Journal de la Femme à Abattre



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Paris, juin 2018

Le mois a commencé avec une mauvaise surprise, celle de trouver ma boîte aux lettres vandalisée, mon nom avec la plaquette transparente qui le recouvrait, enlevés, de sorte que mon courrier n'a pas pu être distribué. J'ai ainsi été forcée de demander à un vendeur d'eBay à qui j'avais acheté un magazine, de me le renvoyer, ce qu'il a fait gracieusement. Des factures que j'attendais ne me sont pas parvenues. Mais en plus de ce problème j'ai aussi trouvé dans ma boîte un paquet en cellophane qui contenait du cannabis que j'ai reconnu à son arôme puissant. J'ai été perplexe un moment, ne sachant pas quoi en faire. J'avais peur d'avoir envie de le fumer si je l'emportais chez moi, alors je l'ai laissé où il était.

Dimanche 10: J'ai beaucoup tricoté depuis que j'ai commencé un poncho fin mai. Il est presque fini mais comme on augmente de 4 mailles tous les deux rangs les rangs du bas sont très longs. Enfin j'aurai utilisé une bonne partie de mon stock de grosse laine de pays.

Mon pigeon est bel et bien borgne, son œil gauche reste fermé et de plus son comportement a changé à mon égard, il ne me fait plus confiance depuis que je l'ai saisi pour lui nettoyer le bec et il a peur de moi comme si nous n'avions jamais été amis. De plus les pigeons habituels ne viennent plus, ils ont dû être éliminés. Je n'en suis pas fâchée car le riz que je leur donnais me revenait environ à 20€ par mois.

Chez Fructidor j'ai demandé au vendeur de m'expliquer comment il était possible que deux fois de suite les fraises vendues à 6€ les deux barquettes aient été délicieuses, et que la dernière fois que j'en ai acheté la semaine dernière elles aient été sans goût. (Je n'ai mangé que la moitié d'une barquette et jeté le reste du lot.) Le jeune homme à la caisse m'a demandé leur provenance. Une femme de petite taille et d'âge moyen, blonde frisée qui était à la caisse et a entendu ma question, s'est empressée de répondre que c'était à cause de la pluie car il avait beaucoup plu ces derniers jours. J'ai exprimé de la surprise que la pluie modifie le goût de fraises qui étaient déjà presque mûres, et de surcroit, ces fraises de Belgique devaient être cultivées sous serre. Elle est partie sans répondre et le jeune homme n'a pas répondu non plus.

Chez Casino récemment, plusieurs fois de suite le pain complet bio présentait des cavernes dans la mie qui le rendaient presque inutilisable. Maintenant depuis quelques jours le même pain est normal et porte une étiquette de PROMO avec une réduction de vingt centimes.

Avec les deux photos du pain caverneux qui montrent des dates différentes sur l'emballage, je montre ce qu'il reste de produit dans un tube en plastique quand plus rien ne sort, et qu'il suffit de couper le tube en deux et de mettre la partie avec le bouchon dans un petit verre à moutarde avec son couvercle, pour pouvoir utiliser le reste de produit jusqu'à la dernière goutte. Ici c'est de la crème pour les mains que je me mets aussi sur le visage.

J'ai repensé à l'épisode de ma nuit à Aix avec Lucien le dernier jour d'école en 1969. J'ai appris que le fait par mes parents de me laisser sans argent et sans domicile pour une nuit constituait une infraction pénale qui s'appelle Soustraction d'un parent à ses obligations légales et le délit est passible de peines quand cette soustraction met en danger la santé, la moralité, l'éducation et la sécurité de l'enfant mineur. Mais mes parents n'ont rien fait d'autre à mon égard tout le temps que j'étais mineure! Il n'ont fait que se soustraire à leurs obligations en me privant, en particulier de soins dentaires, de vêtements, de loisirs, d'éducation musicale et professionnelle et de vie sociale. Je devrai vérifier de quel article du Code Pénal il s'agit mais ce genre de privation a des conséquences sur la vie adulte. Jusqu'à présent je n'étais au courant que de l'obligation alimentaire dont il est question dans le Code Civil. Je ne savais pas qu'il y avait un aspect pénal.

Je me suis renseignée et d'après le Cabinet TACI
« L’article 227-17 du code pénal vise la soustraction d’un parent à ses obligations légales. 1. Les éléments constitutifs: L’élément matériel d’abord, La soustraction d’un parent à ses obligations légales n’est répréhensible que si elle entraîne des conséquences dommageables pour l’enfant au point de compromettre d’abord la santé, ensuite la sécurité, et aussi la moralité du mineur.
La qualité de l’auteur ne peut être que soit le père ou soit la mère expressément visés par l’article 227-17 du code pénal.
Il faut de plus démontrer la soustraction aux obligations légales. Ces obligations légales sont celles résultant de l’autorité parentale ( art 203 et 371-1 et -2 du code civil). »
Autrement dit le plaignant doit prouver que la santé, sécurité et moralité du mineur ont été compromis par la soustraction à ses obligations du parent. Le délit n'est pas accompli tant que cela n'est pas prouvé. Mais il me semble que ce risque est inhérent à la conduite du parent et qu'il ne devrait pas être nécessaire de prouver que l'enfant a été mis en danger. Ceci dit ce cabinet d'avocats est un cabinet de pénalistes, donc ils défendent les accusés, pas les victimes.

J'ai refait plusieurs fois la galette sablée car elle est nourrissante et rapide à faire, du fait qu'on n'ait pas besoin d'étaler la pâte au rouleau et de la déposer dans un moule. On peut l'aplatir à même la plaque une fois la consistance voulue atteinte.

Mercredi 20: J'ai presque terminé le poncho, il me reste à faire les finitions: rentrer les fils et repasser, finir le col. J'ai enlevé la capuche et ai décidé de la remplacer par un col. Reste à voir si le bas du poncho va rester plat ou s'il va se rouler auquel cas il faudra l'en empêcher par un moyen quelconque mais je ne veux pas mettre des franges.

Mon pigeon, après m'avoir fait la gueule une dizaine de jours est à nouveau comme auparavant. Il faut dire que les graines de tournesol avec lesquelles je le tentais y sont pour quelque chose. Hier il n'a pas voulu partir quand je lui ai ouvert la fenêtre alors j'ai compris qu'il voulait rester. Je l'ai emmené dans ma chambre et il s'est perché sur mon épaule et y est resté calmement comme autrefois, en se lissant les plumes tandis que je regardais des vidéos et écoutais de la musique sur mon ordi. Une heure plus tard il m'a fait savoir qu'il voulait partir alors je lui ai ouvert la fenêtre côté rue et bye bye.

Je ne m'étais pas trompée, sa façon de rester longtemps sur mon bras avant de s'envoler il y a quelques semaines, était bien un signe qu'il sentait la mort venir. Toute sa compagnie a été exterminée y compris sa compagne/compagnon, et lui il a été éborgné mais il a survécu. Tous les deux rescacpés, pour ne pas dire « miraculés » nous faisons bien la paire!

Ces jours-ci j'écoute de la musique de la Renaissance. C'est une musique que j'ai découverte très jeune, vers l'âge de dix ans et je suis tout de suite tombée sous le charme de ces harmonies et ces timbres inhabituels. Le luth, la viole, et d'autres instruments qui ont été abandonnés par la suite, marquent la musique de cette époque d'un charme envoûtant. Les phrases musicales sont proches, par la durée, des phrases parlées, et il y a beaucoup d'air autour, de silence, qui donne le temps de reprendre sa respiration, et de ce fait la musique est comme de la dentelle, légère et charmante. On a l'impression, après avoir été baigné par ces sons, que les gens étaient plus gracieux les uns envers les autres. C'est resté ma musique préférée jusque dans mes vingt ans. Mais voyant que personne ne partageait mon intérêt, ou trop timide pour partir à la recherche, j'ai abandonné. Mis à part les professions d'exploration des volcans ou des espaces souterrains, ou des civilisations disparues, je me voyais bien troubadour, allant de ville en ville avec mon instrument et mes chansons pour offrir au public de la belle musique. Je ne savais encore rien du show business.

Je continue à écrire BNNY. J'ai commencé le chapitre 30. Ce n'est pas facile, c'est la période où j'ai été attaquée par le bus et le début du travesti de justice qui a suivi. Très pénible à raconter car cela me fait revivre ces instants éprouvants mais avec le recul du temps et la sagesse acquise ce n'est pas insurmontable et surtout, comme j'ai fait une enquête diligente, je comprends la signification et l'importance des faits qui ont précédé et suivi l'événement central.

Je poursuis mes recherches immobilières. Depuis un an j'ai beaucoup appris non seulement sur le marché de l'immobilier mais encore sur la géographie de la France, et en plus sur les méthodes de construction. J'aime beaucoup les constructions en pierre et l'agencement intérieur des pièces est parfois très intéressant dans les maisons bourgeoises, et donne envie d'y vivre mais je n'ai pas les fonds pour rénover. Un problème avec l'ancien c'est que l'eau courante a été installée sans considération particulière. C'était juste un robinet à l'intérieur au lieu d'un puits à l'extérieur, avec un évier et un écoulement vers une fosse septique. Le plus souvent dans les fermes cela se trouvait par souci d'économie le plus près possible de l'arrivée à la maison, dans un coin de la cuisine, entre la porte d'entrée et la cheminée et c'est la raison pour laquelle la rénovaton en plomberie est coûteuse car plus on se rapproche de l'arrivée d'eau plus la soudure coûte cher (j'en sais quelque chose!) car la soudure plomb coûte beaucoup plus cher que la soudure cuivre. Il n'y a pas de surface horizontale autour de l'évier. On devait remplir un seau et emmener l'eau là où on en avait besoin et on ramenait l'eau sale pour la vider dans l'unique point d'évacuation. Pour moderniser il faut donc ajouter des points d'eau à des endroits plus convenables mais comme l'arrivée est entre la porte et la cheminée il faut enterrer la tuyauterie et faire la dérivation avant l'entrée dans la maison et le frais que cela entraîne sont considérables. Souvent il faut faire sauter la dalle et le revêtement, ce qui entraîne des coûts supplémentaires pour la réfection du sol.

C'est ce problème qui est décourageant et alors on pense qu'il vaut mieux construire du neuf plutôt que rénover l'ancien, et au lieu de transformer l'intérieur pour l'adapter à ses besoins propres, on peut partir d'une page vierge et faire un plan qui répond exactement à ses besoins. Mais si la toiture d'une maison ancienne est bonne on se dit que cela vaut la peine de faire des travaux de plomberie et de transformation, alors que dans le neuf il faut payer une nouvelle toiture et la charpenterie, même économique, coûte cher, de même que la couverture, et une belle charpente en bois massif assemblé avec des chevilles est quelque chose de très beau et appréciable qu'on ne peut pas obtenir en neuf à bas prix.

Si on veut du neuf mais pas les charpentes au rabais avec des plaques de métal aux jointures, alors il faut trouver un système de toiture qui évite la charpente classique, et se tourner vers les dômes géodésiques, les voûtes nubiennes, les yourtes, ou alors s'inspirer des constructions en bambou, les toits en forme de dos de tortue et utiliser plusieurs troncs de faible section assemblés en piliers ou en poutres, qui reviennent moins cher qu'une pièce de forte section car on ne peut trouver ces derniers que dans le tronc d'arbres centenaires. Faire de la vannerie monumentale. Nos ancêtres apparemment n'avaient aucun problème pour s'approvisionner en bois sinon comment expliquer que des fermes modestes aient des charpentes en bois massif impeccables après 150 ans et des poutres d'au moins 20cm dans toutes les pièces? Le bois n'était pas cher. Mais aujourd'hui on ne peut plus construire à l'identique. Et toutes ces étables et ces granges à foin ont été rendues inutiles à cause de la révolution agricole qui a transformé l'agriculture en une industrie où la quantité permet de rentabiliser l'exploitation et les étables de vingt vaches sont dépassées. Ceci dit les éleveurs laitiers d'aujourd'hui qui se sont endettés pour produire toujours plus se retrouvent avec des dettes catastrophiques car ils sont obligés de vendre leur lait à vil prix, imposé par les centrales d'achat de la grande distribution, qui ne rembourse même pas leurs frais. Donc rentabiliser par la quantité de bétail était une illusion, encore une arnaque pour les paysans trop confiants dans l'institution éducative dont ils recevaient les messages biaisés sans jamais les remettre en cause. Ainsi ils ont fait pousser du maïs et du soja pour nourrir leurs bêtes, et arrosé copieusement les sols et les plantes d'intrants dangereux pour le seul bénéfice de l'industrie chimique, alors qu'ils savaient bien que les bovins sont des herbivores et qu'il suffisait de leur donner de l'herbe qui pousse gratuitement. Heureusement certains paysans commencent à se reconvertir dans l'agriculture et l'élevage traditionnels. Alors peut-être les étables abandonnées vont-elles retrouver des occupantes après toutes ces années, et les granges se remplir de foin pour nourrir les bêtes pendant l'hiver...

C'est tout de même étonnant de se rendre compte que la taille de la grange était calculée en fonction du nombre de vaches que l'étable pouvait accueillir. Et c'est précisément dans ces granges qu'on voit de belles charpentes, et où on peut voir comment la pression latérale qui s'exerce sur les deux versants du toit est ramenée à la verticale au moyen de poutrelles (évidemment je ne connais pas le terme exact!) qui arrondissent les angles et finissent par former un demi cercle, comme un arc de plein cintre en pierre. On est forcé de reconnaître que la structure de charpente classique est le moyen le plus rationnel et économique de construire un toit sous notre climat.

Quant à la couverture, les grandes plaques qu'elles soient en bac acier, en tôle ondulée, ou n'importe quoi d'autre, sont moins capables que les tuiles ou ardoises de résister à des tempêtes car la tempête finira par arracher un toit couvert de grandes plaques, non seulement la couverture mais encore la charpente entière sinon le haut des murs, alors qu'une couverture faite de petits éléments résistera mieux car si la tempête emporte quelques tuiles, ou même beaucoup, elle ne trouvera pas la résistance qu'offrent les grandes plaques de couverture et laissera intacte le reste des tuiles et la charpente.

Avec les aberrations climatiques et le précédent de la tempête de 1999 on est forcé de considérer ces cas extrêmes dans une construction nouvelle. Le dôme est la forme qui résiste le mieux aux vents violents. Alors si on veut une toiture de forme classique il faut qu'elle ait une charpente lourde en bois massif et une couverture de tuiles qui soient capables de s'envoler dans un vent de tempête pour préserver le reste du toit. C'est pourquoi les charpentes allégées qu'on nous propose aujourd'hui me laissent dubitative. Il suffit d'une seule tempête pour détruire une maison construite au rabais. Une fois le toit arraché la maison est perdue. Alors pourquoi ceux qui habitent dans Tornado Alley aux USA, cette large bande de territoire fréquemment empruntée par les tornades, n'ont-ils pas adopté dans leurs constructions des formes plus adaptées? Ils s'obstinent à bâtir des formes cubiques avec des toîts en grandes plaques, exactement ce qui est déconseillé. Même si l'assurance rembourse les dégâts, ce n'est pas une grande consolation. Pourquoi y a-t'il des règles strictes de construction pour résister aux séismes et au feu, mais pas aux tempêtes? Comment un toit construit avec les méthodes et matériaux modernes va-t'il réagir si un gros arbre déraciné par la tempête s'abat dessus? On sait comment les toits classiques absorbent le choc: tuiles cassées, chevrons cassés, mais sur une surface limitée qui ne coûtera pas une fortune à réparer.

Donc si on construit à neuf mieux vaut construire une forme circulaire avec un toit en dôme.

Mardi 26: Le cannabis que j'avais trouvé dans ma boîte aux lettres au début du mois y était toujours la semaine suivante et je l'ai laissé, mais il en a disparu une quinzaine de jours plus tard.

J'ai découvert la région du Poitou en furetant sur leBonCoin, comme d'habitude, à la recherche d'une maison avec du terrain pour moins de 25.000€. À ce prix on ne trouve forcément que des biens dans des coins retirés et il y a toujours un problème pour y accéder quand on n'a pas de moyen propre pour se déplacer. On peut à la rigueur trouver un covoiturage jusqu'au village voisin mais c'est le dernier segment de route qui pose problème. Je n'ai pas encore trouvé la solution. Je devrais passer le permis de conduire et louer une voiture. Je ne vois pas d'alternative. J'ai lu quelque part que le coût minimum quand on possède une voiture, est de 6.000€ par an, ce qui revient à 16,43€ par jour.

Je regardais récemment un documentaire de 1971 (archives de l'INA) sur les transports en commun dans Paris, et le mécontentement des usagers. Un ingénieur expliquait que la volonté politique pour ajuster l'offre aux besoins réels n'existait pas car le lobby (il n'a pas employé ce mot) de l'automobile, de l'essence et du caoutchouc faisait pression sur l'exécutif pour forcer les gens à acheter une voiture, et que les associations d'usagers ne faisaient pas le poids en face car elles n'avaient pas les moyens financiers de persuader leur interlocuteur. Un moyen persuasif pour forcer les gens à acheter une bagnole est évidemment de priver le public de transports en commun. Quarante ans plus tard les petites lignes de chemin de fer ont été supprimées et d'autres suppressions de TER sont en projet. Les grandes lignes de TGV ont été prolongées mais les trains ne circulent plus avec des horaires invariables à cause de multiples problèmes qui causent des retards, et quand il y a un problème le train reste immobilisé pendant des heures en rase campagne parfois et les voyageurs privés de chauffage ou de climatisation ne sont pas informés de ce qui se passe ni de la longueur probable du retard et s'ils ont faim ou soif c'est tant pis pour eux. Malheur à ceux qui voyagent dans une voiture où il y a un petit enfant. Et maintenant le Rail est en passe d'être privatisé et ouvert à la concurrence alors on peut s'attendre à une hausse des prix et une déterioration du service.

J'ai regardé un autre documentaire sur la crise du logement chez les pauvres. C'est incroyable la pénurie de logement qui existe dans un pays comme la France. Comment peut-on se targuer d'être un pays développé quand une si grande partie de la population ne peut pas se loger? Il existe un marché gris dans les PRL (parcs résidentiels de loisir) où sont installées des mobil homes et où le séjour est en principe limité dans le temps mais où certains foyers ou individus seuls résident à l'année. Le gouv ferme les yeux sur cette pratique car il ne peut offrir de meilleure solution. Cependant les propriétaires du lieu ont tendance à exploiter les pauvres et leur faire payer un loyer exorbitant vu l'état parfois lamentable de l'habitation. Il y a des familles qui s'entassent dans ces boites en plastique de 40m² dont certaines prennent l'eau.

L'architecte de génie Jean Prouvé avait inventé des habitations en montants et poutrelles d'acier et en panneaux pré-fabriquées qui se montaient à deux en quelques heures. À l'origine c'était une commission des pouvoirs publics pour loger temporairement ceux qui avaient perdu leur logement dans les bombardements de la 2ème guerre mondiale. On aurait grand besoin de ces maisons aujourd'hui mais on dirait que toute l'œuvre de cet homme a été achetée par une personne privée et la vocation de ces habitations a été déviée car une maison construite sur ces plans coûte aujourd'hui une fortune, puisque la chaîne de fabrication en série n'existe plus. J'attends la réponse à mon email pour connaître le prix exact. En tout cas il y a une multitude de gens qui cherchent à se loger pour pas cher et toutes les solutions sont envisagées, entre autres les mobil homes autoconstruites en matériaux écologiques, ce qui est une très bonne idée.

La législation est difficile à cerner. Il y a des tas de règles et plusieurs exceptions à chaque règle, et peut-être que celle qui concerne quelqu'un est dans le troisième alinéa de l'exception H à la loi Machin. La loi ALUR laisse aux municipalités le choix de désigner ou non des emplacements dits « pastilles » où sur un terrain désigné non-contructibles par le PLU une zone serait désignée pour l'installation de yourtes et autres logements démontables. Les villages se meurent mais peu nombreux sont les maires qui acceptent que viennent s'installer sur leur commune des jeunes désargentés. Il faudrait faire du lobbying pour leur expliquer l'avantage qu'il y aurait pour leur commune à accueillir ces jeunes dont certains veulent se mettre à l'agriculture, d'autres à l'artisanat, et dont les enfants iraient à l'école empêchant ainsi sa fermeture et la perte d'emploi des enseignants, et la mort certaine du village.

À la longue ces jeunes pourraient vouloir s'installer dans des maisons en dur et acheter des maisons du village et les retaper.

Dimanche 30: Je suis à Niort dans les Deux Sèvres (79). J'avais repéré quelques biens immobiliers que j'avais envie de visiter dans la région entre Limoges et Niort. Ayant regardé pas mal de documentation sur les matériaux naturels de construction (terre et chaux-chanvre) je me suis demandé s'il serait judicieux de cultiver cette plante. J'ai appelé Poitou-Chanvre à Melle et demandé des infos. L'homme qui m'a répondu m'a dit que le marché actuel est tel qu'il faut transformer soi-même le chanvre que l'on cultive. Les gros industriels passent des contrats avec les cultivateurs qui sous-traitent la phase de cultivation et moisson. Je n'avais pas prévu de m'équiper de ces machines gigantesques, seulement considéré la possibilité de cultiver le chanvre mais bien sûr avant de se lancer et acheter le terrain et la semence auprès du vendeur agréé (pour être sûr que la teneur en THC est inférieure à 0,02%) il faut savoir à qui on vendra. Donc apparemment Poitou-Chanvre cultive lui-même le chanvre qu'il transforme.

Si je me lançais dans la production moi-aussi je lui ferais concurrence et c'est peut-être la raison pour laquelle il ne m'a pas encouragée. Mais il s'est situé par rapport aux industriels comme la PME qui brave les tendances, même les normes prétendument écologiques telles que le BBC et autres normes décidées par le lobby des marchands de matériaux, et en cela il a gagné ma sympathie. Je lui ai demandé si on pouvait visiter son installation et il a dit que ce n'était pas une chose fréquente pour lui mais que ce n'était pas hors de question. Il a aussi parlé de chantiers participatifs où il assiste les auto-constructeurs.

Notre conversation a duré assez longtemps et à la fin il m'a dit qu'il me montrerait volontiers son installation mais qu'il ne faisait pas cette offre à tous ceux qui lui demandaient car il y a des gens qui ne comprennent pas du tout sa démarche. Il faut dire qu'il y a tellement d'esbrouffe commerciale autour de tout ce qui concerne la construction écologique que si on ne fait pas de recherche un peu approfondie on peut facilement se laisser berner, et il n'a que faire des quidams qui veulent juste suivre la mode du chaux-chanvre parce qu'ils ont lu un article dans un magazine. En fin de conversation je lui ai demandé son nom et lui ai donné le mien. Il s'appelle Jean-Luc Boutin.

J'ai regardé ce qu'il y avait sur le marché de la location de vacance, acheté deux livres sur les terrains de camping (Routard et Michelin) me suis renseignée et j'ai vu qu'à partir du 1er juillet les tarifs de pleine saison s'appliquaient alors j'ai voulu profiter de la dernière semaine qui restait avant cette date et n'ayant pas réussi à trouver une semaine en camping j'ai réservé une chambre pour trois nuits au B&B de Niort qui offrait la nuit à 38€.

Ceci fait j'ai envoyé un mail à Boutin pour lui demander un RV pour visiter son usine et ai cherché un voyage à un prix abordable. La SNCF offrait l'aller simple Paris-Niort à 90€ et le seul train qui ne prenait que deux heures partait à 06H30 d'Austerlitz. Les autres prenaient entre quatre et six heures. Je me suis alors tournée vers BlaBla Car et j'ai trouvé un départ de la Porte d'Italie mais j'ai trouvé le conducteur trop obséquieux et bavard, en plus j'aurais été la seule voyageuse à ne pas être membre de sa famille et j'ai annulé.

Sans réponse de Boutin j'étais assise entre deux chaises et ne savais pas si j'allais partir ou rester et perdre mes trois nuits d'hotel. Finalement il n'a répondu en disant que samedi 30 de 10 à 12H lui convenait et me demandait de confirmer. J'ai trouvé une autre offre de trajet pour Niort pour le vendredi 29. J'ai confirmé ma visite à Boutin par email sous réserve que le voyage se passe sans incident et lui ai dit que je confirmerais à mon arrivée à Niort.

Le jour dit je me suis levée à 5H30 et j'ai mis de l'ordre et imprimé quelques feuillets (réservation et lignes de bus aux alentours de Niort). J'ai fait une lessive pour avoir tous mes T-shirts et pantalons propres, marchant à l'aide d'une canne anglaise pliante que j'ai acquise tout récemment en prévision du voyage, puis j'ai fait une galette aux amandes pour ne pas avoir à acheter toute ma nourriture. Elle était réussie. Je l'ai mise dans la boîte en métal avant qu'elle ait complètement refroidi et je crois que c'est le secret pour qu'elle reste moelleuse sinon toute l'eau s'évapore.

J'ai aussi emporté des bananes, des pêches et des tomates et aussi mis dans mon sac à dos mon netbook avec son alimentation électrique et mon appareil, photo et avant de partir j'ai placé devant la fenêtre de la cuisine une grande plaque en carton de 20mm d'épaisseur qui d'ordinaire me sert à faire l'obscurité dans ma chambre, ceci afin que mon pigeon voie que je ne suis pas là, et qu'il sache quand je serai de retour.

J'ai mis à disposition des souris une provision d'eau et de graines (tournesol et cacahuètes) espérant qu'en leur donnant à manger et boire elles n'auraient pas envie de fureter partout dans mes placards. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée mais j'ai vu ce qu'elles font quand elles ont faim et soif, elles grimpent partout!

J'étais la première au rendez-vous de la Porte d'Italie à 13H. Damien, le conducteur, savait que je porterais un chapeau de paille avec un noeud noir et il m'a reconnue dès son arrivée à 13H05. Ensuite sont arrivés l'un après l'autre les deux autres voyageurs, deux jeunes gens qui allaient à la Rochelle, l'un pour un job d'été de surveillant de baignade, l'autre comme journaliste-pigiste au festival de cinéma de la Rochelle.

Pendant un arrêt de détente j'ai demandé au baigneur d'envoyer un SMS à la compagnie niortaise de taxi pour confirmer comme elle me l'avait demandé le voyage vers l'usine à chanvre à Melle car je ne sais pas le faire. Il l'a fait, disant que sa grand-mère a le même type de téléphone, et l'ai remerci et lui ai dit que je lui faisais un bisou, ce qui l'a fait rire.

Le voyage s'est bien passé mais arrivés à Niort il y a eu un cafouillage pour trouver mon hôtel. Damien a dit « Ah la la! Ce n'était pas du tout prévu, de rentrer en ville! » car on était dans un faubourg aux habitations anciennes qui paraissait interminable. Je n'avais pas l'impression que c'était le quartier où mon hôtel serait bâti. Comme il y avait une flèche en direction de la gare, j'ai proposé à Damien qu'il me dépose à la gare et je prendrais un taxi pour aller à l'hôtel, mais il n'a pas accepté cette offre.

On a pris un embranchement. Je leur ai dit que l'hôtel était « bariolé » jaune, gris et blanc et aussitôt le journaliste l'a repéré. Il était tout proche à vol d'oiseau, encore fallait-il trouver le chemin. Après une quinzaine de minutes le baigneur a suggéré de me faire descendre pour que je fasse à pieds les derniers mètres mais on était dans un secteur où il n'y avait que des voies pour les voitures, pas de trottoirs, et il aurait fallu que j'enjambe des séparations et me fraie un passage dans le trafic en pleine heure de pointe par une température de 32°. Si j'avais eu un accident en faisant cela j'aurais été dans mon tort. J'ai répondu « Tu ne te rends pas compte! Ça va être la super-galère! Il n'y a pas de passages piétons! » La tension était forte dans l'habitacle. J'ai été tentée de parler pour réduire le stress mais je n'avais rien d'utile à dire. J'aurais dit des trucs du genre « La prochaine fois je ne réserverai pas de chambre dans un hôtel si difficile à trouver! » J'ai senti qu'il aurait été facile de paniquer mais je me suis forcée à garder mon calme. Il fallait que je dise quelque chose. « Je suis vraiment désolée de vous retarder comme ça, je sais que vous avez hâte d'arriver à la mer et de vous baigner! » Aussitôt Damien a répondu que c'était sa faute, qu'il aurait dû mieux regarder le plan avant de partir pour ne pas louper la sortie. C'est vrai que je lui avais montré le plan d'accès avant le départ, c'était à lui de faire le nécessaire.

Enfin nous y sommes arrivés. J'ai senti que tout le monde me haïssait et était content que je parte. Je me suis extraite péniblement de la voiture, ai pris ma canne repliée et mon sac à dos et leur ayant souhaité une bonne fin de voyage j'ai marché péniblement jusqu'à l'entrée de l'hôtel.

Aussitôt arrivée dans ma chambre j'ai pris une douche froide puis tiède et je me suis allongée sur le grand lit. Je me suis reposée quelques heures puis vers 20H j'ai confirmé le rendez-vous du lendemain-matin à Boutin. J'ai regardé un peu la télé, grand écran plat fixé au mur en face du lit. Il y avait une femme aux jambes mortes qui se déplaçait en fauteuil roulant et visitait des lieux insolites en Alaska, un autre aviateur en Bolivie qui faisait le lien entre les villages reculés et la ville en cas d'urgence. J'ai mangé de ce que j'avais apporté, contente de ne pas avoir à sortir.

Samedi 30: Le taxi était ponctuel et m'a conduite à Poitou-Chanvre à Melle comme convenu. Après un long trajet sur la 2X2 voies, le dernier segment était une petite route de campagne sinueuse bordée d'herbes et de fleurs sauvages. Fabrice, le chauffeur, m'avait renseignée sur l'agriculture de la région, et maintenant il me disait que les fleurs étaient de retour depuis que les agriculteurs avaient cessé d'utiliser tous les intrants chimiques. J'avais vingt minutes d'avance. Je me suis assise sur un muret en pierre. Un vieux chien est venu aboyer pour la forme. J'entendais les chants des oiseaux avec ravissement. Il y avait un fond sonore de piaillements, le roucoulement des tourterelles, des ramiers, et au loin un coq chantait à intervalles.

Un homme dans une voiture blanche est arrivé peu après moi. Je lui ai demandé s'il était Mr Boutin, il m'a répondu que non, qu'il était venu acheter du chanvre. Nous avons un peu parlé, j'ai dit que je cherchais à acheter une maison dans la région et que je m'étais découvert une passion pour l'architecture paysanne. Après avoir échangé pendant environ cinq minutes il m'a regardée d'un oeil perçant et je me suis demandé ce qu'il avait observé sur moi qui le laissait perplexe.

Plus tard encore une voiture rouge s'est garée et un couple en est sorti. Finalement un camion peint au sigle de Poitou-Chanvre est arrivé et Boutin en est sorti et nous a ouvert. J'ai eu l'impression qu'il m'ignorait car il a dit bonjour à tout le monde sauf moi. Je me suis présentée et il a à peine fait un signe de tête pour signifier qu'il me reconnaissait après nos emails et mes deux appels de confirmation de la veille au soir.

Il a d'abord servi le premier arrivé tout en parlant des propriétés du chanvre et répondant aux questions de son client. Son bureau avait une partie réservé à l'exposition informative de matériaux avant et après leur mise en oeuvre ainsi qu'une maquette de maison à ossature bois où le chanvre est utilisé pour faire la dalle du sol, les murs et l'isolation en laine de chanvre. Puis il a fait asseoir le couple en face de lui et je me suis assise sur le côté près de son bureau. Je lui ai donné un échantillon de tissu de chanvre tissé sur un métier étroit par les tribus Hmong. Je lui ai dit que j'avais été convertie au chanvre après avoir dormi dans un drap de chanvre hérité, que je n'avais jamais aussi bien dormi ni m'être senti aussi bien. Il a répondu « Ah, bien sûr, les matières naturelles! » Mais il n'a pas compris qu'il y avait une différence énorme entre le confort offert par le lin ou le coton, et celui offert par le chanvre et comme le chanvre textile était un aparte pour rentrer dans le sujet je n'ai pas voulu alourdir et expliquer. Je voulais qu'il garde l'échantillon de tissu qui faisait environ 30cm de large sur 40cm et j'ai dû insister un peu en disant que j'en avais plein car il voulait me le rendre.

Le couple lui a posé des questions car il voulait isoler leur maison ancienne. Pendant les premières minutes Boutin a eu une crise d'allergie, du moins c'est ce qu'il m'a semblé. Il avait la voix enrouée, il toussait, son nez coulait, c'était très pénible de l'écouter. Finalement il s'est levé et s'est excusé, et il est allé dans l'arrière boutique. Il en est revenu deux minutes plus tard et tout était redevenu normal. Il m'a semblé que peut-être son allergie était due à l'eau de toilette dont il embaumait, aussi surprenant que cela puisse être chez un homme de son état.

En écoutant ses clients potentiels, sagement assise sur le côté, j'ai appris que cette maison en pierre avait une chappe et un étage en béton. Je crois avoir dit quelque part que quand je vois une maison ancienne qui a été rénovée au béton je m'en détourne aussitôt. Le mari qui avait une voix extrêmement douce a ajouté « Ce n'est pas nous qui avons fait ces travaux, la maison était comme ça quand on l'a achetée. » Il a été question de charpente et comme je venais de relire un livre des Éditions Eyrolles sur le sujet j'aurais pu intervenir pour étaler mes connaissances mais je n'ai pas mordu à l'hameçon. Il a été question d'isolation du toit, et des divers matériaux utilisés. La laine de roche ou de verre n'a une durée de vie que d'une dizaine d'années. J'ai dit que c'est une sacrée corvée de devoir l'enlever pour en remettre une neuve, à quoi Boutin a rétorqué que non, ce n'est pas du tout un problème. J'étais abasourdie. Ce n'était pas une opération longue, désagréable et coûteuse, qui nécessitait le port d'un masque, que d'enlever de la laine de verre usagée d'un toit?

Personnellement je pense que c'est une erreur que de vouloir à tout prix exploiter les combles comme le font les rénovateurs modernes. Il me semble que l'espace doit rester aéré et qu'ainsi il sert d'isolation et aussi il permet au bois et à la couverture de sécher rapidement alors qu'une fois enfermé dans de la maçonnerie, le toit ne respire plus. Et s'il arrive un coup dur, un arbre qui tombe sur le toit et casse des chevrons et qu'il faut réparer, on doit forcément démolir la maçonnerie des combles ce qui entraine de gros frais de remise en état. Si on veut absolument isoler alors il suffit de mettre des bottes de paille sur le sol et laisser la couverture tranquille. On peut toujours déplacer ces bottes en cas de besoin, et on peut se servir du grenier comme d'un espace de rangement comme l'ont toujours fait nos ancêtres.

J'ai entendu la même chose qu'il me disait au téléphone quelques jours plus tôt. Il dénigrait les produits à base de chanvre transformés, telles que les nappes d'isolation car elles contiennent un liant en polyester, il n'a pas été question des blocs de chanvre prêts à poser. il a aussi dénigré la chaux offerte par plusieurs marques car elles aussi contiennent des adjuvants, du plâtre et des saloperies, alors que seule la marque Boehm trouve grâce à son goût car la chaux qu'ils vendent est pure et se combine très bien avec le chanvre. En résumé P-C ne transforme pas le chanvre mais il l'offre en vrac sous différentes formes, y compris de la chénevotte fibrée, une exclusivité de la maison, qui donne un meilleur résultat que le béton de chanvre qui ne contient que de la chénevotte, car la fibre forme une sorte de maillage qui donne de la solidité au béton.

Il a aussi dénigré la terre comme matériau de construction car elle ne respire pas aussi bien que le BC. Il a dit que dans une salle de bains qu'il avait visitée, il restait toujours une tache d'humidité sur un mur et ça j'ai du mal à le croire. Il a aussi dit que le sable entrait dans la composition du ciment pour joindre les pierres, mais ne devait pas être présent dans les enduits de finition car il gêne la respiration des murs. Mais en construction de terre on utilise du sable pour donner à l'argile la consistance voulue. Enfin de toute façon la terre est le matériau naturel qui lui fait la plus grande concurrence alors il n'est pas étonnant qu'il attaque indirectement la construction en terre.

Un trait de caractère qui m'avait plu quand nous nous sommes parlé au téléphone une semaine plus tôt, m'a paru forcé quand je l'ai constaté une deuxième fois. C'est le fait d'utiliser des expressions un peu vulgaires et aussi de se positionner en opposition aux industriels qui profitent de la tendance vers les matériaux naturels pour offrir des produits hautement transformés à base de... et de commencer des phrases par « Je n'ai rien contre... » avant de démolir ce dont il parle, que ce soit le béton courant, les chappes de béton dans une maison en pierre, les industriels qui font des produits à base de... Il a un discours contestataire un peu forcé et s'il nous laissait tirer nos propres conclusions au lieu de nous les imposer cela donnerait de la classe à son entreprise.

À 11H30 j'ai reçu un appel de la Cie de taxi que j'employais pour le trajet, me disant que mon taxi était arrivé et que si je voulais partir maintenant je pouvais. Mais j'avais commandé le taxi pour midi alors je suis restée. J'étais sortie pour prendre l'appel et quand je suis rentrée à nouveau Boutin était en train de dire « C'est vraiment une excellente question! » Là encore j'ai laissé passer l'opportunité de parler. J'aurais pu demander de quoi il était question mais je me suis dit que je comprendrais quand il répondrait. Il était question de placer un pare-pluie sous le toit. Eh bien non, ce n'était pas une bonne idée. En fait tous les produits offerts depuis quelques années pour faire des maisons BBC (bâtiment à basse consommation) et le concept lui même de rendre la maison complètement hermétique est une absurdité. Donc tous ces produits et ces techniques ne sont vendus que pour s'enrichir et non pas pour faire des maisons réellement saines malgré le label apparemment écolo.

À 11H55 j'ai dit à Boutin que je devais partir car mon taxi m'attendait. Il a eu l'air étonné « Ah bon! Vous êtes venue en taxi! Je ne savais pas! Il fallait le dire! » Quelle diférence cela faisait-il? Serait-il venu me chercher ou m'aurait-il raccompagnée à Niort s'il avait su? Je ne pense pas. Il m'a dit que la visite de son usine ne prendrait pas plus de dix minutes et m'a suggéré d'aller demander au taxi de patienter un peu, ce que j'ai fait. Il a fallu enjamber pas mal d'irrégularités du sol car nous avons traversé une ancienne étable pour arriver à l'usine proprement dite. Il m'a offert son bras comme appui à l'aller en disant que l'âge ne lui faisait pas de cadeau à lui non plus. Mais au retour j'ai du lui demander de m'aider. J'avais oublié ma canne à l'hôtel et cela m'était impossible de franchir d'une enjambée ces différences de niveau pourtant pas méchantes. Il nous a montré les machines et expliqué ce qu'elles font. Une chose que je n'ai pas compris c'est comment après avoir été cardée, la laine de chanvre est ensuite emmêlée. Pourquoi n'offre-t'il pas des nappes de chanvre cardé? Peut-être n'en a-t'il pas trouvé l'usage mais la femme de Kerterre se sert de filasse de chanvre pour construire ses structures et je me demande où elle la trouve. L'étoupe qui sert à colmater les espaces entre les planches en nautisme est soit de chanvre soit de lin.

Il a exprimé des regrets que je parte si vite mais il m'a semblé que ce n'était qu'un acte, que tout avait été mis au point, y compris la présence du couple, pour empêcher un tête à tête. Je n'avais pas prévu que ce couple serait présent évidemment, je croyais que Boutin aurait le temps de me montrer et m'expliquer tout. Il y a encore beaucoup de questions qui n'ont pas trouvé de réponse car je ne voulais pas accaparer la conversation. Je n'ai fait tout au plus qu'interrompre de temps en temps et à chaque fois j'avais l'impression d'être mal venue alors qu'il m'avait bien donné rendez-vous. Et puis le fait d'être reléguée sur le côté était étrangement similaire à l'entretien que ma sœur Sophie avait organisé avec mon avocate Me Billard quelques jours après mon retour des USA en mai 2002, où c'était elle qui s'était assise en face de mon avocate et moi sur le côté.

Je me suis dit que ce voyage était un ballon d'essai, qu'il ne fallait pas avoir d'attentes et simplement d'observer le déroulement de chaque étape mais il m'a semblé que Boutin m'avait trompée quand il m'avait laissé entendre qu'il serait disponible alors qu'il ne l'était pas et sur ce point j'ai été déçue car au fond c'était l'essentiel de mon voyage, et j'estime ne pas en avoir eu pour mon argent car l'aller-retour Niort-Melle en taxi m'a coûté 110€. Je n'ai pas pu visiter de biens immobiliers dans le secteur, dissuadée par la canicule.


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