

Mercredi 13: J'ai eu le plaisir de ranimer ma carte SD et de retrouver des fichiers que je croyais perdus. Le problème n'était pas avec la carte mais avec le support, une clef multi-format. En effet j'ai vu que les deux plaques qui s'emboitent l'une dans l'autre, et qui forment la partie centrale dans laquelle viennent se brancher les cartes SD, étaient séparées. J'ai alors pensé qu'il y avait une rupture de contact et après avoir mis une mini-pince à dessin pour resserrer les deux parties, j'ai pu me servir à nouveau de ma carte SD. Elle ne fait que 512 Mb, largement assez pour du texte. Maintenant la carte la plus riquiqui fait 16 Gb! C'est parce que tout le monde fait des photos et des vidéos avec son smartphone.

J'ai réparé un tricot que j'avais fait moi-même à la main il y a plusieurs années. C'est un mélange de laine et soie très doux et chaud. Je le portais toute la saison froide comme un sous-vêtement, à même la peau et à la longue le coude gauche était troué. J'ai regardé comment repriser mais mes tentatives avaient donné des résultats très insatisfaisants. J'avais alors pensé qu'il serait plus simple d'enlever la section abîmée, de la retricoter à neuf, et de greffer la partie neuve sur la manche. Jusqu'à hier j'avais tout fait sauf le re-tricotage et la greffe, et hier je l'ai fait. La greffe demande une certaine habileté et elle est loin d'être parfaite mais au moins le tricot est redevenu utilisable, et c'est l'essentiel. En tricot tout devient uniforme à l'usage. La deuxième photo montre le pull rapiécé à son retour du pressing.

Vendredi 22: Quand on tricote sans modèle écrit de A à Z il faut beaucoup réfléchir, c'est une véritable prise de tête, c'est pourquoi j'ai arrêté pendant quelques années, surtout que j'avais réalisé pratiquement tout ce dont j'avais besoin: assez de chaussettes, de gants, mitaines, chapeaux, bonnets, un châle, ce pull... Mais j'ai vu que, de 2013 à 2016, mon pull en soie/laine m'a donné quatre ans de service intensif, depuis les premières froidures de l'automne jusqu'aux premières chaleurs du printemps, et mon travail en valait la peine.

Durant la semaine du 11 au 17 septembre j'ai échangé des emails avec Elisabeth et Véronique. Elisabeth m'indiquait la marche à suivre pour vendre mon appartement. Elle me disait comment tout s'était déroulé pour elle, d'après elle une fois qu'elle a trouvé un acheteur elle a laissé Me Laurent s'occuper du reste. L'argent de la vente a été versé sur son compte en banque comme par miracle. Elle n'a fait aucune mention de signature devant notaire, elle vivant à Göttingen en Allemagne, et elle m'encourageait à suivre la même démarche facile.

J'ai répondu en disant que tout d'abord je ne pourrais jamais faire appel à l'étude notariale Gence-Laurent puisque Me Laurent a activement participé à l'escroquerie dont j'ai été victime. Et que, étant donné l'envolée des prix de l'immobilier à Paris, mon appartement de 48m² vaut environ 300.000 euros et que « j'en connais qui n'hésiteraient pas à tuer le vendeur pour économiser cette somme ». J'avais pour l'occasion omis de mentionner l'argument principal, qui est que je ne peux pas être propriétaire de cet appartement car je n'ai jamais signé aucun acte de mutation de propriété devant notaire.

Véronique a répondu en me disant que je peux choisir n'importe quel notaire, et elle me fait miroiter les 300.000 euros comme s'ils étaient à ma portée si seulement je voulais faire le petit effort de mettre en vente mon appart. Juqu'à présent j'avais cru que l'étude Gence avait une formule secrète, des papiers spéciaux, pour opérer cette vente avec une entourloupe d'écriture, raison pour laquelle on m'incitait à faire appel à cette étude, mais Véronique a démoli cette hypothèse en me disant que je pouvais faire appel au notaire de mon choix.

Ce que je n'ai pas dit, car je ne voulais pas brouiller le débat, c'est que quelle que soit la valeur de cet appartement, même si j'avais tous les papiers, il ne représentait qu'une partie de ma part d'héritage, et même si je me retrouvais enrichie de sa vente, cela ne dédouanait pas mes cohéritiers qui me devaient encore le reste de ma part. Que je puisse vivre à l'aise avec 300.000 euros n'est pas la question, la question est de faire un partage équitable, et tant que mes cohéritiers me cachent l'acte de partage qu'ils ont signé sans moi en janvier 2002, il ne peut être question d'équité.

Quand j'ai réclamé ce document à Véronique, qui offrait de répondre à toutes question, elle m'a répondu qu'elle ne l'avait pas mais qu'elle allait le demander aux avocats qui s'étaient occupés du partage judiciaire de 1995. Il fallait juste qu'elle se souvienne du nom de leur cabinet. Cela promettait d'être long mais le lendemain elle m'a envoyé le jugement de 1995 et l'arrêt de la Cour d'Appel de Rouen de 2007. Je m'attendais à ce qu'elle trouve une échappatoire mais j'étais quand même furax qu'elle m'envoie copie de documents qui ne répondaient pas à ma demande. Comment pouvait-elle m'envoyer d'autres documents alors que le titre de mon message était "ACTE DE PARTAGE DE 2002"?

J'ai protesté et elle m'a répondu que je faisais une « fixette » comme si j'étais dans mon tort à demander des documents de preuve. C'est le monde à l'envers. Je n'ai ni acte de transfert de propriété signé devant notaire (puisque je n'ai rien signé), ni règlement de copropriété, ni acte de partage et je devrais croire sur parole quiconque m'assure que je suis légalement propriétaire de mon appartement? Si quelqu'un vous fait cadeau d'une voiture, n'est-il pas tenu de vous donner la carte grise?

En début de semaine je suis allée dans une bijouterie du centre commercial pour faire changer la pile de ma montre. Cela aurait dû être réglé en cinq minutes mais les minutes passèrent et la femme ne réapparaissait pas de l'arrière boutique. Je lui ai demandé s'l y avait un problème. Elle m'a répondu qu'elle n'arrivait pas à « la fermer ». Son mari est arrivé peu après, il est passé dans l'arrière boutique et j'ai continué mon attente, assise sur une chaise. Je me demandais s'ils faisaient ça pour me forcer à leur acheter une montre car on ne peut pas se servir d'une montre dont le couvercle est absent. Il s'est encore écoulé quelques minutes dans le plus parfait silence. J'ai à nouveau demandé quelle était la cause de ce retard et j'ai reçu la même réponse: « C'est qu'on a du mal à la fermer. » Au bout d'un moment cela m'a rappelé ma mère. « La ferme! » ou « Ferme-la! » (sous-entendu, « Ferme ta gueule! ») Elle utilisait souvent cette expression quand je parlais de sujets fâcheux. Quand elle était en colère son masque de gentillesse et de distinction tombait et on voyait sa vraie nature, avec son langage des faubourgs.

Samedi 23: Hier on a frappé à ma porte. C'était le facteur qui avait un petit colis pour moi. Je lui ai demandé qui était l'expéditeur. Il m'a dit que c'était Engie qui m'envoyait des ampoules basse-consommation. J'ai refusé le colis. Il a insisté pour que je le prenne, me disant qu'une fois refusé je ne pourrais pas changer d'avis, mais je suis restée ferme. Je n'avais reçu aucun courrier d'Engie m'annonçant ce cadeau.

A peine une demie-heure plus tard on frappe de nouveau à ma porte. C'était un autre facteur. Il avait l'air d'un musulman avec sa barbe brune et son teint un peu jaune. Il m'a dit qu'il avait un paquet pour Hazielle Picart, chez Valérie Aler. J'ai dit que c'était au 4ème étage. Je lui ai proposé de prendre le paquet mais il a refusé, disant qu'il fallait une signature. Je ne vois pas le problème, j'aurais pu signer! Je lui ai demandé s'il n'avait pas pu le mettre dans la boîte aux lettres. Depuis que la Poste a fait changer les boîtes, le facteur peut ouvrir la façade et déposer les colis qui ne passent pas par la fente. Il a dit qu'il n'a pas pu mettre le paquet dans la boîte. C'était pourtant un paquet très petit.

J'ai refermé la porte et suis retournée à mon clavier, quand cinq minutes plus tard on a frappé de nouveau à la porte. Cette fois je ne me suis pas dérangée. On a frappé encore quelques instants plus tard, puis on m'a laissée tranquille.

C'est drôle que tout cet épisode de livraison se soit produit ce jour-là car le jour même en faisant mon café du matin, je m'étais dit que je n'avais aucune commande en cours et j'appréciais le fait de ne pas attendre de livraison ni qu'on frappe à ma porte. Comme si j'avais eu une prémonition!

Les jours passés j'ai encore fait le vide: j'ai jeté une demie-douzaine de serviettes éponge car je les ai remplacées par des serviettes en nid d'abeille. J'ai jeté des vêtements dont j'ai réussi à me détacher. J'aimais bien ce pantalon de charpentier noir de la marque Smith avec sa poche allongée pour y mettre un mètre pliant, et la boucle pour y mettre un marteau. Il faut que je me fasse une raison: je fais maintenant du 46 avec un tour de poitrine de 116cm, ne retrouverai plus ma taille 40 d'autrefois et tous mes vêtements de cette taille ne me serviront plus jamais alors autant m'en débarrasser. L'espace gagné est très appréciable.

J'ai aussi décidé de me séparer d'une caisse entière qui contient ma bibliothèque musicale. Tous ces livres de chansons de Cole Porter, Duke Ellington, les recueils de compositeurs variés, les « Fake Books », les feuilles volantes avec les grilles d'accords, les livres de théorie etc. Je ne m'en sers plus et ils me gênent. L'idée de m'en séparer était impensable il y a peu mais soudain je ne vois plus de raison de les garder. C'est sûr que je ne jouerai plus de la guitare et si je veux entendre mes airs favoris je n'ai qu'à me brancher sur internet.

À dégager aussi deux assiettes creuses dont je ne me suis jamais servie, ainsi que des taies d'oreiller carrées alors que mes oreillers sont rectangulaires. Et cette mappemonde éclairée de l'intérieur! Elle fonctionne mais je n'en ai plus besoin.

Les souris sont parvenues à s'introduire dans mes armoires de bureau à rideau. En visitant ma collection de laines j'en a trouvé deux qui se terraient parmi les pelotes. J'ai sorti la boite dans l'ecalier et les ai éjectées. Mais deux jours plus tard j'ai regardé à nouveau et il y en avait encore une, qui s'est échappée. J'ai enlevé les pelotes une à une, certaines avaient subi des dommages. Et tout au fond j'ai trouvé trois ou quatre nouveau-nés morts, et un vivant qui rampait à l'aveuglette à la recherche du nid. Je n'ai pas eu le courage de le tuer. Je l'ai mis dans un nid fait de bouts de laine-et-cachemire après avoir enlevé toutes les pelotes et j'ai remis la boîte à sa place. J'irai voir dans quelques jours si le souriceau est toujours vivant, si sa mère l'a retrouvé et a pris soin de lui dans cette grande boîte vide désormais.

Lundi 26: J'ai trouvé un pli du notaire, maintenant c'est le successeur de Me Villoteau, un certain Faglioli. Ce monsieur m'assure que la preuve de propriété est matérialisée par l'acte de partage. Celui que je n'ai pas signé et qui a été homologué par la Cour d'Appel de Rouen suite à la déclaration mensongère de Sophie. J'ai aussi trouvé une lettre de Tracy. J'ai vraiment tourné la page. Tant que j'avais l'espoir qu'il se tire d'affaire j'étais pleine de ferveur mais j'ai été très déçue qu'il ne fasse rien, qu'il ne contacte pas le bureau d'aide bénévole qui était d'accord pour examiner son cas. On pourrait croire qu'un condamné à mort sauterait sur l'occasion, mais non! Alors bye bye.

J'ai regardé dans la boîte où il y avait un souriceau et il avait disparu. On dirait que sa mère l'a transporté dans un endroit plus sûr, et je vais sans doute encore trouver quelque chose de grignoté. Mais ces bestioles sont vraiment très amusantes à observer. Je leur ai donné du beurre et elles en raffolent. Et aussi du gruyère râpé avec une grosse râpe. Elles saisissent un filament dans leurs mains et le grignotent devant moi, ou alors aussitôt saisi elles s'enfuient comme si elles étaient ravies d'avoir fait une bonne trouvaille. J'aime bien entendre leurs petits cris quand elles jouent ou qu'elles communiquent entre elles. Trop souvent on ne les connaît que dans un état de peur, mais quand elles n'ont pas peur c'est tout différent. Elles sont très joueuses, se poursuivent à plusieurs sur le sol ou le long du rideau, se cachent et se surprennent comme des enfants. J'entends leurs petits pas rapides et quelquefois elles frappent leur queue au sol à coups rapides et cela fait un bruit de percussion.

Les arbres virent au jaune et les premières pluies d'automne me rappellent toujours ce premier automne en 1972 je crois, quand je venais d'emménager dans une chambre de bonne place du Colonel Fabien, pour vivre avec un jeune homme rencontré aux cours de théâtre Charles Dullin. La pluie accompagnait ma tristesse. J'étais très déprimée.

Vendredi 29: Hier j'ai réussi mes bocaux de morue. J'avais d'abord dessalé le poisson pendant 48 heures puis je l'ai divisé en trois bocaux d'environ 250 grammes, rempli l'espace vide d'eau bouillante et hop, au bouilleur. J'utilisais des capsules Wiss. La première fois je n'ai pas attendu le refroidissement complet des bocaux dans l'eau et les bocaux ne se sont pas fermés. J'ai recommencé le lendemain et ai suivi scrupuleusement le mode d'emploi et cette fois mes bocaux étaient bien fermés. C'est une bonne chose d'avoir de la morue prête à l'emploi. Il existe de nombreuses recettes pour l'accommoder et quand on a envie d'un peu de protéines animales pour changer, on les a sous la main.

c'est le deuxième pigeon ce mois-ci que j'ai attrappé pour enlever les fils qui s'étaient emmélés dans ses doigts et le blessaient. On voit qu'une de ses pattes saigne, elle était boursouflée parce que la circulation était coupée. Après avoir ôté le fil noir des deux pattes j'ai saupoudré du curcuma sur la plaie et comme le pigeon -un pigeonneau pour être exact- était calme je l'ai laissé comme ça une vingtaine de minutes pour donner à la poudre une chance de pénétrer et désinfecter. C'était la première fois que je gardais un pigeon, d'ordinaire je les relâchais aussitôt. J'ai été surprise de la docilité de celui-ci. On aurait dit qu'un camarade lui avait refilé le tuyau pour se faire soigner. « Laisse-toi attrapper, tu verras elle t'enlèvera tes fils et elle te relâchera, sois tranquille! »

Pour finir, voici une photo des feuilles sous l'averse au début du mois, juste avant qu'elles ne virent au jaune.


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