Introduction: Peu avant mon quarantième anniversaire j'ai réalisé que les actes de ma mère depuis ma plus tendre enfance jusqu'au présent dans mes démêlées concernant la succession de mon père, étaient complètement immoraux. Je n'avais pas encore acheté le Code Pénal, c'est venu un peu plus tard. J'ai écrit ces lettres en novembre 1993 et c'est à la fin du mois que j'ai eu un "flash-back" et ai compris que l'accident de mai 1990 où j'ai failli être écrasée par un autobus urbain était un tentative d'assassinat ourdie par ma mère. Les lettres ci-dessous montrent que je suis au bord de faire cette réalisation.

Monsieur le Commissaire Principal
Préfecture de Police
27000 Evreux
France

Monsieur,

Au mois d'août dernier, j'ai pris contact avec Mme Danger, la directrice du service de Fiscalité Immobilière à Evreux pour l'avertir que, dans le cadre de la succession de mon père, décédé le 14 septembre 1990, des sommes importantes (plusieurs millions de francs) sont dissimulées au fisc.

La raison pour laquelle j'ai dénoncé cette fraude est non par dépit ou pa désir de vengeance (puisque je n'ai encore rien reçu de mon héritage) mais parce que, tout en niant l'existence de sommes importanteslaissées par mon père en liquide, ma mère se sert de cet argent pour me nuire. J'espère seulement que le fisc arrivera à mettre la main sur cet argent, ou tout du moins une partie. C'est aussi dans l'espoir que vous interviendrez pour mettre fin aux agissements criminels de ma mère contre moi que je m'adresse à vous.

En effet la situation dans laquelle je me trouve actuellement, du faitdes agissements de ma mère, est extrêmement précaire, pour ne pas dire désespérée:

Je vis dans un hôtel tel meublé à New York depuis quatre ans. Dans cet hôtel, le propriétaire est, j'en suis convaincue, de mèche avec ma mère et il porte atteinte à ma vie privée par tous les moyens à sa disposition. Il interfère avec mon courrier, mon téléphone est sur écoute, et il entre dans mon studio en mon absence.

Le résultat de cette violation totale de ma vie privée est que je suis réduite à un état d'impuissance dangereux. Je suis condamnée à une solitude absolue. Mes relations professionnelles sont contactées derrière mon dos et convaincues de ne pas collaborer avec moi. En effet tant que ma mère aura le contrôle absolu de la fortune de mon père, dont chacun des sept enfants hérite officiellement 1,9 million (sans compter la "caisse noire"), elle ne cessera de s'infiltrer par personnes interposées dans les recoins les plus intimes de ma vie, dans le but de me réduire à un état de totale impuissance.

Par ses actions sournoises, ultra-sophistiquées et certainement coûteuses, elle me prive de l'indépendence financière que je pourrais atteindre grâce à mon travail, de la fierté et de l'épanouissement que je pourrais en tirer, elle me prive des liens affectifs que je pourrais développer dans un pays où je n'ai pas de racines, elle me prive de ma vie privée, elle me prive de mes droits les plus élémentaires dans le but de me réduire à un état de dépendence abjecte vis-à-vis d'elle, où elle puisse me contrôler entièrement et me dicter ma conduite..

Pour atteindre ce but, ma mère a donné la preuve qu'elle ne reculedevant rien. Elle a démontré que la seule alternative à la soumission est la mort, par suicide de préférence, ou à défaut par assassinat. Elle a démontré qu'elle a le pouvoir de faire de ma vie un enfer à tel point que le suicide parfois suggère une solution au problème..

Avant d'en venir à l'assassinat manqué dont je suis la rescapée j'aimerais illustrer aussi brièvement que possible le schema qui semble gouverner la relation de mes parents à l'égard de leurs enfants, et qui se résume à: "La soumission ou la mort"..

Mes six frères et soeurs ont choisi la soumission. Ils jouissent des biens matériels alloués par notre mère et qui me sont interdits, mais en échange de ces largesses ils doivent nuire à leur propre soeur qui, ils le savent bien, est totalement innocente..

Je suis la seule à ne pas m'être soumise à mes parents parce qu'ils exigèrent de moi que j'agisse contre mes principes moraux, contre mon sens de la justice et de la vérité, et j'avais la conviction qu'aucun bonheur n''était possible si je m'orientais dans la voie qu'ils m'indiquaient..

Mes parents se présentaient à leurs enfants comme ayant le droit de vie et de mort sur eux, et si l'on voulait avoir la vie sauve il valait mieux obéir. Le problème était que pour plaire à mes parents, il fallait faire acte de trahison vis-à-vis de soi même. Il fallait faire semblant tout le temps: faire semblant de ne pas savoir, faire semblant de croire, et si on agissait sincèrement on était puni..

Etant témoins de cet acte d'auto-trahison puisqu'ils en étaient les instigateurs, mes parents profitaient de la dépression psychologique qui s'ensuivait chez leur enfant pour lui imposer leurs conditions. "Si tu veux ceci, il va falloir que tu fasses cela". Ils utilisaient la honte engendrée par l'acte d'auto-trahison pour faire du chantage. Le message muet du parent à l'enfant était: "Je sais que tu es une ordure, mais si tu fais ce que je dis, cela restera un secret entre nous". Ainsi Papa-Maman devenaient maîtres-chanteurs de leurs enfants, et comme les conditions du "marché" étaient exprimées implicitement et non verbalement, il était impossible aux jeunes enfants que nous étions d'appréhender intellectuellement ce qui se passait.

En m'exilant aux Etats-Unis j'espérais démarrer ma vie pour de bon, prendre mes propres décisions loin de l'influence de mes parents, qui me désapprouvaient systématiquement. J'avais conscience de mon potentiel et voulais me développer, même si mes parents ne me comprenaient pas. J'acceptais qu'ils me rejettent, après tout je n'étais pas la première artiste incomprise, mais en échange j'attendais au moins qu'ils me laissent tranquille. Or il n'en a rien été.

Avec dix ans de recul je m'aperçois que depuis mon arrivée à New York,les deux domaines vitaux du logement et du travail ont été les cibles essentielles visées par ma famille pour me maintenir dans un état perpétuel d'instabilité et m'empêcher de m'établir. Et ceci est en parfaite droite ligne avec l'attitude de mes parents avant que je ne quitte la France. La seule différence pour eux entre Paris et New York, c'est que cela leur coûte plus cher de me nuire ici qu'à Paris. Mais avec tant d'argent, c'est un détail.

Ceci associé avec le refus de ma mère, sous divers prétextes fallacieux, de me remettre ma part d'héritage, me met dans une siutuation économique très difficile.

Auparavant je vous communique l'adresse de ma mère, Madame Claire de Nève Picart, 1 rue du Haut des Côtes, 27930 Brosville; et celle de mon frère François Picart, les Espinets 26560 Laborel..

Madame,
Depuis notre conversation téléphonique de septembre dernier, j'ai beaucoup pensé à ce que je vous ai dit au sujet de mon père, à savoir que c'était un homme malhonnête qui pratiquait la fraude fiscale avec une détermination quasi fanatique. Je comprends que ces accusations puissent choquer, venant de la part d'un de ses enfants, mais à cause de la malhonnêteté de mon père et aussi celle de ma mère, qui se manifeste non seulement fiscalement mais dans tous les aspects de la vie, je me trouve aujourd'hui dans une situation encore plus grave qu'en septembre dernier, pour ne pas dire désespérée.

Ce n'est pas parce que je veux ma part de ce butin car j'ai toujours considéré cet argent comme de l'argent maudit. Ma mère en ayant le contrôle, elle ne m'en accorderait une part qu'en posant des conditions telles que je serais forcée de renoncer à ma dignité d'être humain pour les remplir. D'ailleurs ma mère agit ainsi non seulement avec l'argent liquide mais aussi avec ma part légitime de l'héritage. Mais ce qui est encore plus grave, c'est que non seulement elle ne me donne pas d'argent, mais elle utilise l'argent pour me nuire. Voilà la raison pour laquelle je vous ai avertie, afin que, si possible, vous puissiez en saisir le plus possible au nom de l'Etat.

Pendant mes trente premières années mais surtout pendant mon adolescence, ma mère m'a démontré le degré d'abjection qu'on peut atteindre quand on est financièrement dépendente de son mari. Pour échapper à ce sort et aussi par tendance naturelle j'ai eu très jeune le désir d'être financièrement indépendente. J'ai suffisamment de talents pour réussir, mais dans le but de me garder sous leur contrôle, mes parents m'ont empêchée par tous les moyens d'atteindre ce but. Non seulement ils ne m'ont pas permis de poursuivre des études, et m'ont forcée à entrer le monde du travail comme sténo-dactylo à l'âge de dix-huit ans, nouvellement débarquée à Paris, non seulement ils ne m'ont pas aidée à résoudre mon problème de logement, mais non contents de me laisser me débrouiller toute seule ils ont agi par personnes interposées de manière à faire échouer toutes mes entreprises professionnelles, et me créer des problèmes de logement (et de nombreux autres problèmes en sus).

Pendant les dix ans où j'ai vécu à Paris, entre les âges de 20 et 30 ans, j'ai dû changer de domicile en moyenne deux fois par ans. J'ai particulièrement été la victime d'une machination qui a complètement chamboulé ma vie au moment où je faisais un démarrage prometteur dans une carrière de rédaction publicitaire. Je vais relater les événements aussi brièvement que possible.

En juillet 1980, j'habitais dans un studio que je louais rue de la Lune à Paris 2ème. Je travaillais par interim comme secrétaire et je commencais en même temps à trouver du travail comme rédactrice publicitaire en free-lance.

Durant un week-end chez mes parents, ils m'annoncèrent que mon frère François, qui avait été absent pendant un voyage de deux ans aux Etats-Unis et en Amérique Centrale, avait annoncé son retour prochain. Ils dirent qu'il avait téléphoné, qu'ils avaient parlé pendant un moment, que mon frère avait hâte de nous revoir. "Tu sais, ton frère t'aime beaucoup," ma mère me dit plus tard. Devant mon air interrogateur, elle insista qu'elle avait été surprise à quel point mon frère m'aimait. "Qu'est-ce qu'il t'aime, ton frère!" me dit-elle. Je n'avais jamais eu l'impression que mon frère m'aimait particulièrement et j'étais surprise qu'il se soit mis à m'aimer pendant ses tribulations en Amérique. Mais comme il n'y avait pas beaucoup d'amour dans ma vie, comme je sortais d'une liaison désastreuse avec un homme marié pour qui j'avais travaillé dans une agence de pub en espérant qu'il m'aiderait, je me mis à fonder des espoirs d'amitié, d'affection et d'entente sur mon frère.

Dès que nous nous revîmes, il parla avec effusion de ses projets de voyage et de commerce et me demanda quels étaient mes projets. Je me souviens d'avoir dit que j'espérais travailler à plein temps comme conceptrice-rédactrice publicitaire et que j'aimerais pouvoir m'acheter un piano pour fire du piano pendant mes loisirs. Mon frère me dit qu'il aimerait m'inclure dans ses projets de voyage et d'aventure au Mexique et petit à petit, je commençai à lâcher prise sur mes propres projets et à m'intéresser aux siens, qui étaient très vagues et concernaient le trafic en Amérique Centrale de contrefaçons de montres de grande marque. Mais la pensée que mon frère m'aimait tant me rendait désireuse de m'associer à lui.

Je ne fus jamais totalement convaincue par ses plans, néanmoins je commençai à relâcher mes efforts dans la poursuite d'une carrière publicitaire. En rencontrant des employeurs potentiels, je n'avais plus la même conviction qu'auparavant.

Avant son retour, mon frère avait écrit une longue lettre à mes parents où il leur demandait pardon d'avoir voulu vivre sa vie en quelque sorte. Mon père m'avait lu cette lettre pendant l'une de mes visites et au lieu de commenter la lettre et parler de l'avenir de mon frère, il n'avait fait que s'indigner sur ses fautes d'orthographe. Cependant dès son retour, mon père avait mis à sa disposition un studio dans l'immeuble du 32 avenue de Choisy. Mon frère commenca à travailler dans une agence immobilière à laquelle mon père avait recours pour louer ses appartements: il faisait visiter les appartements aux locataires ou acheteurs potentiels. Il se plaignait beaucoup de la maigreur des commissions et voulait beaucoup d'argent. Ma grand-mère paternelle lui avait fait cadeau d'une voiture.

La rumeur circulait entre ma mère et mon frère que si nous présentions un projet d'affaire sérieux, mon père le financerait. Faute d'argent le projet de voyage s'effaça de nos conversations alors qu'il y avait un tel air d'urgence un mois plus tôt. Maintenant c'était l'immobilier. Mon frère était décidé à devenir marchand de biens. Mais comme ses projets de trafic de fausses montres, aucun de ses projets immobiliers n'indiquait qu'il avait l'intention de travailler honnêtement. Une situation ne l'intéressait que dans la mesure où un maximum d'argent pouvait changer de mains à l'insu des autorités. Je me souviens d'avoir été choquée par cette attitude. Cependant, comme ma mère m'avait dit que mon frère m'adorait, je reléguai mon objectivité et ma raison à l'arrière plan. Je me mis à agir sous l'influence de mon état affectif et à vouloir être associée avec mon frère coûte que coûte.

Je me mis à penser que si mon frère et moi devenions compétents dans certains domaines de l'immobilier, nous pourrions ouvrir une agence ensemble et mon père nous aiderait financièrement à démarrer. Cette idée avait maintenant supplanté le désir d'indépendence financière et de libre choix de ma carrière. Avec cette idée, je me mis à travailler dans une autre agence immobilière pour apprendre le métier, et moi qui n'avais jamais rien vendu de ma vie, je me mis à montrer des appartements à des acheteurs potentiels dans l'espoir d'obtenir une commission. Après un mois sans gagner un sou,j'étais à bout de ressources. Je n'avais pas assez d'argent pour faire ressemeler les chaussures que j'avais usées en arpentant Paris. Entre temps, mon frère était passé du studio à l'appartement de deux pièces voisin. Déjà j'avais éprouvé un sentiment d'injustice du fait qu'il était logé gratuitement et pas moi, et maintenant il logeait dans un deux pièces! Incapable de payer mon loyer, je demandai à mon frère s'il voulait bien partager son appartement avec moi et il me dit que j'étais la bienvenue. Le jour de mon anniversaire en novembre 1980, j'étais en train d'enlever le papier peint très laid de ma future chambre centimètre par centimètre. J'aurais pu peindre par-dessus mais j'avais un besoin psychologique de voir l'état véritable de la maçonnerie au lieu de le masquer avec une nouvelle couche de peinture.

Après avoir emménagé, je repris le travail d'interim et me remis rapidement à flot financièrement. Je trouvai également un travail de rédaction publicitaire qui avait le potentiel de m'établir davantage dans la profession. J'avais donc repris le cours de ma vie là où je l'avais laissé quelques mois plus tôt avec l'arrivée de mon frère. Tandis que je menais cette vie régulière et laborieuse, mon frère quitta son travail à l'agence immobilière et se consacra exclusivement au trafic de marijuana.

Des "loubards" qu'il avait connus lorsqu'il habitait au Val Fourré près de Mantes-la-Jolie pendant son apprentissage chez Selmer, lui rendaient visite quotidiennement. Parmi eux, il y avait un certain Serge Koffikonan, un métis qui avait l'air violent et cruel, et qui admettait entre autres un curriculum de cambriolage et de proxénétisme.

J'avais rencontré ce jeune homme auparavant à la maison de mes parents à Brosville, où ma mère lui avait témoigné une bienveillance chaleureuse qui m'avait choquée, considérant l'air dangereux qu'il avait. Cet homme, après avoir indiqué qu'il était proxénète, m'offrit un disque de Stevie Wonder. Je considère maintenant, treize ans plus tard, que l'accueil quasi maternel que ma mère lui avait réservé d'une part, et le cadeau qu'il me faisait quelques mois plus tard d'autre part, constituent les deux volets d'un plan destiné à me pousser à avoir une liaison avec lui. Mais l'instinct de conservation m'interdisait absolument d'avoir affaire avec lui. De plus, j'étais plus âgée de sept ans que mon frère et plus âgée que ces autres hommes et je me sentais déplacée dans leur entourage.

Noël 1980

Mon frère et moi, bien que vivant ensemble, ne parlions plus de projets communs.J'avais abandonné la relative stabilité de ma vie antérieure à la poursuite de l'illusion que mon frère m'aimait et maintenant, c'était chacun pour soi. J'avais le sentiment d'avoir été laissée tomber par mon père et je ne voulais pas le voir pour Noël. François me convainquit d'aller passer la soirée de Noël rue Sourbelle à Evreux, où Maman posséddait un logement (que j'avais retapé entièrement et gratuitement en 1977) et où nous pourrions la voir sans voir mon père. En effet ma mère vint nous rendre visite dans la soirée, et essaya de nous convaincre d'aller passer la soirée à la maison familiale mais j'y étais formellement opposée. Finalement ma mère partit après quelques mots de circonstance au sujet de Noël, mais cinq minutes plus tard elle était de retour et nous dit que sa voiture avait été volée. De sorte que, ma mère étant sans voiture, il n'y avait que celle de mon frère (donnée par ma grand-mère) pour raccompagner ma mère. Je n'allais pas rester toute seule rue Sourbelle en attendant que mon frère revienne, aussi je montai en voiture et c'est ainsi que je passai la nuit de Noël avec ma famille contre mon gré. Je n'ai pas de souvenir précis de la fête sinon que j'avais la mort dans l'âme.

En Mars 81, François annonça soudainement qu'il partait aux Etats Unis. Durant l'automne 80 il avait, parait-il, vendu un studio à une danseuse du New York City Ballet (Toni Bentley) à titre d'investissement, et ils avaient eu une rencontre charnelle dans le studio vide à l'occasion de sa première visite. J'avais appris cela en entendant mon père grommeler cette histoire sur un ton faussement scandalisé. Mais la ballerine était repartie à New York et mon frère était très amoureux d'elle et maintenant il partait la rejoindre.

Je me retrouvai donc seule dans le deux-pièces et à peine mon frère parti, mon père commenca à indiquer qu'il aimerait que je libère l'appartement. Vivant seule, je pouvais difficilement justifier l'occupation d'un deux pièces et d'ailleurs il avait besoin d'être entièrement rénové. Cependant je proposai à mon père de payer un loyer pour pouvoir rester, mais il indiqua clairement que ce qu'il désirait, c'était que je parte et que rien d'autre ne le satisferait. J'étais à nouveau plongée dans un problème de logement. Environ un mois s'écoula durant lequel je me sentais en sursis, et un soir en rentrant "chez moi", je trouvai sur la table un petit mot de mon père. Il disait qu'il fallait que je déguerpisse dans les meilleurs délais, et que sil'appartement n'était pas libéré à la fin du mois, il avait "une solution que je ne pourrais pas refuser": il me déménagerait de force, avec l'aide de ses "gros bras" yougoslaves, dans un appartement de son immeuble de Pantin.

La perspective d'être déménagée de force et transplantée à la périphérie de Paris dans un quartier pauvre et dangereux m'emplit de panique et je m'apprétai à donner des coups de téléphone desespérés à tous les gens que je connaissais dans l'espoir qu'ils auraient entendu parler de "quelquechose". En fait le premier coup de fil fut le bon. J'appelai Wladimir Stzépourginski, un homme célibataire de mon entourage avec qui j'avais une liaison épisodique, et que j'avais connu par l'intermédiaire de ma soeur Agnès. Il me dit que justement, Philippe Dubuquoy cherchait quelqu'un pour sous-louer une chambre dans son appartement. J'avais eu une liason de quelques mois deux ou trois ans auparavant avec Philippe. Mais nous n'avions pas grand-chose en commun et de plus il s'injectait de l'héroïne, une habitude que je ne désirais pas prendre. Nous n'avions jamais été "fâchés" aussi quand je lui téléphonai le soir même au sujet de la chambre il fut amical et accepta de me la louer. C'était en mars ou avril 81.

Peu de temps après que j'aie emménagé rue Blomet, François apparut à la porte un soir sans s'être annoncé. Il ne me dit pas comment il avait obtenu mon adresse. Je ne crois pas que je l'avais donnée à ma mère. Il était rentré des Etats-Unis depuis un mois et campait dans les Alpilles. Il avait cette fois le projet de s'installer dans le Midi, et il allait partir prospecter la région, et aussi se retirer quelques mois dans la montagne pour méditer dans la solitude. Il venait prendre des couverts qu'il avait laissés en partant de l'avenue de Choisy. Notre bon sauvage avait tout de même besoin d'un minimum de confort puisqu'il venait spécialement me voir pour des couverts!

En juin 81, Philippe annonça qu'il avait résilié le bail et qu'il fallait libérer l'appartement à la fin du mois. J'était à nouveau sans logis. J'étais lasse de chercher à me loger. J'avais été blessée par la disparition cavalière de mon frère qui avait causé mon éviction, mais toujours dans l'illusion qu'il m'aimait, je décidai de passer l'été avec lui en campant dans les Alpes Maritimes avant de trouver un nouveau logementà Paris.

Il se trouva justement que Serge Koffikonan et son ami avaient décidé de retourner sur le droit chemin et de gagner leur vie en vendant des frites, et qu'ils allaient rejoindre mon frère à Puget-Théniers dans l'arrière-pays Niçois. Comme la petite amie de Koffi disait qu'elle y allait aussi pour un mois avec son fils de six ans, je fus encouragée à y aller aussi et je fis donc le voyage avec eux. Mais elle remonta sur Paris avec son fils à la fin du premier week-end et je me retrouvai la seule femme avec mon frère et les deux friteurs, faisant du camping sauvage à la dure au bord de la rivière et faisant la cuisine au feu de camp avec du bois mort qui abondait autour de nous (tout du moins au début de notre séjour). L'endroit était très, très tranquille.

La caravane à frites était installée à l'entrée de Puget-Théniers sur une aire de repos à la sortie d'un tournant, un endroit très peu propice aux affaires. Je vis Koffi faire les frites une fois. Il s'y prenait très mal.

Pas de loyer à payer au moins. Mais à la fin du mois de juillet, un employé municipal nous demanda de quitter les lieux parce que le terrain de camping voisin allait s'ouvrir pour la saison et il n'était plus possible de tolérer le camping sauvage. Le lendemain de cette nouvelle, les deux friteurs se disputèrent avec François pour des raisons obscures, et ils partirent de leur côté, apparemment fâchés avec mon frère.

François et moi cherchâmes vainement un autre endroit où planter notre tente. Il était interdit de faire du feu et à l'heure des repas la police nous tombait dessus. J'aurais campé le plus longtemps possible pour retarder le moment de faire face à mon problème de logement à Paris. Je me sentais vraiment déracinée. En réalité j'étais sans logis, sans domicile fixe, pourchassée par la police, et je n'avais nulle part où aller. Je sentais que le coeur et la porte de mes parents m'étaient fermés. Cela me rendait d'autant plus dépendante affectivement de mon frère.

Il me conseilla d'acheter une voiture pas chère pour faire le voyage de retour et pour ensuite circuler librement à Evreux ou à Paris. Je n'ai pas le permis de conduire, mais je croyais toujours fermement que mon frère et mois allions être inséparables et qu'il se servirait de la voiture dans notre intérêt commun. N'y connaissant rien en matière automobile, je me laissai guider par lui pour le choix du véhicule, et pour deux mille francs, j'achetai une 2CV commerciale qui dévorait l'essence et ne dépassait pas 50km heure. Le voyage de retour dura trois jours. Nous passâmes deux nuits à la belle étoile. Plus nous approchions de Paris, plus l'angoisse du futur immédiat se faisait sentir.

Nous arrivâmes rue Sourbelle et y restâmes deux ou trois semaines, qui étaient pour moi chargées d'inquiétude car j'étais sans logement sur Paris et sans travail, en plus de tous les ennuis qui allaient se précipiter sur moi. De plus il était toujours entendu à demi-mot que mon père ne ferait rien pour m'aider.

Pendant ces semaines, il s'avéra impossible de régulariser les papiers de la voiture, car le vendeur du garage à Nice ne m'avait pas remis un papier essentiel. Plusieurs coups de téléphone furent infructueux et la voiture demeura en situation irrégulière.

Un jour je reçus un mot de la part d' un automobiliste indiquant qu'une pièce de carosserie s'était détachée de la 2CV alors qu'il roulait derrière nous, et qu'elle avait heurté et endommagé la carosserie de sa voiture. Je ne vis nulle part sur la 2CV l'emplacement d'une pièce de carosserie manquante mais n'élevai aucune objection. L'automobiliste demandait les coordonnées de ma compagnie d'assurance. N'ayant pu régulariser les papiers de la 2CV,je ne l'avais pas assurée et me trouvai devant la possibilité d'une facture de carrosserie. Mais François me dit qu'il connaissait l'assureur de Papa, un Mr Vigouroux, et que grâce à lui je pourrais obtenir une police d'assurance datant antérieurement à l'incident. Je souscris donc une police d'assurance et payai un trimestre. La voiture était une source d'ennuis interminables depuis le début.

Puis Maman débarqua rue Sourbelle avec quelques bagages, l'air exténué et le cheveu en bataille, et elle déclara qu'elle s'était horriblement disputée avec Papa et qu'elle avait quitté la maison. Papa avait confisqué les clefs de sa voiture et elle avait fait appel à une amie pour venir la chercher à Brosville et la conduire à Evreux. Elle dit qu'elle était partie sans un sou.

Nous étions donc, apparemment, tous les trois contre Papa, Maman mon frère et moi. Chaque fois que ma mère s'était plainte de mon père depuis que j'avais quitté le toit familial, j'avais fait de mon mieux pour la consoler et la réconforter. Cette fois-ci, son arrivée me causa quelque colère, parce qu'elle s'imposait dans notre camp mais elle n'avait jamais levé le petit doigt pour m'aider ou empêcher mon père de me maltraiter. Et maintenant elle faisait semblant de faire cause commune avec moi. Mais comme nous étions chez elle, il était impossible de lui dire qu'elle nous dérangeait et impossible de l'empêcher d'habiter chez elle.

Sa présence fut immédiatement une source d'agacement et me donna envie de partir de là le plus vite possible. L'espace avait été arrangé en studio de travail mais pas en logement. Il n'y avait pas de cuisinière ni de salle de bain. Maman cuisinait sur un bleuet minuscule mais ne semblait pas souffrir de l'inconfort. Elle avait une attitude de "à la guerre comme à la guerre". Comme elle avait dit, elle était partie de Brosville sans un sou et c'est avec mon argent que nous allions au super marché et c'était moi qui payais l'essence pour qu'elle puisse se déplacer dans ma voiture.

Parfois j'avais un bref éclair de lucidité durant lequel j'avais l'impression que ma mère jouait la comédie, mais j'étais incapable de savoir où elle voulait en venir. Elle faisait toujours semblant d'être de mon côté quand je me plaignais de mon père, mais ce n'étaient que des paroles. Son manque de sincérité provoquait mon ressentiment, mais elle m'empêchait de lui faire des reproches en prétendant être dans une situation encore plus désespérée que moi, et où il était de mon devoir de lui venir en aide et de mettre de côté mes propres intérêts.

Il arriva un moment où je montrai de l'hésitation au moment de lui donner de l'argent pour faire des courses, et elle fit en sorte de me faire honte de mon dénuement, comme si elle me dédaignait maintenant que j'étais fauchée.

Après avoir joué la femme-victime pendant une semaine et accéléré l'épuisement de mes ressources, elle regagna le domicile conjugal. J'essayais toujours de trouver des idées pour faire quelquechose avec mon frère professionnellement. Depuis qu'il m'avait mis cette idée dans la tête, c'était devenue une sorte d'idée fixe pour moi, et je continuais de me creuse la tête alors que mon frère ne semblait pas s'en faire du tout. Puis aussi soudainement qu'il était parti de l'appartement avenue de Choisy, il partit de la rue Sourbelle pour faire soi-disant un voyage en moto avec une ancienne petite amie, et il me laissa plantée.

Aussitôt après son départ, Maman commença à faire pression sur moi pour que je parte. Il était clair pour moi aussi que je ne pouvais rester à Evreux où il n'y avait pas de travail et je n'avais pas l'intention de rester longtemps chez ma mère, mais je n'avais nulle part où aller à Paris. Ma mère devenait tellement pressante que je retournai à Paris ayant obtenu de l'ex-petite amie à la moto qu'elle m'héberge gratuitement pour deux semaines. (Je ne sais pas où était mon frère pendnt ce temps). Mais les événements des mois passés m'avaient complètement déboussolée et je me sentais tellement à l'écart de la vie normale que je fus incapable de chercher du travail tout de suite, et avec une sorte de désespoir je me mis à fréquenter des musiciens d'Amérique du Sud qui jouaient en plein air.

INTERMEDE MUSICAL
A l'époque j'avais "laissé tomber" la musique depuis trois ou quatre ans, ne trouvant dans la musique populaire contemporaine aucun style qui m'intéresse. J'avais appris seule à jouer de la guitare depuis l'âge de treize ans et jouai en amateur jusqu'à l'âge de 25 ans.

Durant mon séjour du printemps rue Blomet j'avais rencontré mon voisin du dessus, un guitariste de jazz, et un ami percussioniste qui m'initia aux rythmes afro-cubains, aux artistes qui jouaient cette musique et il m'enseigna les rudiments de la conga. Je retrouvais dans la musique que jouaient ces Sud-Américains les rythmes et mélodies que j'avais appris quelques mois plus tôt et qui me sortaient de ma torpeur musicale. Il y avait dans ces airs folkloriques et cette "Salsa" un mélange de rythmes africains et d'harmonies espagnoles que je trouvais irrésistible. De plus cette musique exprimait une joie de vivre irrépressible, et dans cette période si difficile de ma vie, je me raccrochai à cette musique comme à une planche de salut et je me mis à apprendre l'Espagnol. Tous les soirs vers 17 heures je me rendais à la sortie du métro Odéon car c'est là que se rassemblaient les "Latinos" de Paris.

Je logeais à droite à gauche, couchais à droite à gauche, à tel point que je devins indifférente à mon corps, pensant qu'un homme de plus ou de moins ne faisait pas une grande différence au point où j'en étais. Un soir je fus agressée par quatre hommes sur le boulevard Sébastopol et réussis à leur échapper en me jetant dans la circulation, risquant un accident très grave. Je ne portai pas plainte mais gardai comme pièce à conviction le pantalon déchiré au cours de l'attaque. Je n'avais de contacts qu'avec des Sud-Américains. Je commençai à prendre de la cocaïne, une drogue avec laquelle certains étaient familiers.

Je réalisai que j'étais sans logis quand je m'aperçus en attendant le métro que je n'avais aucune clef sur moi. Vers fin novembre 81, je devins la maîtresse d'un traficant de cocaïne colombien dans le seul but d'avoir un logement et de la cocaïne. Il vivait dans un HLM d'Ivry-sur-Seine, à deux pas de la Porte de Choisy, et nous passions devant l'immeuble de mon père à chaque trajet. J'avais un mépris immense pour les traficants de drogue et il ne me fut pas possible de tenir le coup plus de deux ou trois semaines dans cet appartement, ayant des relations sexuelles avec cet homme prévenant et affectueux et généreux avec sa drogue, qui n'en était pas moins un criminel.

Bien qu'il m'aie invitée à me sentir chez moi dans son appartement, je restais cloîtrée dans la petite chambre toute la journée car le frère de mon amant arrivait tous les jours avec des vidéos pornographiques qu'il regardait toute la journée dans la salle de séjour. Un jour je dis au jeune homme que s'il n'arrêtait pas immédiatement de regarder ces films, j'allais partir. J'avais déjà fait mes bagages. Le jeune homme refusa d'éteindre la vidéo et je partis avec mon sac de voyage sous le bras, ayant volé un petit appareil audio Sony et plusieurs bijoux en or et perles que j'essayai de vendre dans les jours qui suivirent. Il faisait déjà nuit, il neigeait à gros flocons depuis plusieurs heures et tandis que je marchais vers l'arrêt de bus, une des poignées de mon sac craqua. Très vite je fus à la Porte de Choisy et j'entrai dans l'immeuble de mon père sans savoir ce que j'allais faire. Je décidai d'entreposer mon sac dans l'un des WC désaffectés qu'il y avait à chaque demi-étage, et tandis que je m'affairais, un locataire sortit de mon ancien appartement et me demanda aimablement ce que je faisais. Je lui dis que j'étais la fille du propriétaire mais que j'étais sans logis. Il m'invita à manger un couscous avec lui et m'offrit l'hospitalité pour quelques jours.

Depuis mon retour à Paris je fréquentais un club de salsa dans le quartier de la Bastille appelé "la chapelle des Lombards". Je dansais beaucoup et ne ratais pas un concert. Vers Noël je fis la connaissance de Carlos "Patato" Valdes, un musicien cubain vivant à New York et de passage à Paris avec un orchestre, et je devins rapidement sa maîtresse.

1982

Au lieu de retourner à New-York avec son orchestre, il resta à Paris et je passai l'année en sa compagnie, apprenant à danser la rumba, le cha-cha-cha et la salsa, à jouer de ses instruments de percussion (congas, maracas, güiro, claves), l'accompagnant à tous ses concerts et partageant la vie nocturne des musiciens. Drogues (hashish et cocaïne) et alcool abondaient. Des admirateurs lui faisaient cadeau des deux et quand ils l'invitaient, ils m'invitaient aussi.

Certaines personnes, comme par exemple les patrons de la Chapelle des Lombards, affectaient à mon égard une attitude de tolérance, comme s'ils me trouvaient antipathiques mais étaient bien obligés d'être aimables avec moi puisque j'étais la petite amie de la star de leur club. On m'appelait "Madame Patato".

Mais je n'avais aucune activité rémunérée et n'avais jamais un sou en poche. Durant l'automne 82, je pris contact avec mes parents après un silence d'un an. J'étais paniquée de me voir devenir de plus en plus accrochée à la cocaïne, de ne fréquenter que des étrangers, de n'entendre parler qu'Espagnol, d'avoir un rythme de vie où l'on prend son petit déjeuner à dix-sept heures. J'avais perdu le contrôle de ma vie et j'avais peur. Mes parents acceptèrent de me prendre sous leur protection pendant le temps nécessaire. Mon père vint me chercher rue de Lappe et en montant dans sa voiture j'espérais échapper pour de bon à ce milieu fascinant mais dangereux. L'ennui d'Emalleveille succéda à la folie de Paris.

Mes parents me traitaient avec une sorte de condescendence humiliante, comme si j'étais une droguée irrécupérable, la bonne à rien de la famille qui s'attirait continuellement des ennuis et était incapable de se suffire à elle-même. Ils se sentaient certainement moralement exemplaires de me tirer d'un mauvais pas. La question de mon futur se posa à nouveau. Qu'allais-je faire? j'avais décidé d'être musicienne professionnelle, mais mes parents en avaient décidé autrement. Mais leur idée n'avait pas marché. Je n'étais pas taillée pour faire carrière dans le secrétariat et malgré mes efforts persistants pour gagner l'approbation de mes parents, j'avais entièrement échoué dans cette branche. Je suppliai mes parents de me laisser apprendre la musique, au moins à la lire et l'écrire couramment pour être copiste dans le pire des cas, mais il n'y eut rien à faire. Ils me parlèrent d'une organisation de ré-insertion dans la vie sociale pour les femmes qui avaient passé des années au foyer. Cette organisation fournissait une formation gratuite pour des activités telles que couturière, gérante de petit commerce, esthéticienne etc. Aucune des activités proposées ne m'intéressait, excepté la couture pour laquelle j'avais un don. Mais mon père protesta que la couture ne menait à rien, et il finit par m'imposer la branche dans laquelle j'allais recevoir une formation parmi le choix étroit offert par l'organisation. Sur ma feuille de candidature je précisais que je n'étais réellement intéressée que par la musique. Malgré cela je reçus confirmation que ma demande avait été acceptée et mon inscription pour un stage de formation dûment traitée. Il était donc prévu que j'allais suivre un stage de deux mois en février 83 pour apprendre une seconde fois quelquechose qui ne m'intéressait pas mais faisait plaisir à mes parents. Et ils disaient qu'ils voulaient m'aider!

Alors que j'avais besoin de calme, ma mère m'incita à aller à Paris en cachette de mon père dès qu'il eut le dos tourné, c'est-à-dire dès qu'il partit à Paris pour ses affaires. Comme si la décision de me retirer de la vie nocturne parisienne m'avait été imposée, alors que c'est moi qui avais fait la démarche pour m'en sortir. Cependant je cédai à ses insistences et pris rendez-vous avec mon ami cubain, pris le train pour Paris et rentrai quelques jours plus tard juste avant mon père. Quelques jours passèrent. J'avais besoin de réfléchir, cependant l'ennui d'Emalleville me déprimait trop et au bout de quinze jours j'étais de retour à Paris et à la vie de Bohème.

Un orchestre de New York vint jouer à Paris durant les fêtes de fin d'année 82, mon ami cubain était un grand ami du pianiste, ils jouèrent ensemble, et quand l'orchestre repartit à New York début 83, mon ami cubain repartit avec eux. Je n'eus pas l'occasion de lui faire mes adieux car il quitta l'hôtel bien en avance de l'heure du rendez-vous pour aller à l'aéroport, et quand j'arrivai environ une demi-heure avant son heure de départ de Paris, il était déjà parti à l'aéroport. Ainsi notre liaison d'un an fut-elle interrompue de manière subite et je n'eus de cesse de le revoir, c'est-à-dire d'aller le rejoindre à New-York.

Tout à coup la vie nocturne s'arrêta et je dus retourner dans le monde du travail. Cela fut difficile au début mais en Août 83 j'avais économisé suffisamment pour pouvoir partir à New York, là d'où venait toute cette musique merveilleuse, et c'est ce que je fis.

J'annonçai mon départ à ma mère après avoir réservé ma place d'avion. J'avais complètement perdu l'espoir que mes parents m'acceptent, me comprennent et m'aident. S'ils étaient tellement offensés par mon existence, ils ne pouvaient pas m'en vouloir de me soustraire à leur présence. Je ne demandais rien de plus que la liberté de vivre ma vie comme je l'entendais. Je passai un dernier week-end avec ma mère à Emalleville, mon père étant en Bretagne, au cours duquel je fus incapable de lui expliquer à quel point j'étais déçue par elle et Papa. Les événements qui s'étaient succédés depuis le retour de mon frère deux ans auparavant m'avaient précipitée dans un tourbillon dangereux, et mes parents n'avaient accepté de m'aider que pour m'imposer à nouveau leur notion de ce qui était bon pour moi.

Au cours de notre dernière conversation, ma mère me dit que si je devais me prostituer, il ne fallait pas que j'aie des remords de conscience. Elle me dit aussi que quand elle avait six ans, un prêtre ami de ses parents s'était comporté de manière sexuelle avec elle et que le pire de l'histoire était qu'elle avait éprouvé du plaisir.

* * *

Dans le récit qui préc\'cède j'ai essayé de montrer comment mon frère, agissant sur les ordres de mes parents, a agi pour me déstabiliser au moment où je commençais une nouvelle carrière, et comment il y est parvenu. En récompense de ses bons offices, monère acheta pour lui en 1985 une exploitatation agricole à Laborel, (lieu-dit "les Espinets, 26560) qui lui a permis de démarrer professionnellement à l'âge de 25 ans.

C'est seulement dans le courant de cette année 1993 que j'ai réalisé que l'enchaînement des événements tel que je les ai décrits ci-dessus, avait été planifié d'avance, dans le but de me pousser à la déchéance ou au suicide, si je ne me soumettais pas à la volonté de mes parents, et que l'amour de mon frère pour moi avait été l'appât auquel, affamée d'amour, j'avais mordu aveuglément.

Il aura fallu tout ce temps pour que je sois capable de contempler la hideuse trahison de mes parents et de mon frère sans avoir besoin de me précipiter sur une drogue qui me brouille les idées. J'ai également réalisé depuis l'été dernier que les efforts pour me déstabiliser n'ont pas cessé avec mon départ outre-Atlantique, mais qu'ils se sont poursuivis de manière à m'empêcher de m'établir fermement aux USA et de me maintenir dans un état de dépendance financière vis-à-vis de mes parents.

Dans un état d'âme où l'horreur, la désillusion et le désespoir se mélangent, j'ai realisé que les nombreux d&boires que j'ai subis en dix ans à New York aussi bien en matière de travail que de logement et de mariage étaient non pas accidentels mais délibérément provoqués par ma famille. Il est déjà difficile de s'implanter dans un pays étranger sans rencontrer des obstacles extraordinaires, mais ma famille a rendu cette tâche absolument impossible en infiltrant tous les domaines de ma vie et en payant des gens pour qu'ils fassent échouer mes projets.

Ce qui m'a ouvert les yeux, c'est la mauvaise foi dont a fait preuve ma mère depuis trois ans dans le règlement de la succession. La façon dont elle a obtenu ma procuration pour vendre des biens en faisant des promesses qu'elle n'a pas tenues, à tel point qu'aujourd'hui j'ai la conviction qu'elle n'a jamais eu l'intention de me donner un sou d'héritage, pour la bonne raison qu'elle ne m'a pas comptée dans le partage, et qu'elle ne m'a pas comptée parce que pour elle je suis censée être décédée:

En mai 90, alors que mon père se mourait lentement mais sûrement d'un cancer du poumon, j'ai été victime d'un accident de la circulation alors que j'étais à vélo. L'accident m'a prise totalement par surprise parce que la chaussée était dégagée et la circulation très fluide quand un autobus express (à arrêts limités) surgit sans bruit derrière moi sur la gauche alors que la voie réservée aux bus était à ma droite. Le bus me coupa la route pour gagner la voie réservée. Comprenant instantanément que si je tombais j'allais être écrasée, je parvins à ne pas tomber en m'appuyant de l'épaule gauche contre le flanc du bus tandis qu'il me dépassait. J'avais l'impression très nette qu'il essayait de me tuer étant donné qu'il avait une totale visibilité et l'avenue était complètement dégagée, lui laissant tout l'espace nécessaire pour manoeuvrer. Alors pourquoi le conducteur du bus, au lieu de se rabattre à droite un peu plus loin, choisissait-t'il de se rabattre sous mon nez en me coupant la route? Il était impossible qu'il ne m'aie pas vue.

Après que le bus m'aie dépassée, je tombai sur le genou gauche qui fut fracturé en de multiples endroits, ce qui n'est pas grand chose considérant ce qui me serait arrivé si j'étais tombée.

Avec les proccupations qui s'ensuivirent, l'hôpital, les béquilles, la ré-éducation, les pressions de mon avocat etc. puis le voyage en France en septembre pour les funérailles de mon père, la conviction que j'avais été victime non pas d'un accident mais d'une tentative d'assassinat passa à l'arrière plan de ma conscience. D'ailleurs, je ne connaissais personne qui puisse vouloir ma mort, n'ayant personnellement jamais fait de mal à personne.

L'avocat que je retins, un spécialiste des accidents, me persuada que si je décrivais l'accident exactement tel qu'il s'était déroulé, le jury croirait que je m'étais jetée contre le bus non pas pour me sauver la vie mais pour me suicider. Il me demanda, pour cette raison, de dire que j'étais tombée dès que le bus était entré en contact avec mon épaule. Mais cette version ne tenait pas debout car i j'étais tombée à cet instant, j'aurais été écrasée et de plus je serais tombée sur le genou droit, pas le genou gauche. Malgré mes objections, l'avocat insista que je devais lui faire confiance. J'ignore les termes en français, mais j'eus deux entrevues au siège de la compagnie de bus au cours desquelles j'étais censéee jurer de dire rien que la vérité etc. mais où on ne me demanda pas de prêter serment, et où je décrivis l'accident suivant la version imposée par mon avocat. Mes deux déclarations furent ensuite intégréees au dossier comme des déclarations sous serment alors qu'elles ne l'étaient pas. Au printemps 93, mon cas fut mis au calendrier judiciaire et il devint certain que le cas allait être jugé pendant l'été. Mais plus la date approchait et plus j'étais angoissée. Je me sentais incapable de tenir le coup sous la contre-interrogation de la défense, et j'étais certaine que le jury ne croirait pas l'histoire inventée par mon avocat pour la bonne raison qu'il était matériellement impossible que les événements se soient déroulés ainsi. Mon avocat voulait donc me faire perdre.

Juste avant que mon cas passe devant le juge, jecongédiai mon avocat et le cas fut sorti du calendrier. J'écrivis au Comité Disciplinaire qui est chargé de faire une enquête sur les avocats faisant l'objet d'une réclamation, et malgré une accumulation d'irrégularités, les plus choquantes étant celles racontées ci-dessus, et qui mises ensemble indiquent que mon avocat avait clairement l'intention de me tromper et me faire perdre mon procès, le Comité Disciplinaire a indiqué récemment que le bien-fondé de ma réclamation était douteux et qu'il n'allait pas poursuivre l'affaire.

J'ai été terrassée par cette nouvelle. J'avais cru que cet organisme allait m'aider à obtenir justice, allait éliminer de la profession les avocats véreux et obtenir le fin mot de l'histoire, à savoir, pourquoi mon avocat voulait-il me faire perdre mon procès. Personnellement, j'étais convaincue que ma mère avait payé l'avocat pour qu'il me fasse perdre. Personne d'autre que ma mère ne pouvait avoir intérêt à ce que je me retrouve les poches vides après tout ce que j'avais enduré. La compagnie de bus est assurée. Et maintenant que je révélais l'inconduite de l'avocat, ma mère payait le Comité Disciplinaire pour étouffer l'affaire.

Depuis l'ouverture de la succession, ma mère et les notaires m'ont promis que dès que l'un des deux immeubles locatifs serait vendu, je pourrais entrer en possession d'une partie de mon héritage. Je dois ajouter que la plupart de mes frères et soeurs ont acheté un bien immobilier juste avant ou depuis le décès de mon père, et que ceux qui n'ont rien acheté sont à l'abri du besoin. En mai dernier, le dernier appartement de l'un des immeubles fut vendu et les notaires me dirent que plus rien ne s'opposait à ce que j'obtienne la somme disponible. Cependant ils ne joignirent pas le geste à la parole et se mirent immédiatement réclamer que je donne mon accord global pour la vente, appartement par appartement, de l'immeuble restant. En donnant une procuration globale, il ne me serait plus possible de connaître la situation des ventes et ma mère, ou les notaires, pourraient toujours me dire que les appartements ne se vendaient pas pour justifier qu'ils ne me remettent aucune somme.

Début novembre, ma mère a laissé un message sur mon répondeur m'informant qu'elle allait venir à New York parce qu'elle avait envie de me voir, faisant une vague allusion à mon anniversaire le 12, mais j'avais peur d'elle et je ne voulais pas qu'elle entre dans mon appartement. Je lui téléphonai pour connaître l'objet de sa visite, et finalement je compris qu'il ne s'agissait pas d'une visite amicale mais qu'elle avait l'intention de me faire signer la procuration. m'aurait pas remis la somme provenant de la vente du premier immeuble. Je lui\ expliquai la situation financière extrêmement précaire dans laquelle je vis, qui me force à vivre dans un quartier dangereux où l'on entend des coups de feu le soir, et dans un immeuble où le trafic de drogue est florissant. Quand je lui parlai des coups de feu dans mon quartier et lui demandai si cela l'arrangerait que je me fasse descendre, il y eut un silence qui en disait long. Mais devant mon refus catégorique de signer, son voyage devenait inutile. Trois semaines plus tard, mon frère François téléphona qu'il était à New York et désirait me voir. J'étais certaine que ma mère l'avait chargé de me convaincre de signer la procuration et j'avais raison. Il vit mon logement et mon quartier, je lui expliquai les difficultés dans lesquelles j'étais professionnellement faute d'argent pour investir, je lui rappelai les promesses non tenues. Il me conseilla de signer "parce que sinon, ça va barder". Il me menaçait. Il avait annoncé que l'objet de son voyage était d'aller au Mexique pour développer une affaire de tourisme qui marchait bien à Laborel pendant l'été. Mais je suis certaine qu'il n'était venu à New York que pour obtenir ma signature. Il prétendait ne rester à New York que deux jours mais je suis sûre qu'il y est toujours et j'ai peur qu'il ne prépare un nouvel attentat contre moi. En effet, la situation concernant la succession de mon père est bloquée et ma disparition résoudrait le problème. De plus j'ai déjà victime une fois d'une tentative d'assassinat donc je peux m'attendre à ce qu'on essaie de me supprimer pour de bon.

Des gens sont payés pour me faire échouer professionnellement. Grâce un travail intensif depuis cinq ans, j'ai atteint un niveau professionnel en tant que chanteuse et guitariste de jazz, mais dès que j'ai commencé à offrir mes services, je me suis heurtée à une interférence malveillante qui s'est manifestée sous plusieurs formes, tendant me faire comprendre que quoi que je fasse, je ne pourrais pas jouer en public. J'ai également créé une ligne de couvre-chef du type béret que je couds moi même dans des lainages de luxe avec doublure de soie, qui s'est très bien vendue l'hiver dernier. Je suis obligée de les vendre dans la rue, ce qui est interdit par la municipalité, et je risque la confiscation de ma marchandise et une forte amende. De plus je suis harcelée par des gens qui font semblant d'être intéressés, me font perdre mon temps et n'achètent rien, et dont la mauvaise foi ne devient apparente qu'après coup. Ceci m'épuise nerveusement, en plus de l'inquiétude causée par la crainte de la police. Je suis également terrorisée et à la limite du désespoir quand je constate que je suis épiée et qu'une détermination implacable à me nuire voue à l'échec toutes mes entreprises. Je n'ai jamais rien fait pour mériter des ennemis et il est clair pour moi que ma famille, en m'empêchant d'être financièrement autonome, veut me forcer dans une position si désespérée que je signerai la procuration et me deshériterai simplement pour ne pas être jetée à la rue par mon propriétaire. Je suis certaine que mon téléphone est sur écoute, car je ne peux expliquer autrement comment mes contacts professionnels ont été payés pour me rejeter. Voilà à quoi sert tout l'argent dissimulé au fisc: corrompre les gens autour de moi. Un assassinat aussi bien élaboré que celui auquel j'ai échappé à dû coûter une petite fortune, sans parler des avocats et du personnel de la justice, et des acteurs manqués et sans scrupules qui défilent à mon stand et me tourmentent. ma famille et à comprendre la véritable personalité de mes parents. Mon père était un grand admirateur d'Hitler et il haïssait quiconque n'était pas de sa race, particulièrement les Juifs. Il ne tolérait pas non plus les gens qui faisaient preuve d'originalité ou d'indépendence intellectuelle et c'est pourquoi je fus choisie pour servir d'exemple et montrer à mes frères et soeurs ce qui les attendait s'ils ne se conformaient pas. Mon père attendait de ses enfants une obéissance aveugle et automatique, et punissait sévèrement quiconque osait le mettre en question. Il se vantait de frauder le fisc au moyen de fausses factures, de faillites frauduleuses, il se vantait d'obtenir satisfaction auprès des fonctionnaires en leur offrant des caisses de champagne, il déclarait que le trafic de drogue était le commerce idéal parce que les profits étaient nets d'impôts. Je crois que ce qui lui plaisait beaucoup avec Hitler, c'était le gangsterisme avec lequel se conduisaient les fonctionnaires de son régime, avec l'aide de la force. Son code moral, maintes fois répété, c'était de ne pas se faire attrapper. Ma mère prétendait s'offusquer du racisme de mon père parce qu'elle voulait donner à ses enfants l'image d'une mère tolérante et bonne, mais tout comme mon père elle ne pouvait pas supporter que ses enfants aient des idées personnelles. Au nom de son amour sacré de mère, elle exigeait une obéissance automatique. Et tandis qu'elle exigeait de ses enfants une sorte d'idolâtrie et tous les renoncements au nom de son amour et des valeurs chrétiennes, elle nous montrait en même temps qu'elle, protégée par son statut social, pouvait bafouer impunément ces valeurs J'ai personnellement la conviction que l'intégrité morale est la seule garante de la santé mentale et qu'aucune aisance matérielle ne vaut le sacrifice de sa raison. J'ai toujours aimé connaître le pourquoi des choses et la foi aveugle me semble suspecte. Mes frères et soeurs peuvent constater ce qu'il en coûte, dans ma famille, de se considérer en tant que citoyen et de vouloir jouir de ses droits civils. Ils n'ont qu'à penser à moi. A leurs yeux, je suis mauvaise et ils n'ont pas le moindre scrupule pour conspirer pour me nuire, tous unis contre leur soeur. Voilà la philosophie de mes parents. Ma famille est une enclave de nazisme au sein de la République, un état dans l'Etat. Un extrait d'un discours de Himmler, prononcé en 1935, résume très bien l'attitude de mes parents: ..."Le quatrième principe et vertu qui est valide à nos yeux est l'obéissance, qui n'hésite pas un instant mais suit chaque ordre du Führer inconditionnellement... qui passe à l'attaque même si l'on peut penser dans son coeur qu'on ne peut pas le faire..."Mon frère est imprégné de ce sens de l'obéissance et obéit à ma mère. Durant notre unique entrevue, il m'a démontré qu'il avait la police de son côté en me faisant participer à un incident incroyable mais vrai, que je ne raconterai pas ici. Mais le but de l'incident était de m'informer que je ne peux rien espérer de la police. Je le savais déjà par mon propriétaire, qui est très copain avec la police qui le laisse tranquille au sujet du trafic de drogue dans l'immeuble, et le laisse donner bail à un club au sous-sol, juste au-dessous de chez moi, qui joue de la musique au volumesonore maximum jusqu'à une heure du matin.A cause d'autres incidents, je sais aussi que la police du métro est à la solde de mon propriétaire. Mon frère m'a demandé si je croyais que la police était corrompue et je lui ai dit que oui. Il m'a aussi demandé si le métro était dangereux et m'a demandé quelles précautions il fallait prendre. Je lui ai dit qu'il valait mieux ne pas monter dans un wagon vide. Et comme mon frère semble avoir adopté cent pour cent la philosophie de mon père, je sais qu'il mettra ses menaces voilées à exécution. Je sais maintenant qu'il a l'intention d'attenter à ma vie dans le métro. Comme il savait que j'avais l'intention de jouer de la musique dans le métro, ma dernière chance de gagner ma vie est viciée par la terreur qui s'y associe.

Je suis donc complètement coincée, et comme mon propriétaire agit de concert avec mon frère et ma mère et que je suis dans l'impossibilité de payer mon loyer, la menace d'éviction et mon total dénuement me poussent à signer la procuration. Mais ce qui me retient de le faire est de savoir que même si je la signe, ma mère ne me donnera pas un sou, ou une somme ridicule, tout en continuant de me rendre la vie impossible..

Enfant, j'étais toujours surprise quand mon père mettait ses menaces à exécution. Je croyais toujours qu'il ne m'avait menacée que pour obtenir de moi ce qu'il voulait mais qu'il n'avait pas vraiment l'intention de les mettre à exécution. Et pourtant c'est ce qu'il faisait. Ne m'avait-il pas jetée d'un de ses appartements sans la moindre considération humanitaire? Et n'ai-je pas déjà fait l'objet d'une tentative d'assassinat? Je sais donc qu'il y a de fortes chances pour que le métro soit le cadre choisi pour le prochain attentat. Peut-être me poussera-t'on sur la voie à l'approche d'un train, ou me tirera-t'on dessus si je m'aventure à jouer de la guitare..

Ce document est donc destiné à prouver qu'en cas de décès par mort violente, il faudra l'interpréter comme un assassinat même si tout semble indiquer qu'il s'agissait d'un accident, et il faudra chercher le motif du crime du côté de ce problème d'héritage.

Aussi je vous supplie de faire quelquechose car sans l'intervention de quelqu'un en position d'autorité qui fasse cesser les agissements criminels de ma famille, je ne peux plus vivre..

En espérant que vous comprendrez l'extrême urgence de cette affaire, et en vous priant de m'excuser pour prendre votre temps avec cette longue lettre, je vous prie d'agréer, Madame, l'expression de mes sentiments distingués..

copie: Inspecteur Principal, Police d'Evreux
" " Police de Die.